Giuseppe Grazioli

Conférence autour du Turc en Italie de Gioachino Rossini

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Conférence autour du Turc en Italie de Gioachino Rossini par Giuseppe Grazioli
19 décembre 2013 à Nantes.


1h11

Giuseppe Grazioli : « Le Turc en Italie », jeudi 19 décembre 2013

Comment aboutit-on à une représentation d’opéra ? D’abord, le directeur du théâtre (ou le directeur artistique) choisit une œuvre, puis un metteur en scène, des chanteurs et un chef d’orchestre, qu’il convoque à une première réunion. Ce n’est pas une rencontre facile, car metteur en scène et chef d’orchestre peuvent avoir des conceptions différentes, par exemple à propos du tempo.

Puis vient la « répétition musicale » : le chef d’orchestre écoute et dirige les chanteurs qui interprètent tout l’opéra, accompagnés au piano. Apparaissent alors, surtout chez les chanteurs auxquels la langue de l’œuvre est étrangère, des problèmes d’accent ou de compréhension du texte qu’il faudra savoir résoudre en un mois de répétitions. Chez Rossini s’ajoutent l’extrême rapidité du chant (qui entraîne des difficultés de respiration), et la mise au point des cadences.

À la séance suivante, le metteur en scène, aidé du décorateur et du costumier, montre à tous le projet, le plus souvent en recourant aux techniques informatiques, et expose ses intentions artistiques.

Le lendemain commence une série de répétitions de mise en scène, sans l’orchestre, avec le seul piano, qui dure deux à trois semaines. Apparaissent alors d’inévitables frictions entre le metteur en scène et le chef d’orchestre à propos, par exemple, des bruits de plateau.

Puis le chef fait des « lectures d’orchestre », c’est-à-dire qu’il travaille la partition avec les seuls musiciens, pendant à peu près trois jours.

Vient alors la répétition « italienne » où, pour la première et dernière fois, les chanteurs et l’orchestre ne font ensemble que de la musique. Les chanteurs sont assis, en jeans et tee-shirt, sur le plateau, leur partition en main, et les musiciens sont dans la fosse.

À la répétition « générale piano », les chanteurs endossent enfin leurs costumes, ce qui n’est pas sans créer certaines difficultés (chaleur, embarras, changements très rapides). C’est aussi la dernière répétition du metteur en scène. Désormais, le chef d’orchestre sera seul maître à bord.

Les répétitions suivantes (« mise en scène orchestre ») se déroulent sans les costumes, afin de les préserver. Seul le chef peut en arrêter le déroulement en cas de problème.

Lors de la prégénérale, on récupère les costumes et lors de la générale (de nos jours souvent en présence du personnel de l’opéra et des familles des artistes) on se met dans les conditions exactes de la représentation publique (entracte, saluts, etc.). Dès lors viendront la première, puis les autres représentations.

Après avoir ainsi retracé les différentes étapes de la mise en place d’un opéra à partir de l’exemple du Turc en Italie de Rossini, Giuseppe Grazioli se plaît à répondre aux questions variées du jeune public. Il montre que le rôle du chef est de tout expliquer et de coordonner, par le geste, les musiciens, tout en testant les possibilités de chacun. Pour une fois, il a accepté que, contrairement à la tradition, l’ouverture soit mise en scène afin de créer d’emblée l’atmosphère de la gare ferroviaire. Le chef a tout l’orchestre comme instrument et doit, par exemple, composer avec les oppositions sociologiques qui subsistent entre vents et cordes. La gestuelle est, certes, codifiée, mais à partir de la gestuelle ordinaire. La main droite est pour le cerveau ; la main gauche est pour le cœur. La droite, pour le tempo ; la gauche, pour tout le reste. La baguette, bien qu’elle fatigue la main, se voit mieux de loin. La lecture d’une partition fait appel à « l’oreille intérieure » : on essaie d’imaginer très précisément comment la musique va sonner, et c’est cette image qui va guider les répétitions. Enfin, le frac est, pour le maestro, une espèce de rite, qui concourt à diminuer le stress.