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         <titleStmt>
            <title xml:id="Dan">Danaüs</title>
			 <author>
               <surname>Delisle de La Drevetière</surname>
					<forename>Louis-François</forename>
               <idno type="ISNI">0000000109052198</idno>
               <idno type="Theaville">93</idno>
            </author>
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               <persName>Ligier-Degauque, Isabelle</persName>
            </principal>
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               <resp>Transcription et édition critique (Mémoire)</resp>
               <persName>Basset, Sandy</persName>
            </respStmt>
            <respStmt>
               <resp>Édition TEI</resp>
               <persName>Duval, Isabelle</persName>
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         </titleStmt>
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            <publisher>Cethefi</publisher>
            <pubPlace>Nantes, France</pubPlace>
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            <date when="2019">2019</date>
            <availability status="restricted">
               <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/"> Distribué sous la licence Creative Commons License - Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International. Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions (CC BY-NC-SA). Cette licence permet de remixer, arranger, et adapter cette édition à des fins non commerciales tant que les auteurs du texte et de la présente édition numérique sont crédités, et que les nouvelles œuvres sont diffusées selon les mêmes conditions.</licence>
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               <msIdentifier>
                  <settlement>Paris</settlement>
                  <repository>Bibliothèque Nationale de France</repository>
                  <idno>ms. fr. 9311</idno>
               </msIdentifier>
               <head>Danaüs<lb/>Tragi-comédie en trois actes avec<lb/> des intermedes<lb/>Pour les Comédiens-Italiens,<lb/> par M. Delisle,<lb/> 1732<lb/>
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                     <locus>Folios 132-151</locus>
                     <author>Delisle de La Drevetière (Louis-François)</author>
                     <title>Danaüs</title>
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                     <layoutDesc>
                        <p>Aligné à gauche pour les répliques en prose.</p>
						<p>Les didascalies sont centrées.</p>
						<p>Les vers de vaudevilles ont un retrait en fonction du nombre de syllabes métriques qu'ils comportent.</p>
                        <p>La numérotation en TEI des pages se fait suivant la numérotation présente dans le coin haut droit de la page du manuscrit. 
                           Nous ne mentionnons pas la pagination originale (souvent rayée dans le manuscrit), mais celle du portefeuille dans lequel 
                           sont regroupées plusieurs pièces.</p>
                        <p>Le texte étant présent recto-verso la numérotation se fait de la façon suivant : 1, 1v, 2, 2v, etc. "v" correspondant à verso.</p>
                     </layoutDesc>
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                  <handDesc>
                     <p>Ecrit à la main, par le même scripteur.</p>
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               </physDesc>
               <history>
                  <origin>
                     <p>Ecrit en <origPlace>France</origPlace> au <origDate>18eme
                        siecle</origDate>.</p>
                  </origin>
                  <provenance>
                     <p>Cette pièce a été transcrite à partir du microfilm reproduisant le manuscrit original détenu à la BnF. Microfilm acheté pour l'équipe Cethefi de Nantes, par la Bibliothèque Universitaire de Nantes.</p>
                  </provenance>
               </history>
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         <projectDesc>
            <p>La transcription et l'édition critique ont été réalisées dans le cadre d'un mémoire de recherche en littérature française. 
			La présente édition TEI est réalisée dans le cadre du programme ANR CIRESFI (2014-2019), mené par le Cethefi, Université de Nantes.
			Sa dernière mise à jour date d'août 2019.</p>
         </projectDesc>
         <editorialDecl>
	<correction status="high" method="silent">
		<p>L'établissement de la présente édition provient d'un travail 
		de recherche universitaire, relu et corrigé par l'enseignant en charge du
		suivi de ce travail de recherche.</p>
	</correction>
	<normalization method="silent">
		<p>L’orthographe a été modernisée.</p>
		<p>Des éléments manquants ont été rajoutés entre crochets.</p>
		<p>Les abréviations ont été développées et unifiées.</p>
		<p>Dans les vaudevilles se terminant par "etc." nous avons complété les paroles entre crochets lorsque la suite nous était connue.</p>
	</normalization>
	<punctuation marks="some">
		<p>La ponctuation a été modernisée ou ajoutée lorsque cela était nécessaire à la compréhension du texte.</p>
	</punctuation>
	<hyphenation eol="some">
		<p>Les retours de ligne sont notés avec l’élémént lb. Ils ne 
		concernent que les effet de mise en page précis, comme la page de 
		titre, ou éventuellement dans le texte, mais ne suivent pas les 
		retours à la ligne liés au format du manuscrit ou à l'écriture
		du scripteur.</p>
	</hyphenation>
</editorialDecl>
         <metDecl>
            <p>Chaque air dispose d'un identifant correspondant à son équivalent dans la base de données exploitée par le site Theaville.</p>
            <p>Le nombre de syllabes métriques des vers chantés ou déclamés est spécifié.</p>
         </metDecl>
         <fsdDecl>
            <fsDecl type="caracterisationPersonnages">
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            <date when="1732">1732</date>
            <rs type="city">Paris, France</rs>
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               <term>Comédie-Italienne</term>
               <term>Acteurs</term>
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            <docTitle>
               <titlePart type="main">Danaüs<lb/></titlePart>
               <titlePart type="desc">Tragi-comédie en trois actes avec<lb/> des intermedes<lb/>Pour les Comédiens-Italiens,<lb/> par M. Delisle<note place="bottom">Le nom, laissé en blanc, a été complété par une autre main.</note>,<lb/> 1732<lb/></titlePart>
            </docTitle>
         </titlePage>
         <performance>
            <p>
               <rs type="place">Comédiens-Italienne, Paris</rs><date when="1732-01-22">22 janvier 1732</date>
            </p>
         </performance>

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            <head>Acteurs de la pièce</head>
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               <role xml:id="Danaus">Danaüs</role>
               <roleDesc>, Roi d'Argos<note place="bottom">Danaüs, 1784, « Usurpateur du trône d’Argos ».</note></roleDesc>
            </castItem>
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               <role xml:id="Hypermnestre">Hypermnestre</role>
               <roleDesc>, fille de Danaüs</roleDesc>
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               <role xml:id="Argee">Argée</role>
               <roleDesc>, fils de Gélanor, crû fils de Créon</roleDesc>
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               <role xml:id="Creon">Créon</role>
               <roleDesc>, crû père d'Argée<note place="bottom">Danaüs, 1784, « Gouverneur d’Argée ».</note></roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Idas">Idas</role>
               <roleDesc>, ami de Créon<note place="bottom">Danaüs, 1784, « ancien sujet attaché à Gélanor ».</note></roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Antenor">Antenor</role>
               <roleDesc>, sacrificateur, confident de Danaüs<note place="bottom">Danaüs, 1784, « Grand-Prêtre des Euménides ».</note></roleDesc>
               <actor></actor>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH #COLL">
               <role xml:id="Troupes">Troupes de prêtes<note place="bottom">Danaüs, 1784, « Sacrificateurs ».</note> et de soldats argiens</role>
            </castItem>
         </castList>

         <castList>
            <head>Acteurs des intermèdes</head>
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               <role xml:id="Arlequin">Arlequin</role>
               <roleDesc>, amant d'Euphrosine</roleDesc>
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               <role xml:id="Euphrosine">Euphrosine<note place="bottom">Danaüs, 1784, « l’amante d’Arlequin ».</note></role>
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               <role xml:id="Pere">Le Père [d'Euphrosine]</role>
			</castItem>
			<castItem ana="#SF #AGA #OCH">
			   <role xml:id="Mere">et la Mère d'Euphrosine</role>
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               <role xml:id="Soldat">Un soldat</role>
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               <role xml:id="Argiens">Argiens et argiennes</role>
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               <role xml:id="Combattants">[Troupe de combattants]</role>
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               <role xml:id="Combattants">[Sacrificateurs]</role>
		</castItem>
         </castList>
         <set>
            <p>La scène est à Argos.</p>
         </set>
      </front>

      <body>
	  <div1 type="act" n="01" xml:id="I">
            <head>Acte I</head>

         <div2 type="scene" n="01" xml:id="I01">
            <head>Scène I
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               <person corresp="Creon"/>
               <person corresp="Idas"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Créon, Idas</stage>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-01">
<speaker>Idas</speaker>
<l>Je vous revois, enfin, contre mon espérance, </l>
<l>Murs d'Argos, lieux sacrés, témoins de ma naissance, </l>
<l>Temples des Immortels, palais séjour des Rois,</l>
<l>Qui depuis Inachus<note place="bottom"> Inachus ou Inachos, dans la mythologie grecque, est un Dieu fleuve, fondateur de la dynastie des Rois Inachides, ces derniers ont régné sur Argos.</note> nous ont donnés des lois. </l>
<l>Le plaisir que je sens de revoir ma patrie, </l>
<l>Le spectacle qu'elle offre à mon âme attendrie, </l>
<l>Me flattant moins que le bien précieux,</l>
<l>De retrouver Créon en abordant ces lieux.</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-02">
<speaker>Créon</speaker>
<l>A la clarté des feux qui dans cette nuit sombre,</l>
<l>Montrent l'éclat du jour sous l'épaisseur de l'ombre,</l>
<l>Je vous ai reconnu, vos traits toujours présents,</l>
<l>N'ont rien perdu chez moi par l'injure des ans. </l>
</sp>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-03">
<speaker>Idas</speaker>
<l>Les Dieux jusqu'ici, sévères, inflexibles, </l>
<l>Nous ont conduits, Créon, par des routes pénibles.</l>
<l>Instruit par vos malheurs, vous savez comme moi, </l>
<l>Ce que nous a coûté notre amour pour le Roi. </l>
<l>Gélanor entraîna d’une chute commune </l>
<l>Tous ceux qu'en ses destins attachaient la fortune,</l>
<l>L'ayant vu renversé du trône d'Inachus, </l>
<l>Où le courroux du ciel fit monter Danaüs.</l>
<l>Sur des bords étrangers, j'ai passé ma jeunesse,</l>
<l>Et dans un triste exil, attendit la vieillesse, </l>
<l>Mais le destin s’apaise, et j'en crois mes transports,</l>
<l>Puisque je vous retrouve encore sur ces bords.</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-04">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Le Ciel n'a point tari la source de vos larmes,</l>
<l>Il nous prépare ici de nouvelles alarmes.</l>
</sp>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-05">
<speaker>Idas</speaker>
<l>Gélanor ne vit plus, le bruit de ses malheurs</l>
<l>En des climats lointains a fait couler mes pleurs,</l>
<l>Et j'ai su que son fils, notre unique espérance</l>
<l>Avait fini ses jours dès sa plus tendre enfance.</l>
<l>Après tant de revers, que puis-je craindre encore ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-06">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Le sort infortuné du fils de Gélanor,</l>
<l>Il vit et dans Argos, qu'il remplit de sa gloire,</l>
<l>Son courage invincible a fixé la victoire,</l>
<l>Il l’enchaîne lui-même au char de Danaüs,</l>
<l>Par un jeu des destins, ses valeurs, ses vertus</l>
<l>Sont ici les appuis du tyran qui l'opprime,</l>
<l>Et de nos citoyens son bras soutient le crime.</l>
</sp>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-07">
<speaker>Idas</speaker>
<l>Ciel ! Que m'apprenez-vous? Par quel heureux secours, </l>
<l>Les Dieux ont-ils sauvés de si précieux jours ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-08">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Quand son père accablé par la guerre civile</l>
<l>Sur des bords étrangers vint chercher un asile<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Sur des bords étrangers, cherchait un sûr style »</note>,</l>
<l>Là, de tous les débris du destin le plus beau,</l>
<l>Ce grand Roi n'emporta que ce fils au berceau,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 45-48) : « Sur ma fidélité fondant sa confiance / Il me chargea du soin d’élever son enfance / Mais lorsque ce Monarque eut terminé son sort / De son fils, en ces lieux, je publiai la mort.». </note></l>
<l>Voulant le ramener un jour dans sa patrie<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Voulant le rendre un jour aux vœux de sa patrie. »</note>,</l>
<l>Du mien, dont en naissant, le Ciel trancha la vie,</l>
<l>Je lui donnais le nom pour tromper le tyran,</l>
<l>Et sous celui d'Argée il cache ici son rang, </l>
<l>À peine eut-il paru qu'Argos sans le connaître</l>
<l>Crut du grand Inachus voir le beau sang renaître,</l>
<l>Et bientôt sa valeur effaça nos guerriers. </l>
</sp>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-09">
<speaker>Idas</speaker>
<l>A quoi sert sur son trône cet amas de lauriers</l>
<l>Si Danaüs n'a pas ressenti sa vengeance ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-10">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Ce Prince par mes soins ignore sa naissance,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 12 vers (vers 59-71) : « Sa gloire et son salut ont été mes objets / il lui fallait gagner le cœur de ses sujets / Forcer par ses vertus les fières destinées / A respecter le cours de ses belles années / Par des traits éclatants et des faits glorieux / Faire sur ses destins rétracter tous les Dieux / S’il eût connu son nom, son âme magnanime / De ses brillants exploits se serait fait un crime / Et contre un ennemi justement irrité / Il se serait perdu par sa témérité / Mais livré sans contrainte à l’honneur qui l’appelle / Il s’est couvert ici d’une gloire immortelle. » </note></l>
<l>Croyant de ses devoirs suivre l'auguste loi,</l>
<l>Il partage en ces lieux les cœurs avec le Roi,</l>
<l>Hypermnestre l'aimait, il aimait la Princesse,</l>
<l>Je voyais Danaüs approuver leur tendresse,</l>
<l>Et ce Prince empressé de couronner leurs feux,</l>
<l>Par cet heureux hymen allait combler nos vœux,</l>
<l>En faveur de l'amour, Mars quittait son tonnerre. </l>
<l>Et l'hymen étouffant les semences de guerre,</l>
<l>Laissait la paix sur nous déployer des trésors,</l>
<l>Quand les flots d'Egiptos<note place="bottom"> Dans la mythologie grecque, Egyptos est un Roi Africain qui s’empare de l’Egypte. Il souhaite contraindre son frère, Danaos, à accepter l’union de leurs enfants. En effet, Egyptos a cinquante fils quand Danaos a cinquante filles. Toutefois, ces unions donneront lieu aux meurtres des jeunes époux, assassinés par leurs femmes sur l’ordre de Danaos, effrayé par un oracle indiquant qu’il sera détrôné par Lyncée. Un seul survivra à cette série de meurtres, Lyncée.  </note> parurent sur ces bords,</l>
<l>Danaüs aujourd'hui vient d'en faire ses gendres,</l>
<l>Hypermnestre arrachée à des liens si tendres,</l>
<l>Cédant aux dures lois d'un père rigoureux,</l>
<l>Immole à son devoir un amant malheureux.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 20 vers (vers 86-105) : « Elle oublie à l’instant dans les bras de Lyncée / Du fils de Gélanor la tendresse offensée / Ces chants d’amour, d’hymen, ce spectacle deux / Tout nous annonce ici la colère des Dieux / Ils marquent leurs courroux par de tristes augures / Dont chacun à son gré tire des conjectures / Pour unir ces époux on était assemblé / La terre sous nos pas tout à coup a tremblé / Sans nuages, le ciel s’est couvert de ténèbres / Le temple a retenti de mille voix funèbres / Et le Prêtre allumant le flambeau de l’hymen / Le tonnerre à nos yeux l’éteignit dans sa main / Tout le peuple effrayé craint le courroux céleste / Et veut suspendre alors cette union funeste / Mais Danaüs bravant l’objet de leur terreur / Se rit d’un vain scrupule et le traite d’erreur / De ces amants, dit-il, achevons l’hyménée / Je vous réponds des Dieux et de la destinée / Et soudain par son ordre aux pieds des saints autels / On unit ces époux par des nœuds éternels. » </note></l>
</sp>

<sp who="#Idas" xml:id="I01-11">
<speaker>Idas</speaker>
<l>Dans ses propres erreurs notre ennemi s'égare,</l>
<l>Ce n'est jamais en vain que le Ciel se déclare,</l>
<l>De quelque grand péril il les menace tous,</l>
<l>Ce prodige sans doute annonce son courroux.</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="I01-12">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Dans l’abîme des maux où mon âme est plongée,</l>
<l>Ce présage m'étonne et je crains pour Argée.</l>
<l>Puissent les Dieux vengeurs dans leur juste courroux</l>
<l>Sur les seuls criminels faire tomber leurs coups,</l>
<l>Mais Danaüs paraît : évitons sa présence.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Créon et Idas sortent ».</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="02" xml:id="I02">
            <head>Scene II
               <listPerson type="configuration" xml:id="confI02">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Antenor"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs, Antenor</stage>

<sp who="#Danaus" xml:id="I02-01">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Antenor, ce moment va remplir ma vengeance,</l>
<l>Et les fils d'Egiptos vont sur les sombres bords,</l>
<l>Par un récit affreux épouvanter les morts,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 8 vers (vers 118-125): « Cependant, en mon cœur, une voix redoutable / Excite des remords dont l’atteinte m’accable / Témoin de ma fureur tu sais que ma vertu / Moi-même frémissant de voir mon injustice / Je n’osais achever ce sanglant sacrifice / Mais enfin, tes conseils dissipant ma terreur / Du coup qui m’étonnait, me cachèrent l’horreur / Pour mieux me préparer à tant de parricides. » </note></l>
<l>Pour mieux me préparer à tant de parricides,</l>
<l>Je consacrai l'autel des fières Euménides,</l>
<l>Je t’en fis le ministre et par un culte affreux,</l>
<l>A ces funestes sœurs, ta voix offrit mes vœux<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 130-133): « Redouble ton encens, dans ce moment terrible / Par ses noires vapeurs, rends mon cœur inflexible / et que l’enfer enfin, soutenant mes efforts / Sous un nuage affreux, me cache mes remords. » </note>.</l>
</sp>

<sp who="#Antenor" xml:id="I02-02">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>Seigneur, votre salut exigeait ces victimes,</l>
<l>Le Ciel qui les marqua rend vos coups légitimes,</l>
<l>Et ce n'est plus vos jours que le destin poursuit,</l>
<l>Puisque vos ennemis périssent cette nuit.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I02-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Ce terrible moment étonne mon courage,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 4 vers (vers 138-141) : « Le soleil va bientôt, dissipant les ténèbres / Changer les chants d’hymen, en des hymnes funèbres / Et faire voir enfin, au monde épouvanté / Des horreurs qu’à ses yeux cache l’obscurité. »</note></l>
<l>J'entends déjà gronder le dangereux orage</l>
<l>Qui sur le bord du Nil se forme contre nous,</l>
<l>Pour braver Egiptos et repousser ses coups,</l>
<l>Je prétends m’appuyer de la valeur d'Argée,</l>
<l>Couronner aujourd'hui sa tendresse outragée.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 148-151) et 1 didascalie : « C’est pour lui découvrir ses destins glorieux / Que je veux, sans témoins, lui parler en ces lieux / Il vient, et la douleur, peinte sur son visage / Pour mes nouveaux desseins, est un heureux présage. Anténor se retire. »</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="03" xml:id="I03">
            <head>Scène III
               <listPerson type="configuration" xml:id="confI03">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Argee"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs, Argée</stage>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-01">
<speaker>Danaüs </speaker>
<l>Mon cœur est pénétré de vos justes douleurs,</l>
<l>Approchez, il est temps de finir vos malheurs<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 154-157) : « Ne dissimulez plus, tendre et fidèle Argée / Vous cédez aux chagrins où votre âme est plongée / Ce grand cœur, que le sort n’a jamais abattu / Semble, en vain, à l’amour, opposer sa vertu. » </note>.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-02">
<speaker>Argée</speaker>
<l>L'amour à la vertu ne porte nulle atteinte,</l>
<l>Vous voyez mes malheurs sans entendre ma plainte.</l>
<l>Vos intérêts remplis ne me laissent de voix</l>
<l>Que pour vous applaudir et louer votre choix.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 162-165) : « De vous et d’Egyptus la haine enracinée / Expirant dans les feux qu’allume l’hyménée / Argos, qu’avec l’Egypte, unit un si beau jour / Flattent trop mes devoirs pour écouter l’amour. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Bornez tous vos devoirs à plaire à la Princesse,<note place="bottom"> Danaüs, 1784, acte I, scène III, vers 166 : « Bornez-les, ces devoirs, à plaire à la Princesse ».</note> </l>
<l>Sa main va couronner votre heureuse tendresse.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-04">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="I">Moi, Seigneur ?</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-05">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Oui, des Dieux, adorez les décrets,</l>
<l>Et sans vous étonner, apprenez mes secrets,</l>
<l>De mes premiers malheurs rappelez-vous l'histoire,</l>
<l>Lorsque Egiptos volant de victoire en victoire,</l>
<l>Trouvait à chaque pas des triomphes nouveaux,</l>
<l>Et mettait l'univers pour borne à ses travaux.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 175-178) : « D’objets ambitieux, sa valeur animée / Dans son rapide cours, lassait la renommée / Qui, trop loin de nos bords, célébrant ses exploit / Ne pouvait jusqu’à nous faire entendre sa voix. »</note></l>
<l>Je croyais que la mort aux limites du monde,</l>
<l>Fixait de ce héros la course vagabonde,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 181-184) : « Sur cet espoir donné par des Dieux ennemis / Je m’emparai du trône et régnai dans Memphis / Nos peuples oubliaient cet ambitieux Prince / Que la guerre traînait de province en province. »</note></l>
<l>Lorsqu'on le vit ici suivi de ses guerriers,</l>
<l>Opprimant l'univers du poids de ses lauriers,</l>
<l>Usant insolemment des droits de sa victoire,</l>
<l>Son orgueil effaçait tout l'éclat de sa gloire,</l>
<l>Trainé par douze Rois, ce triomphe odieux</l>
<l>De ses heureux succès faisait rougir les Dieux,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 191-194) : « Ne pouvant résister aux coups de la fortune / J’exposai sur les flots une vie importune / Suivi de peu d’amis, dans ces temps malheureux / Je m’éloignais la nuit de nos bords dangereux. »</note></l>
<l>Poussé par le destin, par le vent et l'orage, </l>
<l>A travers les périls, j'abordais ce rivage</l>
<l>Et la Grèce m’y vit par un illustre effort,</l>
<l>Rappeler la fortune et balancer le sort,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 199-202) : « Après mille dangers, dont le récit étonne / J’affermis, dans Argos, ma nouvelle couronne / Et j’espérais enfin que des destins nouveaux / m’y laisseraient jouir du fruit de mes travaux. »</note></l>
<l>Mais Dieux ! Je m'y flattais d'une vaine espérance.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-06">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Et qui pourrait ici braver votre puissance ?</l>
<l>Vos voisins sont domptés et votre bras vainqueur</l>
<l>N'a qu'à se reposer sur leur propre terreur,</l>
<l>Mais quand même les Grecs à vos désirs contraires,</l>
<l>Formeraient contre vous des projets téméraires,</l>
<l part="I">Egiptos et ses fils...</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-07">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Ô Ciel, que nommez-vous ?</l>
<l>Ce sont ceux que le Ciel conjure contre nous.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-08">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Quoi, Seigneur, Egiptos se couvrant d’infamies,</l>
<l>Armerait contre vous une main ennemie ?</l>
<l>Ah ! ne le croyez pas ce Prince glorieux,</l>
<l part="I">D'un si noir attentat...</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-09">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="I">J’en parle après les Dieux,</l>
<l>D'un oracle terrible, apprenez la menace,</l>
<l>Mon sang, lorsque j'y pense, en mes veines se glace,</l>
<l>Apollon consulté par mes ambassadeurs,</l>
<l>M'expliqua en ces mots mon sort et ses horreurs :</l>
<l>« Danaüs doit périr par le fils de son frère,</l>
<l>Telles sont des destins les immuables lois,</l>
<l>Argos, teintée de sang dans sa douleur amère,</l>
<l>Pleurera les malheurs du plus grand de ses Rois. »</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-10">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="I">Dieux ! que m'apprenez-vous ?</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-11">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Par un trait de prudence,</l>
<l>Sur cet avis du Ciel, j'ai gardé le silence,</l>
<l>Et par mes envoyés j'ai traité dans Memphis<note place="bottom"> La ville de Memphis est une ville située en Egypte et qui, selon la mythologie grecque, aurait été fondée par Memphis, femme d’Epaphos. </note>,</l>
<l>La paix avec mon frère et l'hymen de ses fils.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 230-233) : « Ainsi sous les saints noms de paix et d’hyménée / Je conjure, en secret, l’aveugle destinée / Eludant sagement ses injustes arrêts / Ma prudence la force à changer ses décrets. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-12">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Mais ne hâtez-vous point l'effet de la menace</l>
<l>En rendant vos neveux maîtres de cette place ?</l>
<l>Par ce projet, Seigneur, vous provoquez le sort.</l>
<l part="I">Ces Princes dans Argos...</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-13">
<speaker>Danaüs </speaker>
<l part="F">Y reçoivent la mort ;<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 239-242) : « Mes ordres sont données, la torche nuptiale / Les guide en ce moment vers la rive infernale / Mes filles, les noyant dans leur sang odieux / Ont prévenu les coups que m’annonçaient les Dieux. »</note></l>
<l>Dans cette même nuit aux horreurs condamnée<note place="bottom"> Danaüs, 1784, acte I, scène III, vers 243, « Dans cette même nuit aux horreurs destinée ».</note>,</l>
<l>Sous les tristes lueurs des feux de l'hyménée,</l>
<l part="I">On a tranché leurs jours.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-14">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">Ah ! Que me dites-vous ?</l>
<l>Hypermnestre, Seigneur, immole son époux.</l>
<l>Seigneur, à quel excès votre raison s'égare ?</l>
<l>Changez s'il en est temps vos ordres si barbares.<note place="bottom"> Ces deux derniers vers n’apparaissent pas à cet endroit dans l’édition de 1784 mais dans une réplique suivante. L’édition de 1784 introduit après les deux vers d’Argée une réplique de Danaüs (vers 248-249) : « Oui : par ce grand effort, dont votre âme s’étonne / La Princesse vous rend son cœur et sa couronne. » Puis une réplique d’Argée (vers 250-255) : « Qu’entends-je ? ce discours qui trouble mes esprits / Change l’amour en haine et l’estime en mépris/ Seigneur, à quel excès votre raison s’égare ? Changez s’il en est temps un ordre si barbare / Ou craignez que des Dieux l’implacable courroux / Allumé par vos mains, ne retombe sur vous. » Puis une réplique de Danaüs (vers 256-259) : « J’ai combattu longtemps ce projet dans mon âme / Mais ma fureur enfin vient du Ciel qui l’enflamme / Malgré moi, j’obéis à cet ordre cruel / S’il ne l’avait voulu, serais-je criminel ? ». </note></l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-15">
<speaker>Danaüs </speaker>
<l>Malgré moi, j'obéis à cet ordre cruel,</l>
<l>S'il ne l'avait voulu, serais-je criminel ? </l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-16">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Mourrez s'il faut mourir mais mourrez avec gloire,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 4 vers (vers 260- 264) : « Il ne vous a prédit qu’une fin malheureuse / Mais vous a-t-il dicté cette ressource affreuse ? / L’orale n’a parlé que des crimes d’autrui / Et je ne vois que vous de coupable aujourd’hui. »</note></l>
<l>Ne laissez point de vous une affreuse mémoire,</l>
<l>Si, pour vous garantir, l'honneur est impuissant,</l>
<l>Cédez à vos destins, mais tombez innocent,</l>
<l>Descendez au tombeau l'âme exempte de crime,</l>
<l>Et ne méritez pas le coup qui vous opprime.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-17">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Ainsi sur mes périls, tranquille, indifférent,</l>
<l part="I">Vous préférez ma mort...</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-18">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">Au titre de Tyran,</l>
<l>La vertu fait le lustre et le prix de la vie,</l>
<l>Ah ! Qu'importe après tout qu'une main ennemie</l>
<l>Pour perdre un innocent s'arme contre ses jours ;</l>
<l>Si dans son innocence il voit finir leurs cours.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 277-280) : « Un oracle, d’ailleurs, est toujours équivoque / Et ce qu’il dit, souvent, le destin le révoque / Souvent notre fureur en est le nœud secret / Et sur notre conduite il règle son décret » </note></l>
<l>Percer de l'avenir l'impénétrable abîme</l>
<l>N'appartient aux Dieux seuls, aux mortels c'est un crime.</l>
<l>C'est un chaos, pour nous source d'illusion,</l>
<l>De notre vain orgueil juste punition,</l>
<l>Respectons sagement les bornes éternelles,</l>
<l>Connaissons nos devoirs et soyons leurs fidèles,</l>
<l>Celui qui les connait sait ce qu'il doit savoir,</l>
<l>Et voit dans ses destins tout ce qu'il doit voir.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-19">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>À de tels sentiments, je sais rendre justice,</l>
<l>Mais il s'agit enfin de fuir le précipice,</l>
<l>Dont la bonté des Dieux a daigné m'avertir.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-20">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Et ses ordres, Seigneur, les ferez-vous mentir ?</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-21">
<speaker>Danaüs<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 4 vers (vers 293-296) : « J’obéis à sa voix, lorsqu’il se fait entendre / Sans percer des secrets que je ne puis comprendre / Instruit par sa beauté, j’ai pourvu cette nuit / A parer tous les coups du sort qui me poursuit »</note></speaker>
<l>En vain de mes projets votre vertu murmure,</l>
<l>Je le sens comme vous, ils blessent la nature,</l>
<l>Mais comme un autre enfin, chez elle, j’ai mes droits,</l>
<l>Et pour moi, mon salut est une de ses lois.</l>
<l>Ne me répondez plus, soit force, soit faiblesse,</l>
<l>Le destin par ce coup vous donne la Princesse,</l>
<l>C’en est assez pour vous, laissez-le donc agir,</l>
<l>Puisqu’il vous rend heureux sans vous faire rougir.</l>
<l part="I">Content de ses faveurs...</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I03-22">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">A ce prix, j'y renonce.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="I03-23">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Ma tendresse pour vous vaut une autre réponse,</l>
<l>Je pardonne un discours qui devrait m'irriter,</l>
<l>Comblé de mes faveurs, il faut les mériter.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Il sort. »</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="04" xml:id="I04">
            <head>Scène IV
               <listPerson type="configuration" xml:id="confI04">
               <person corresp="Argee"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Argee" xml:id="I04-01">
<speaker>Argée<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Seul ».</note></speaker>
<l>Puis-je croire, grands Dieux ! ce que je viens d'entendre ?</l>
<l>Malheureux Danaüs, quel sang fais-tu répandre ? </l>
<l>Mais que dis-je ? Hypermnestre ose prêter sa main</l>
<l>À la noire fureur de ce père inhumain ?</l>
<l>Après cet attentat, recevrai-je une amante</l>
<l>Du sang de son époux encore toute fumante ?</l>
<l>Ah, que plutôt la mort pour un heureux secours</l>
<l>Éteigne avec mes feux le flambeau de mes jours.</l>
<l>Tyran, si tu m'as vu brûler pour la Princesse,</l>
<l>Sur les lois de l'honneur, je réglais ma tendresse,</l>
<l>Si de ce même honneur mon amour fut le fruit,</l>
<l>La vertu l'allume, le crime le détruit.</l>
<l>Elle vient, sa présence irrite ma colère.</l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="05" xml:id="I05">
            <head>Scène V
               <listPerson type="configuration" xml:id="confI05">
               <person corresp="Hypermnestre"/>
               <person corresp="Argee"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Hypermnestre, Argée</stage>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="I05-01">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Ah ! Seigneur, si jamais à vos yeux je fus chère,</l>
<l>Que votre âme sensible à ma juste douleur</l>
<l>En ce funeste jour prévienne mon malheur.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I05-02">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Dans quel péril, Madame, êtes-vous engagée ? </l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="I05-03">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Vous en allez frémir, trop généreux Argée.</l>
<l>Je croyais que le ciel me séparant de vous,</l>
<l>Par un coup si cruel épuisait son courroux,</l>
<l>Mais cet hymen fatal, source de tant de peines,</l>
<l>Cachait les plus grands maux que le poids de ses chemins,<note place="bottom"> L’édition de 1784 modifie ici les vers 330-331 : « Mais hélas ! Mes liens n’étaient que des auspices / Qui devaient me conduire à d’autres sacrifices. »</note></l>
<l>Au retour de l'autel pour combler mes douleurs.</l>
<l>Le Roi m'a fait venir avec toutes mes sœurs.</l>
<l>À son farouche aspect, mon âme s'est glacée,</l>
<l>Ses yeux étaient éteints, sa couleur effacée.</l>
<l>Le crime qui troublait ce Prince malheureux</l>
<l>Exprimait sur son front tout ce qu'il a d'affreux.</l>
<l>D'un oracle terrible, il nous dit la menace,</l>
<l>Et dans un long détail à nos yeux il retrace</l>
<l>Cette funeste paix qu'il traite dans Memphis,</l>
<l>Pour séduire Egiptos et pour perdre ses fils,</l>
<l>Où sous des noms sacrés appâtent ses victimes.</l>
<l>Il conviait les Dieux d'assister à ses crimes,</l>
<l>Il nous commande alors, Seigneur, le croirez-vous ?</l>
<l>D'égorger dans la nuit nos malheureux époux.</l>
<l>Mes détestables sœurs par un serment horrible</l>
<l>Ont juré de servir son courroux inflexible</l>
<l>Et pour porter mon cœur à ce coup inhumain,</l>
<l>Ce Prince furieux m'a promis votre main.</l>
<l>Reprenez, m'a-t-il dit, une douce espérance,</l>
<l>Des astres ennemis arrêtez l'influence.</l>
<l>Pour prévenir un monstre exilé par l'enfer,</l>
<l>Au soin de votre époux a-t-il plongé ce fer,</l>
<l>Et demain la douceur d’un heureux hyménée.</l>
<l>Va réunir Argée à votre destinée,</l>
<l>Méritez mes bontés par ce sanglant effort</l>
<l>Qu'exige votre Roi, votre amante et le sort.</l>
<l>À cet affreux discours, mon âme s'épouvante, </l>
<l>Je demeure sans voix, interdite et tremblante.</l>
<l>Et tandis que mes sœurs dans leurs appartements</l>
<l>Vont consommer leur crime et remplir leurs serments,</l>
<l>Je rentre dans le mien triste et désespérée,</l>
<l>Où je cache un époux dont la mort est jurée.</l>
<l>Dans cette extrémité, je n'ai recours qu'à vous,</l>
<l>Vous seul pouvez sauver les jours de mon époux,</l>
<l>Par cet illustre effort justifiez la flamme,</l>
<l>Qu'un amant généreux allume dans votre âme,</l>
<l>Montrez ce qu'aux héros inspire la vertu.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="I05-04">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Vous ranimez mon cœur de douleur abattu.</l>
<l>Trompé par Danaüs, j'ai craint pour ma Princesse,</l>
<l>Des forfaits dont l'horreur étouffait ma tendresse.</l>
<l>Quel bonheur imprévu succède à mon effroi,</l>
<l>Pour sauver mon Rival, vous recourez à moi,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 374-377) : « Et j’ai pu soupçonner sur un discours frivole / Un cœur qu’à ses devoirs, la vertu même immole / Pardonnez-moi, Madame, un injuste soupçon / Triste suite des maux qui troublent ma raison. » </note></l>
<l>En le sauvant, Madame, aux dépens de ma vie<note place="bottom"> Danaüs, 1784, vers 378 : « En sauvant mon Rival, aux dépends de ma vie. »</note></l>
<l>Vous connaîtrez l'amour que je vous sacrifie. <note place="bottom"> L’édition de 1784 ajoute une réplique d’Hypermenestre puis une réplique d’Argée, soit 2 vers. Vers 380 : « Hâtez-vous donc, Seigneur, mon époux va périr. »  Vers 381 : « Oui, Madame, je vais le sauver, ou mourir. » Puis l’indication : « Fin du premier acte ». </note></l>
</sp>
</div2>
		 </div1>
	  
         <div1 type="intermede" n="01" xml:id="IntI">
            <head>Premier intermède<note place="bottom"> L’édition de 1784 ajoute l’indication : « Le théâtre représente un bois sacré et l’autel de l’hymen, avec l’aurore qui se lève. Arlequin et Euphrosine viennent se marier. »</note></head>

         <div2 type="scene" n="01" xml:id="IntI01">
            <head>Scène I
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIntI01">
               <person corresp="Arlequin"/>
               <person corresp="Euphrosine"/>
		 <person corresp="Pere"/>
               <person corresp="Argiens"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Arlequin, Euphrosine, son père, Argiens<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Troupe d’Argiens et d’Argiennes ».</note>.</stage>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI01-01">
<speaker>Le Père. </speaker>
<lg>
<l met="12">L'Aurore, mes enfants, qui commence à paraître</l>
<l met="12">Se montre à l’univers sous l'aspect le plus beau.</l>
<l met="12">Voulant de votre hymen allumer le flambeau,</l>
<l met="12">Je saisis de ce jour l’instant qui le fait naître.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI01-02">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Et comment savez-vous que cet aspect est bon ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI01-03">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="6">Je le sais d'un homme sage,</l>
<l met="6">Dont la solide raison,</l>
<l met="12">Perce de nos destins, le ténébreux message,</l>
<l met="12">L'astre qui dans le Ciel pendant le jour nous luit,</l>
<l met="12">Les globes lumineux qui brillent dans la nuit,</l>
<l met="12">Les volontés des Dieux, éternels interprètes,</l>
<l met="12">Lui marquent le beau temps, les vents et les tempêtes,</l>
<l met="12">Et comme dans un livre, il y lit l'avenir.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI01-04">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Voilà bien du savoir, il en faut convenir.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI01-05">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Sous l'aspect qui des Rois règle la destinée,</l>
<l met="12">Il vous faut achever cet heureux hyménée.</l>
<l met="12">La joie et les plaisirs où se livre la Cour</l>
<l met="12">Nous montrent que le Ciel favorise l'amour.</l>
<l met="12">Saisissons les instants que donne la fortune,</l>
<l met="12">Toujours avec les Rois, elle nous est commune.</l>
<l met="12">De leurs tristes destins nous partageons les coups</l>
<l met="12">Et leurs félicités réfléchissent sur nous.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI01-06">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Puisqu'aujourd'hui le Ciel, adorable Euphrosine,</l>
<l met="8">À l'hymen fait si bonne mine,</l>
<l met="8">Il nous faut sauter le bâton<note place="bottom"> Faire sauter le bâton : « Faire quelque chose qu’on ne voulait pas faire, le faire malgré soi. Il signifie aussi quelque fois se résoudre à faire une chose après avoir hésité » (Académie, 1835).</note>.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntI01-07">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="12">Oui, car le cœur me dit que le moment est bon.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Argiens" xml:id="IntI01-08">
<speaker>Un Argien</speaker><stage>chante</stage>
<lg type="song">
<l met="6">Brillante Courrière<note place="bottom"> Courrière : « Il ne se dit guère qu'en Poésie. La Lune est appelée l'inégale Courrière des nuits. » (Académie, 1762).</note>,</l>
<l met="4">Dont le retour</l>
<l met="6">Ouvre la barrière</l>
<l met="4">D'un si beau jour.</l>
<l met="6">Les oiseaux par leur ramage</l>
<l met="6">Viennent vous faire la cour.</l>
<l met="6">Pour vous rendre leur hommage,</l>
<l met="6">Leur chant est leur doux langage.</l>
<l met="6">Qu'ils apprennent de l'amour,</l>
<l met="6">Avec vous sur ce rivage.</l>
<l met="6">Ramenez les doux zéphires,</l>
<l met="6">Qu'ils aiment les soupirs,</l>
<l met="6">Que le tendre amour fait naître</l>
<l met="10">Et que le jour que nous voyons paraître</l>
<l met="8">N'éclaire ici que nos plaisirs.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie « On danse. »</note></l>
<l met="5">Amants la fortune,</l>
<l met="5">Ne fait point d'un cœur, </l>
<l met="5">Le plus parfait bonheur,</l>
<l met="5">Dans la plus commune,</l>
<l met="5">Nos tendres désirs,</l>
<l met="5">Sans biens, sans richesse,</l>
<l met="5">De votre tendresse,</l>
<l met="5">Tire vos plaisirs.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI01-09">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="5">De mon sort, Lyncée<note place="bottom"> Dans la mythologie grecque, Lyncée est un des fils d’Egyptos. Il épouse Hypermnestre et lui laisse sa virginité durant leur nuit de noce, ce qui lui vaut d’avoir la vie sauve quand toutes les autres Danaïdes ont tué leurs époux. Après être revenu à Argos et avoir vengé la mort de ses frères (notamment en tuant son père Danaos, qui avait ordonné les meurtres), il devient Roi d’Argos aux côtés d’Hypermenestre. </note></l>
<l met="5">Doit être jaloux.</l>
<l met="5">Tous mes nœuds sont doux,</l>
<l met="5">Ma flamme approuvée</l>
<l met="5">Remplit tout mon cœur.</l>
<l met="5">Ma maîtresse est belle,</l>
<l met="5">Je lui suis fidèle,</l>
<l met="5">C'est là mon bonheur.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntI01-10">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="5">Hypermnestre est reine,</l>
<l met="5">Lyncée est charmant,</l>
<l met="5">Mais de mon amant,</l>
<l met="5">Je suis Souveraine.</l>
<l met="5">Comme il est mon Roi,</l>
<l met="5">Son cœur est mon trône,</l>
<l met="5">L'amour m’y couronne,</l>
<l met="5">C'est assez pour moi.</l>
</lg>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="02" xml:id="IntI02">
            <head>Scène II
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIntI02">
               <person corresp="Arlequin"/>
               <person corresp="Euphrosine"/>
		 <person corresp="Pere"/>
               <person corresp="Argiens"/>
               <person corresp="Mere"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Les précédents, la mère d'Euphrosine.</stage>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-01">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="12">Que faites-vous ici, quand l'enfer se déploie,</l>
<l met="12">Vous osez en ces lieux vous livrer à la joie ?</l>
<l met="12">Prenez plutôt le deuil mes enfants et pleurez.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-02">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l part="I">Et pourquoi donc pleurer ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-03">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l part="F">Le diable a fait tapage</l>
<l met="12">Et rempli le palais de monstres et de carnage.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-04">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Sans doute que ma femme a les sens égarés.</l>
<l met="12">Que voulez-vous dire ? A quelle frénésie...</l>
</lg>
 </sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-05">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="12">L'enfer vient dans ces lieux de faire une sortie,</l>
<l met="12">Les amours qu'on croyait assurer nos destins</l>
<l met="8">N'étaient que d'horribles lutins,</l>
<l met="6">L'hymen une noire furie,</l>
<l met="6">Qui des fils d'Egiptos,</l>
<l met="12">Dans cette affreuse nuit vient d'éteindre la vie.</l>
<l met="8">Ils sont morts, il n'en reste plus.</l>
<l met="12">J'ai vu leurs corps sanglants plus froids que [n’est]<note place="bottom"> Nous proposons l’ajout de ce mot pour le respect de la métrique.</note> la glace</l>
<l met="6">Étendus sur la place.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-06">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l part="I">Ah ! Ciel, que dites-vous ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-07">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l part="F">C'est ce qu'avec grande peur,</l>
<l part="I">Je viens de contempler.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-08">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l part="F">Quelles mains criminelles</l>
<l met="12">Ont pu souiller ces lieux par ces excès d'horreur ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-09">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="8">Ce sont les Princesses cruelles</l>
<l met="8">Qu'on unissait à leurs destins.</l>
<l met="12">On les a trouvés morts dans leur lit ce matin.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-10">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="8">Le trait ne me paraît pas tendre.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-11">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="8">Pour moi, je n'y puis rien comprendre.</l>
<l met="8">On en parle diversement,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 1 vers (vers 475) : « Chacun, selon son gré, diverses raisons forge. »</note></l>
<l met="12">L'un dit que Danaüs a fait plus prudemment<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 3 vers (vers 477-479) : « De les expédier la nuit et sourdement / Qu’ils lui voulaient couper la gorge / D’autres raisonnent autrement »</note></l>
<l met="8">Pour moi que la frayeur étonne,</l>
<l met="8">Je ne juge, ni ne raisonne,</l>
<l met="8">Je tremble et puis c'est tout.</l>
<l met="12">Mon esprit de ces morts se retrace l'image,</l>
<l met="12">Cette effrayante ruse étonne mon courage,</l>
<l part="I">Au secours !</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-12">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l part="M">Qu'avez-vous ? </l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-13">
<speaker>La Mère </speaker>
<lg>
<l part="F">Je crois les voir partout.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntI02-14">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="12">Ah, mon cher Arlequin, quelle horrible nouvelle !</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-15">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Elle vient à propos et me la sauve belle.<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Au père. »</note></l>
<l met="12">Et pour nous marier, l'aspect n'est-il pas bon ? </l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-16">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="6">Il est épouvantable.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-17">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="8">Votre astrologue avait raison,</l>
<l met="12">Les astres sont d'accord mais c'est avec le diable.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntI02-18">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="12">Que peut leur ascendant sur notre tendre amour ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-19">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Il pourrait lui donner quelque accès de sa rage,</l>
<l met="8">Et me jouer d'un vilain tour.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 2 répliques. Euphrosine (vers 497) : « Ô Ciel ! Que craignez-vous ? » puis Arlequin (vers 498-501) : « Je crains les influences / De l’astre qui domine au destin des Puissances / Son aspect orgueilleux cause trop de danger / J’aime mieux consulter l’étoile du berger. »</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntI02-20">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="12">Vous avez raison<note place="bottom"> Danaüs, 1784, vers 502 : « Vous avez bien raison. »</note>.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-21">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="6">Il faut plier bagage.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntI02-22">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l part="I">Quoi, sans nous marier ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-23">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l part="F">Oui, c'est de quoi, j’enrage.</l>
<l met="12">Ce jour est conjuré contre le mariage,</l>
<l met="8">Et l'hymen s'y prend de façon</l>
<l met="12">Qu'il faut du sens commun avoir perdu le sage,</l>
<l met="8">Pour n'entendre pas sa leçon.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 2 répliques. Euphrosine (vers 510) : « Ah ! mon cher, je vous jure une flamme éternelle ! » Arlequin (vers 511-514) : « Comme elle tourne la pranelle ! / Ce grand empressement doit me faire trembler / Eloignons-nous tant soit peu d’elle / Dans ce tendre transport elle peut m’étrangler. »</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntI02-24">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Arlequin a raison, sous ces affreux auspices,</l>
<l met="12">Les Dieux s'irriteraient contre nos sacrifices.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 6 vers (vers 517-522) : « Consolez-vous, ma fille et pour serrer vos nœuds / Remettons votre hymen à des temps plus heureux / A l’aspect d’un si grand crime / Je prévois les malheurs qui vont tomber sur nous / Quand du Ciel un Tyran excite le courroux / Le peuple en est toujours la première victime. »</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntI02-25">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Allez pleurer chez vous, je vais de mon côté.</l>
<l met="12">Pour rassurer mon cœur, boire à votre santé, </l>
<l met="6">Sur les publiques alarmes</l>
<l met="12">Je pleurerais aussi, l’objet me paraît beau.</l>
<l met="8">Mais hélas ! J'ai peur que mes larmes</l>
<l met="8">A mon vin ne mêlent de l’eau. </l>
</lg>
</sp>

<trailer>Fin du premier intermède<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Fin de l’Intermède du premier Acte ». </note>.</trailer>
</div2>
		 </div1>
	  
         <div1 type="act" n="02" xml:id="II">
            <head>Acte II</head>

         <div2 type="scene" n="01" xml:id="II01">
            <head>Scène I
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII01">
               <person corresp="Argee"/>
               <person corresp="Creon"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Argée, Créon</stage>

<sp who="#Argee" xml:id="II01-01">
<speaker>Argée<note place="bottom"> Danaüs, 1784 : « tenant un papier ».</note></speaker>
<l>À ces augustes traits, je reconnais mon père ;</l>
<l>Mais pourquoi, cher Créon, m'en avoir fait mystère ?</l>
<l>Et quel était l'objet d'un silence obstiné ?</l>
<l>Devais-tu me cacher le rang où je suis né ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="II01-02">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Ce fut l'ordre du Roi, dans l'instant que la Parque<note place="bottom"> Les Parques sont issues de la mythologie romaine. Elles sont les maîtresses de la destinée humaine. « Elles ont un palais où les destinées des hommes sont gravées sur le fer et sur l'airain, de sorte que rien ne peut les effacer. Immuables dans leurs desseins, elles tiennent ce fil mystérieux, symbole du cours de la vie, et rien ne peut les fléchir et les empêcher d'en couper la trame. » Mythologie grecque et romaine, Commelin, 1907.</note></l>
<l>Trancha malgré nos pleurs les jours de ce Monarque.</l>
<l>Il vous prie dans ses bras pour un dernier effort. </l>
<l>Cher Créon, me dit-il, je te commets son sort<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 537-540) : « Cache lui ses destins dans ces temps redoutables / Attends qu’en sa faveur, les Dieux pus exorables / Par quelques changements t’annoncent leurs secours / A sa conduite, ami, n’expose point ses jours. »</note></l>
<l>Pour ne rien hasarder avant que la sagesse</l>
<l>Ait amorti les feux d'une ardente jeunesse.</l>
<l>Fais-lui connaître alors un père malheureux,</l>
<l>Mais dis-lui bien surtout que le sort rigoureux</l>
<l>M'a toujours éprouvé constant dans ma carrière,</l>
<l>Que j'emporte au tombeau ma vertu toute entière.<note place="bottom">L’édition de 1784 introduit ici 6 vers (vers 547-552) : « Il mourut à ces mots et je vins dans ces lieux / Solliciter, pour vous, la fortune et les Dieux / Le Ciel favorisa des vœux si légitimes / Et bientôt par l’éclat de vos vertus sublimes / Sur vos pas glorieux on vit voler les cœurs / Tous les Dieux attentifs nous marquaient leurs faveurs. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="II01-03">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Ce funeste récit, cher Créon, m'importune,</l>
<l>Laissant ces jeux cruels de l'aveugle fortune.</l>
<l>De ses vaines lueurs perdons le souvenir,</l>
<l>Mon cœur en a besoin, s'il veut se soutenir. </l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="II01-04">
<speaker>Créon<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 4 vers (vers 557-560) : « Soutenez-le, Seigneur, par cette grandeur d’âme / Qui vous fait au devoir immoler votre flamme / Livrez-vous tout entier aux objets glorieux / Que le Ciel apaisé vous offre dans ces lieux. »</note></speaker>
<l>Tous vos amis sont prêts et leurs fières cohortes<note place="bottom"> Cohortes : « Corps d’infanterie parmi les romains. On s’en sert en poésie pour marquer toutes sortes de gens de guerre » (Académie, 1762).</note></l>
<l>Du palais en secret ont assiégé les portes,</l>
<l>Je leur peins cette nuit, où le monstre furieux<note place="bottom"> Danaüs, 1784, vers 563, « Je leur peins cette nuit, où le monstre odieux ».</note>,</l>
<l>Du sang de sa famille a fait rougir ces lieux.</l>
<l>J'oppose au noir détail de tant de parricides</l>
<l>La constante vertu des sages Inquides.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 12 vers (vers 567-578) : « J’offre à leur souvenir ce règne fortuné / Où l’on ne vit jamais l’Innocent condamné / Où le grand Gélanor sans erreur sans faiblesse / Suivait l’heureux sentier où guide la sagesse / Et marchant constamment dans les lois du devoir / Dans l’exacte équité bornait tout son pouvoir / Sortons, leur dis-je alors d’une lâche indolence / Pour le sang de nos Rois, courons à la vengeance / un fils de Gélanor, inconnu dans ces lieux / Que nous a conservé la clémence des Dieux / Attend votre secours pour venger sa patrie / Et relever l’éclat de sa gloire flétrie. »</note></l>
<l>Je leur remets alors cet écrit dans les mains,</l>
<l>Reconnaissant vos droits à des titres certains,</l>
<l>Emportés par l'ardeur que le Ciel leur inspire,</l>
<l>Ils jurent à l'envie de vous rendre l'Empire.</l>
<l>Tous les Dieux sont ici témoins de leurs serments,</l>
<l>Profitez donc, Seigneur, de ces heureux moments, </l>
<l>Secondez leurs efforts, mettez-vous à leur tête,</l>
<l>De vos tristes états écartez la tempête</l>
<l>Venez et dans ce jour marqué par tant d'horreurs,</l>
<l>Dans le sang du tyran, éteignez ses fureurs.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 3 répliques. Argée (vers 589-594) : « Ainsi, lorsque le Ciel opprime une Princesse / Qui fut l’unique objet de toute ma tendresse / Quand la pure amitié qui dirige mon cœur / Ne doit prescrire au mien que les lois de l’honneur / Irai-je du destin, ministre impitoyable / Combler par un forfait le malheur qui l’accable ? » Créon (vers 595-599) : « Remettez-la vous-même aux mains de son époux / C’est tout ce que l’honneur peur exiger de vous / Offrez à sa vertu votre amour pour victime / Mais songez à venger un père magnanime / Pour apaiser son ombre, immolez le Tyran » Argée (vers 600) : « Je lui dois des efforts plus dignes de son sang. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="II01-05">
<speaker>Argée</speaker>
<l>Danaüs n'eut point part au mouvement rebelle<note place="bottom"> Le manuscrit indique « Danaüs n'eut point de part au mouvement rebelle », la correction est apportée pour le respect de la métrique.</note>,</l>
<l>Qu'il le fit couronner par ce peuple infidèle, </l>
<l>Et je puis sans rougir faire placer aujourd'hui</l>
<l>Au père d'Hypermnestre et lui servir d'appui.</l>
<l>Que dis-je ? Je le dois pour assurer ma gloire.</l>
<l>Ses bienfaits sont toujours présents en ma mémoire.</l>
<l>Ce Prince avec l'Empire offre au même jour</l>
<l>De me donner encore l'objet de mon amour.</l>
<l>Et j’irais pour le prix d'un sentiment si tendre</l>
<l>Ravir avec sa vie un bien qu'il veut me rendre.</l>
<l>Non, le trône n'aura à mes yeux jamais d'éclat</l>
<l>Si je n'y puis monter que par un attentat.</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="II01-06">
<speaker>Créon</speaker>
<l>Ciel ! Quelle illusion. Quoi ! pour une maîtresse</l>
<l part="I">Vous renoncez au rang...</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="II01-07">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">Respectez la Princesse.</l>
<l>Un noble sentiment me dicte ce dessein,</l>
<l>C'est la vertu, Créon, qui le met dans mon sein. </l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="II01-08">
<speaker>Créon</speaker>
<l part="I">Dites plutôt l'amour.</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="II01-09">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">Eh bien ! ce Dieu propice</l>
<l>Vient soutenir mon cœur dans ce grand sacrifice.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 621-624) : « S’il m’en cache l’horreur sous son heureux bandeau / Le coup sera plus doux, mon triomphe aussi beau / Le Ciel m’ouvre à la gloire une route nouvelle / Je cède avec Transport à sa voix qui m’appelle. »</note></l>
<l>Le trône quelque état qu'il présente à mes yeux</l>
<l>N'est pas ce qui vous rend digne de nos aïeux.</l>
<l>Nos devoirs satisfaits offrent une couronne</l>
<l>Préférable aux hommes que la fortune donne.</l>
<l>Voilà l'ambition dont mon cœur est flatté.</l>
<l>Pour le sceptre, il suffit de l'avoir mérité.<note place="bottom"> L’édition de 1784 scinde ici la réplique d’Argée afin d’y insérer une réplique de Créon (vers 631-634) : « De ces nobles projets mon âme est étonnée / Mais quoi qu’enfin sur vous règle la destinée / Allez remplir, Seigneur, des jours si glorieux / Ecoutez ce grand cœur et laissez faire aux Dieux. »</note></l>
<l>Pour prévenir les coups d'une main vengeresse</l>
<l>Il faut à Danaüs arracher la Princesse.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 637-640) : « Je vais tout disposer et saisir le moment / Qui puisse m’assurer d’un objet si charmant / Oubliez ma fortune et chérissez ma gloire / Sur l’amour je remporte une illustre victoire. »</note></l>
<l>Et malgré mes malheurs, mon sort sera trop doux,</l>
<l>Si je rends Hypermnestre aux mains de son époux.</l>
<l>Que nos amis soient prêts, puissent les Dieux propices</l>
<l>M'acquitter envers vous et payer vos services.<note place="bottom"> L’édition de 1784 supprime les deux derniers vers de la réplique et introduit 4 vers (vers 643-646) et une didascalie : « Exact dans mes devoirs j’en suis la loi sévère / C’est ainsi, cher Créon, que je venge mon père / Si ses vertus un jour peuvent renaître en moi / Argos en me pleurant, pleurera ce grand Roi / Il sort ».</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="02" xml:id="II02">
            <head>Scène II
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII02">
               <person corresp="Creon"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Creon" xml:id="II02-01">
<speaker>Créon<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit 2 vers en début de réplique (vers 647-648) : « Qu’à son gré, sa vertu se montre toute entière / Ouvrons de son Rival la fatale carrière. »</note></speaker>
<l>Ah ! Si de Danaüs, il doit trancher les jours<note place="bottom"> Danaüs, 1784, vers 649, « Et si de Danaüs, il doit trancher les jours ».</note>, </l>
<l>Aux destins conjurés laissons un libre cours.</l>
<l>Je vais exécuter ce que le Ciel m'inspire</l>
<l>Pour le salut du Prince et le bien de l'Empire.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Il sort ».</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="03" xml:id="II03">
            <head>Scène III
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII03">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Antenor"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs, Antenor</stage>

<sp who="#Danaus" xml:id="II03-01">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Qu'entends-je ? Juste Ciel ! Ma fille m'a trompé ?</l>
</sp>

<sp who="#Antenor" xml:id="II03-02">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>Oui, Seigneur, à vos coups, Lyncée est échappé.</l>
<l>Le téméraire Argée était seul à sa suite,</l>
<l>Il a favorisé le projet de sa fuite.</l>
<l>On répand même un bruit parmi vos ennemis, </l>
<l>Que du Roi Gélanor, cet Argée est le fils.</l>
<l>Du préjugé, Seigneur, vous connaissez la force,</l>
<l>Etouffez de ce bruit la dangereuse amorce.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II03-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Je connais par ce trait leur noire trahison.</l>
<l>Allez-vous assurer d'Argée et de Créon,</l>
<l>Ne perdez point de temps, courrez, le péril presse.</l>
<l>Vous, Gardes, dans ces lieux, conduisez la Princesse.</l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="04" xml:id="II04">
            <head>Scène IV
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII04">
               <person corresp="Danaus"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Danaus" xml:id="II04-01">
<speaker>Danaüs<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « seul ».</note></speaker>
<l>Dans cette extrémité quel sera mon recours,<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 8 vers (vers 665-672) : « Si vous prenez plaisir à voir des malheureux / Vous êtes satisfaits, destins trop rigoureux / Tous les Dieux ennemis, les enfers et la terre / Conspirent aujourd’hui pour me faire la guerre / Et dans le triste sort que j’ai trop mérité / De mes propres fureurs je suis épouvanté / Ce sont les premiers traits qui puissent mon crime / Le sang des innocents demande leur victime.</note></l>
<l>A quel Dieu désormais demander du secours ?</l>
<l>Pressé de tous côtés par l'affreuse tempête</l>
<l>Que le courroux du Ciel fait gronder sur ma tête,</l>
<l>Le naufrage est présent, je ne vois point de port.</l>
<l>Malheureux, à ce prix devais-je fuir la mort ?<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 8 vers (vers 678-685) : « Fallait-il m’avertir d’un précipice horrible / Pour m’en rendre, grands Dieux ! la chute plus terrible / J’y tombais innocent, j’y tombe criminel / Et couvert des horreurs d’un opprobre éternel / Mais d’où vient ce remords ? D’où naissent mes alarmes ? / A mes cruels destins, pourquoi prêter des armes ? L’homme par sa faiblesse, en tous lieux combattu / Manquera-t-il toujours de vice ou de vertu ? »</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="05" xml:id="II05">
            <head>Scène V
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII05">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Hypermnestre"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs, Hypermnestre<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Gardes ».</note></stage>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-01">
<speaker>Danaüs<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « fait signe aux Gardes de se retirer ».</note></speaker>
<l>Votre époux est-il mort ? Respire-t-il encore ?</l>
<l>D'où vient, s'il ne vit plus, que votre Roi l'ignore ?</l>
<l part="I">Parlez sans hésiter. </l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II05-02">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="F">Je l'ai sauvé, Seigneur.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="I">Et quel est ton espoir ? </l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II05-04">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="F">Une seule faveur,</l>
<l part="I">La mort.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-05">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Elle est trop juste et bientôt ton supplice,</l>
<l>Mais ma tendresse encore arrête ma justice.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 695-698) : « Et, malgré mon courroux, la nature, chez moi / Excuse ton erreur, et me parle pour toi / L’amour de ton devoir te conduit, je l’avoue / Mais une illusion te séduit et se joue. »</note></l>
<l>Conçois-en le danger aux maux qu'elle produit</l>
<l>Puisque la mort d'un père en doit être le fruit.</l>
<l>Tous mes Neveux sont morts et ta piété funeste</l>
<l>Sauve mon assassin dans celui qui me reste.</l>
<l>Une juste vengeance arrive aujourd'hui, son bras,</l>
<l>Sa gloire, son devoir, demandant mon trépas.</l>
<l>Considère les maux dont ta faute en survie,</l>
<l>Vois déjà ton époux armé contre ma vie</l>
<l>Et les forces du Nil soutenant sa fureur</l>
<l>Remplit ces tristes lieux de carnage et d'horreur.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II05-06">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Je connais vos périls et mon âme abattue</l>
<l>Sur vos tristes destins n'ose porter la vue.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 711-714) : « Je tremble, et mon esprit contemplant vos malheurs / Ne voit de tous côtés que des sources de pleurs / Mais les crimes, enfin, d’où naissent mes alarmes / Etonnent seuls mon cœur, et font couler mes larmes. »</note></l>
<l>Pour sauver votre gloire et garantir vos jours,</l>
<l>Je voudrais que ma mort fut de quelque secours.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 2 vers (vers 717-718): « Vous n’y verriez voler à mes devoirs fidèle / Et tout mon sang versé vous prouverait mon zèle. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-07">
<speaker>Danaüs<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 2 vers (vers 719-720) : « Je le connais ce zèle, et je connais la main / Qui soutient contre moi ton criminel dessein ».</note></speaker>
<l>Pour sauver ton époux, tu t'es servi d'Argée.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II05-08">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Je frémis de l'erreur où votre âme est plongée.</l>
<l>Pourquoi soupçonnez-vous cet amant malheureux</l>
<l>Pour me porter à faire un effort généreux ?</l>
<l>Ma vertu suffisait : un objet légitime</l>
<l>La fit agir. Seigneur, à vos yeux, c'est un crime,</l>
<l>Par lui votre projet se trouve confondu,</l>
<l>Je m'en repens pas, j'ai fait ce que j'ai dû.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-09">
<speaker>Danaüs.</speaker>
<l>En confessant le crime où tu t'es engagée,</l>
<l>Tu veux me déguiser celui que trame Argée.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 731-734) : « Je sais tout et je suis instruit de son projet / Ma couronne aujourd’hui fait son unique objet / L’amour qu’il eut pour toi, séduire encore mon âme / Et pour récompenser sa malheureuse flamme. »</note></l>
<l>Voulant de cet amant faire mon successeur,</l>
<l>Tu sauves ton époux pour me percer le cœur.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II05-10">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Ne poussez pas plus loin l'horreur et l'injustice,</l>
<l>Votre crime, Seigneur, suffit pour mon supplice.</l>
<l>Si mon devoir me rend la complice du sort,</l>
<l>Frappez, voilà mon cœur, vengez-vous par ma mort.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II05-11">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Puisque la mort pour toi n'a rien d'assez terrible,</l>
<l>Je sais par où je puis te la rendre sensible.</l>
<l>Je l'accompagnerai de si grandes horreurs</l>
<l>Qu'elles égaleront l'excès de mes malheurs.</l>
<l>Mais je vois Antenor. Ciel ! Que vient-il m'apprendre ?</l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="06" xml:id="II06">
            <head>Scène VI
               <listPerson type="configuration" xml:id="confII06">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Hypermnestre"/>
		 <person corresp="Antenor"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs, Hypermnestre, Antenor</stage>

<sp who="#Antenor" xml:id="II06-01">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>Contre vos ennemis, songez à vous défendre.</l>
<l>Créon épouvanté des périls de son fils</l>
<l>Vient pour l'en délivrer d'armer tous ses amis<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 749-752) : « Par crainte ou par espoir, cette troupe rebelle / A séduit tout le peuple et l’entraîne avec elle / Ils demandent Argée, ils le veulent pour Roi / Prêts à tout hasarder pour lui prouver sa foi ».</note></l>
<l>Et le fils d'Egiptos lui-même en est à leur tête.</l>
<l>Opposez vos efforts au coup qu'il vous apprête.</l>
<l>Tout cède à sa valeur, vos Gardes sont forcés</l>
<l>Et vous êtes perdu si vous ne paraissez.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II06-02">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="I">Je succombe à ce coup.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II06-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Eh bien, fille barbare,</l>
<l>Ton cœur est-il content du sort qu'on me prépare ?</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="II06-04">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Dans un si grand péril pour défendre vos jours</l>
<l>De la valeur d'Argée empruntez le secours.</l>
<l>Non, ne redoutez rien, ce héros intrépide</l>
<l part="I">Contre vos ennemis...</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="II06-05">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Ah ! Je t'entends, perfide.</l>
<l>Ne crois pas le sauver, Maître de ses destins,</l>
<l>Je vais par son trépas effrayer les mutins.</l>
<l>Antenor, sur l'autel des fières Euménides<note place="bottom"> Euménides : Ce sont des déesses vengeresses et hideuses, vivant aux Enfers dans le Tartare, elles sont gardiennes de la justice sur Terre. De par leur apparence (ailes, serpents en guise de cheveux), elles sont parfois confondues avec les Grées ou les Harpies. </note>,</l>
<l>Va répandre le sang dont elles sont avides.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 769-772): « Pour assouvir l’Enfer, je vais lui présenter / Une victime affreuse, et qui doit le flatter / (A Hypermnestre.) / Tu dois être présente au cruel sacrifice / Que le Ciel irrité demande à ma justice... »</note></l>
<l>Suis-moi, cher Antenor, viens connaître le cœur</l>
<l>Que ta main doit percer pour parer mon malheur.</l>
<l>Puisque le sort cruel va me rendre coupable,</l>
<l>Je dois justifier son courroux implacable,</l>
<l>Et vos Dieux ennemis pour tout remplir d’effroi,</l>
<l>Vous pouvez en ce jour vous fier à moi.<note place="bottom">Danaüs, 1784, « Fin du second Acte ».</note></l>
</sp>
</div2>
		 </div1>
	  
         <div1 type="intermede" n="02" xml:id="IntII">
            <head>Second intermède<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « La scène représente une place d’Argos. Arlequin armé de toutes pièces et une bouteille à son côté, entre en tremblant ».</note></head>
	  
         <div2 type="scene" n="01" xml:id="IntII01">
            <head>Scène I
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIntII01">
               <person corresp="Arlequin"/>
               <person corresp="Combattants"/>
		 <person corresp="Soldat"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-01">
<speaker>Arlequin.</speaker>
<lg>
<l met="10">A l’aide ! Au meurtre ! Au secours !</l>
<l met="12">Argos voit par ce coup le dernier de ses jours.</l>
<l met="12">Quel spectacle d’horreur ! Quel horrible carnage !</l>
<l met="8">Jamais on ne vit telle rage.</l>
<l met="12">A l’aspect du péril mon cœur épouvanté</l>
<l met="12">Voyant la ville pleine et de meurtre et d’alarmes,</l>
<l met="8">Je me suis couvert de ces armes</l>
<l met="8">Pour percer la déloyauté</l>
<l met="8">De quelque flèche meurtrière</l>
<l met="12">Qui pourrait, moi fuyant, me blesser par derrière.</l>
<l met="12">Mais me voici, je crois en lieu de sureté,</l>
<l met="12">Et j’y puis respirer en toute liberté.</l>
<l met="8">Réfléchissons sur la folie</l>
<l met="12">Qui mêle l’étranger avec le citoyen.</l>
<l met="12">Le Roi de ses Neveux vient d’éteindre la vie</l>
<l met="7">Et ce coup-là ne vaut rien.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 795-798) : « Mais pour venger la mort de ces malheureux Princes / Faut-il donc dépeupler la Ville et les Provinces / Et faut-il pour cela devenir l’assassin / De son ami, de son voisin ? »</note></l>
<l met="12">Oh ! Ma raison s’y perd, c’est être fou sans doute.</l>
<l met="12">Je puis le dire ici, personne ne m’écoute.</l>
<l met="8">Si Danaüs par ses forfaits</l>
<l met="7">A mis les Dieux en colère</l>
<l met="7">Par ma foi, c’est son affaire.</l>
<l met="7">La mienne est de vivre en paix</l>
<l met="8">Sans doute et ma peau m’est plus chère</l>
<l met="10">Que Danaüs ne me le fut jamais.</l>
<l met="8">Ma foi, c’est un grand avantage</l>
<l met="6">Que de manquer de courage,</l>
<l met="8">C’est le plus grand présent des Dieux.</l>
<l met="12">Un poltron<note place="bottom"> Poltron : « Lâche, pusillanime, qui manque de courage » (Académie, 1822).</note> voit longtemps la lumière des Cieux</l>
<l met="12">Tandis que l’on se bat et que l’on fait tapage.</l>
<l met="8">Prenons un peu de ce breuvage,</l>
<l met="8">Afin de rassurer mon cœur</l>
<l met="8">Contre ma mortelle frayeur,</l>
<l met="12">Nos braves engagés dans la guerre civile</l>
<l met="8">Vont bientôt dépeupler la ville ;</l>
<l met="8">Comme ils s’égorgent sans quartier,</l>
<l met="12">On n’y verra ce soir aucun cabaretier ;</l>
<l met="12">Par ma prévoyance aussi sage qu’utile</l>
<l met="12">D’un vin délicieux, j’ai fait provision.</l>
<l met="12">Jouissons donc ici de ma précaution.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie « Il boit ».</note></l>
<l met="12">Cela vaut mieux qu’un coup d’épée.</l>
<stage>Grand bruit.<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « On entend ici un grand bruit de tambours, de timbales et les clameurs des combattants. »</note></stage>
<l met="12">Ouf ! Qu’entends-je ?  Quel bruit ! Quelle horreur !</l>
<l met="3">Sauvons-nous !</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Combattants" xml:id="IntII01-02">
<speaker>Chœur de Combattants</speaker>
<l met="12">Frappons, point de quartier, le Ciel combat pour nous.</l>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-03">
<speaker>Arlequin</speaker>
<l met="12">C’est un fait, je fuis ici ma destinée.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Une troupe du parti du Roi et une de celui des conjurés, au bruit d’une symphonie guerrière, font un combat sur le Théâtre, en forme de ballet, dans lequel le parti de Danaüs est battu ; les vainqueurs célèbrent leur victoire et aperçoivent Arlequin. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-04">
<speaker>Un Soldat</speaker>
<l part="I">Qui vive !</l>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-05">
<speaker>Arlequin</speaker>
<l part="M">C’est un mort.</l>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-06">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<l part="F">Qui parle et qui raisonne ?</l>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-07">
<speaker>Arlequin<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « se levant de son séant ». </note></speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Croyez-moi, je dis vrai, l’appât d’une couronne,</l>
<l met="8">Ne saurait me faire mentir,</l>
<l met="12">Je suis mort, c’en est fait, regardez mon village,</l>
<l met="8">Ne me tuez pas davantage,</l>
<l met="8">Je ne saurais en revenir.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Il se recouche ». </note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-08">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Un mort ne porte point de vin dans son bagage.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-09">
<speaker>Arlequin<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « se soulevant ».</note></speaker>
<lg type="song">
<l met="7">C’est pour payer le passage,</l>
<l met="6">De la barque à Charon.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-10">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="7">Voyons si le vin<note place="bottom"> Le prix à payer pour traverser le Styx grâce à Charon était une obole, placée dans la bouche du défunt. Faire ici la mention du vin semble servir au comique et permet l’abaissement d’un élément mythologique.</note> est bon.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-11">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Ce vin est pour les morts, tant qu’on est dans la vie</l>
<l met="8">C’est une liqueur ennemie.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-12">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Tarare ! pon pon<note place="bottom"> Tarare : « Espèce d'interjection familière, dont on se sert, ou pour marquer que L'on se moque de ce qu'on entend dire, ou qu'On ne le croit pas. » (Académie, 1740). L’expression « Tarare pon pon » est reprise par un vaudeville. Voir à ce sujet le site internet theaville.org.</note> ! Buvons, buvons !</l>
<l met="8">Pour aller à l’Elysée</l>
<l met="8">Cette voiture est aisée.<note place="bottom"> L’édition de 1784 répète ici le vers (vers 844) « Tarare ! pon pon ! Buvons, buvons ! »</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-13">
<speaker>Arlequin<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « se levant brusquement ».</note></speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Que le Diable t’emporte au fond du noir Tartare<note place="bottom"> Dans la mythologie grecque, c’est un lieu à la porte de fer et au seuil de bronze où on expie ses fautes. Le Tartare renfermerait les plus grands criminels. </note>.</l>
<l met="12">Quoi, tu bois tout mon vin, sans m’en donner, barbare ?<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici la didascalie : « le Soldat vide la bouteille et la lui jette sur la tête ».</note></l>
<l met="12">Ô guerriers altérés, pour payer leurs échos</l>
<l met="6">Sont-ce là les espèces</l>
<l met="6">Que donnent les héros ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-14">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="10">Ce sont leurs plus grandes largesses,</l>
<l met="12">Les favoris de Mars payent comme cela.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-15">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg type="song">
<l met="8">Les régale donc qui voudra.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-16">
<speaker>Le Soldat</speaker><stage>, chante</stage>
<lg type="song">
<l met="12">Tout brille lorsqu’on est suivi de la victoire.</l>
<l met="12">La foudre respectant les immortels lauriers</l>
<l met="8">Qui couvrent de front des guerriers</l>
<l met="8">Ne tombe jamais sur leur gloire.</l>
<l met="6">Qu’importe d’avoir raison,</l>
<l met="6">Si l’on n’ose dire non,</l>
<l met="6">A ce qu’un vainqueur ordonne.</l>
<l met="6">Les favoris de Bellonne<note place="bottom"> Bellonne est une figure de la mythologie romaine, elle est parfois considérée comme l’épouse de Mars, parfois comme sa sœur. Elle est la Déesse de la Guerre, mais incarne davantage les horreurs de la guerre plutôt que ses aspects héroïques. </note></l>
<l met="6">Se moquent de la leçon</l>
<l met="6">Que la justice leur donne,</l>
<l met="6">C’est en vain qu’elle raisonne</l>
<l met="6">Qu’elle gronde et qu’elle tonne</l>
<l met="6">Puisqu’on n’ose dire non</l>
<l met="6">A ce qu’un vainqueur ordonne.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-17">
<speaker>Arlequin</speaker><stage>, chante</stage>
<lg type="song">
<l met="12">Si ce sont là les droits que donne la victoire.</l>
<l met="12">Si l’on voit des voleurs que l’on nomme guerriers</l>
<l met="8">Prendre à l’ombre de leurs lauriers</l>
<l met="8">Le vin des autres et le boire</l>
<l met="6">Et quoique l’on ait raison</l>
<l met="6">Si l’on n’ose dire non</l>
<l met="6">A ce qu’un vainqueur ordonne.</l>
<l met="6">Ce favori de Bellonne</l>
<l met="6">Entre nous est un fripon,</l>
<l met="6">La victoire une friponne,</l>
<l met="6">Qu’elle gronde, qu’elle tonne</l>
<l met="6">Contre elle ainsi je raisonne</l>
<l met="6">Puisqu’on n’ose dire non</l>
<l met="6">A ce qu’un vainqueur ordonne.</l>
</lg>
</sp>

<stage>Bruit de guerre.<note place="bottom">Danaüs, 1784, « On entend un grand bruit de guerre. »</note></stage>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-18">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg type="song">
<l met="8">Messieurs, la gloire vous appelle.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-19">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="8">Venez en prendre votre part.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-20">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg type="song">
<l met="8">Je n’eus jamais de goût pour elle,</l>
<l met="12">De l’aimer à présent je m’y prendrais trop tard.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-21">
<speaker>Le Soldat</speaker>
<lg type="song">
<l met="8">Non, je connais votre courage,</l>
<l met="8">Et j’en juge à votre air guerrier.</l>
<l met="12">Par ces armes sur nous, vous avez l’avantage.</l>
<l met="12">Il n’est contre vos jours, point de traits meurtriers,</l>
<l met="8">Vous ne craignez ni dard, ni flèche,</l>
<l met="8">Venez nous guider sur la brèche.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-22">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Pour me vaincre, Messieurs, ma seule peur vous suffit,</l>
<l met="12">Quand même de Pallas<note place="bottom"> Bien qu’il y ait plusieurs personnages nommés Pallas dans la mythologie, ce vers semble ici faire référence au géant Pallas, qui fut vaincu par Athéna lors de la gigantomachie. Elle se servit alors de sa peau comme d’une armure. </note>, je porterai l’égide.</l>
<l met="8">Le vent d’une flèche homicide</l>
<l met="7">Me tuera sans contredit.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « La symphonie recommence ». </note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Soldat" xml:id="IntII01-23">
<speaker>Le Soldat</speaker><stage>, chante</stage>
<lg type="song">
<l met="8">Allons, volons à la victoire,</l>
<l met="7">Que le soleil dans ce jour</l>
<l met="6">Ayant fini son tour</l>
<l met="8">De l’éclat de notre victoire</l>
<l met="8">Amuse Thétis<note place="bottom"> Thétis est une Néréide (c’est-à-dire une nymphe marine) dans la mythologie grecque. Elle est la mère de 7 enfants, qu’elle plongea dans le feu pour les défaire de leur nature humaine. Un seul a survécu, le célèbre Achille. </note> et sa Cour.</l>
<l met="8">Que les clameurs et le carnage,</l>
<l met="8">Excitent la guerrière ardeur</l>
<l met="8">Dont Mars nous échauffe le cœur.</l>
<l met="8">Que de la mort l’affreux ravage,</l>
<l met="8">Que les clameurs et le carnage.<note place="bottom"> L’édition de 1784 répète ici les 2 vers (vers 905-906) : « Excitent la guerrière ardeur / Dont Mars nous échauffe le cœur. » Puis introduit la didascalie : « Les Soldats animés de fureur, font un Ballet caractérisé de leur avidité pour le combat, ils font marcher Arlequin par face qui exprimer sa frayeur par des gestes comiques ».</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntII01-24">
<speaker>Arlequin<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « au Parterre ».</note></speaker>
<lg type="song">
<l met="12">Priez les Dieux pour moi, j’ai bien peur que l’Histoire</l>
<l met="12">Ne consacre ma mort au Temple de mémoire.</l>
<l met="12">Je m’en vais malgré moi dans l’horreur des combats ;</l>
<l met="8">Si j’y rencontre la victoire</l>
<l met="12">Il faudra que la peur la guide sur mes pas.</l>
</lg>
</sp>

<trailer>Fin du second intermède.</trailer>
</div2>
		 </div1>
	  
         <div1 type="act" n="03" xml:id="III">
            <head>Acte III<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « La scène représente le Temple où Hypermenestre est gardée et l’Autel des Euménides ».</note></head>
	  
         <div2 type="scene" n="01" xml:id="III01">
            <head>Scène I
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIII01">
               <person corresp="Hypermnestre"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III01-01">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Un noir pressentiment de mon âme s’empare.</l>
<l>Cet autel me fait voir le sort qu’on me prépare.</l>
<l>En vain le Roi me cache un ordre rigoureux.</l>
<l>Je prévois son dessein et j’y borne mes vœux.</l>
<l>En vain contre mes jours sa cruauté conspire,</l>
<l>La mort que l’on m’apprête est le bien où j’aspire,</l>
<l>Elle seule aujourd’hui peut me donner la paix,</l>
<l>Que nos cœurs ici-bas ne rencontrent jamais.</l>
<l>Nos plaisirs sont trompeurs, nos peines sont réelles</l>
<l>Et des biens les plus doux naissent plus cruelles.</l>
<l>Si ce monde à nos yeux présente quelques fleurs,</l>
<l>Il faut que les mortels les arrosent de pleurs.</l>
<l>Enfin de mes malheurs la mesure est remplie,</l>
<l>Du généreux Argée on immole la vie.</l>
<l>Mon époux est armé, mon père va périr,</l>
<l>Dans ce terrible état à quel Dieu recouvrir ?</l>
<l>Quel parti dois-je prendre ? Et quel espoir me reste ?</l>
<l>Pour qui faire des vœux dans ce moment funeste ?</l>
<l>Seront-ils pour mon père ou bien pour mon époux ?</l>
<l>Le crime et la vengeance excitent leur courroux.</l>
<l>Tous les deux agités des fières Euménides</l>
<l>Ne me permettent plus que des vœux parricides.</l>
<l>Et de quelque côté que je tourne les yeux</l>
<l>Je vois tomber sur moi la colère des Dieux.</l>
<l>Si d’un crime inconnu, vous me trouvez coupable,</l>
<l>Éteignez dans mon sang votre haine implacable,</l>
<l>Ne lancez que sur moi votre courroux vengeur,</l>
<l>Et faites-moi du même expirer de douleurs.</l>
<l part="I">On vient.</l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="02" xml:id="III02">
            <head>Scène II<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Créon, suivi de quelques Soldats, se rend le maître du Temple ».</note>
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIII02">
               <person corresp="Hypermnestre"/>
               <person corresp="Creon"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Hypermnestre, Créon</stage>

<sp who="#Creon" xml:id="III02-01">
<speaker>Créon.</speaker>
<l part="F">Ce n’est plus vous que le destin menace</l>
<l>Madame, dans ces lieux tout a changé de face.</l>
<l>Argée a vu périr par notre heureux secours</l>
<l>Tous ceux qu’un ordre injuste armait contre ses jours.</l>
<l>Et cédant aux transports de sa vive tendresse,</l>
<l>Le premier de ses soins agit pour sa Princesse.</l>
<l>Suivez mes pas, fuyez de ces funestes lieux,</l>
<l>Venez voir ce héros votre époux et les Dieux</l>
<l>Contre vos ennemis prendre votre défense.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III02-02">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Satisfaite de grâce à mon impatience,</l>
<l>D’un père et d’un époux, apprenez-moi l’état.</l>
<l part="I">Que font-ils, cher Créon ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="III02-03">
<speaker>Créon.</speaker>
<l part="F">Dans l’horreur du combat,</l>
<l>J’ai reconnu le Roi dont l’intrépide audace</l>
<l>Affronte le péril qui partout le menace</l>
<l>Et qui couvrant le champ de morts et de mourants.</l>
<l>Rompait des conjurés les redoutables rangs</l>
<l>La mort volait partout, un horrible carnage</l>
<l>Par des fleuves de sang nous traçait son image,</l>
<l>Lorsque par ses efforts votre époux furieux</l>
<l>Balance la victoire et partage les Dieux.</l>
<l>Tous les deux animés de haine et de colère,</l>
<l>Votre père le cherche, il cherche votre père,</l>
<l>Et si j’en puis juger l’un des deux par sa mort</l>
<l>Va bientôt du combat déterminer le sort.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III02-04">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Quel parti prend Argée en ce moment terrible ?</l>
<l>Aux dangers de mon père a-t-il l’âme insensible ?</l>
<l>Le verrait-il hélas ! sur le point de périr</l>
<l>Sans faire aucun effort pour l’aller secourir ?</l>
</sp>

<sp who="#Creon" xml:id="III02-05">
<speaker>Créon.</speaker>
<l>J’ignore les projets qu’en secret il médite,</l>
<l>De ses libérateurs, ce Prince a pris l’élite</l>
<l>Avec eux, je l’ai vu dans les mêmes instants</l>
<l>Se mêler furieux parmi les combattants.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III02-06">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Serait-il emporté d’un esprit de vengeance ?</l>
<l>Peut-être ses malheurs lassent-ils la constance ?</l>
<l>Ô, ciel, ne souffrez pas que je puisse aujourd’hui,</l>
<l>Pour combler tous mes maux me plaindre encore de lui...</l>
<l>Que dis-je ? En quelle erreur mon âme est engagée ?</l>
<l>Ai-je donc oublié les sentiments d’Argée ?<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 4 vers (vers 980-983) : « Non, je réponds de lui, ce Prince généreux / Prend les armes pour moi, ses coups seront heureux / Dieux ! parmi tant de maux vous voulez que j’espère / Puisqu’il combat, enfin, il combat pour mon père. »</note></l>
<l>Mais hélas ! je frémis dans ce moment fatal,</l>
<l>S’il s’arme pour mon père, il combat son Rival.</l>
<l>Puis-je l’en soupçonner ? Dans ce cœur magnanime</l>
<l>Contre les malheureux la vengeance est un crime.</l>
<l>Sur les objets sacrés porterait-il ses coups ?</l>
<l>Non, sa gloire me doit mon père et mon époux,</l>
<l>Allons sortir le Roi dans ce péril extrême.</l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="03" xml:id="III03">
            <head>Scène III
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIII03">
               <person corresp="Hypermnestre"/>
               <person corresp="Creon"/>
		 <person corresp="Antenor"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Hypermnestre, Créon, Antenor<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « Suivi de la pompe du sacrifice, qui en exprime toute l’horreur et d’une troupe de soldats supérieure à celle de Créon qui est désarmée, sans résistance ».</note></stage>

<sp who="#Antenor" xml:id="III03-01">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>Il faut par votre sang l’en retirer vous-même.</l>
<l>Les Dieux avaient parlé pour conserver ses jours,</l>
<l>Votre infidélité s’oppose à leur secours.</l>
<l>Il faut les apaiser par un juste supplice</l>
<l>Et leur offrir ici nos jours en sacrifice.</l>
<l>Le Roi pour étonner aujourd’hui l’univers</l>
<l>Veut que ses ennemis l’annoncent aux Enfers.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III03-02">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l>Je consens par ma mort d’expier tant de crimes.</l>
<l>Ne cherchez point ailleurs grands Dieux d’autres victimes,</l>
<l>Il faut par un sang pur arroser vos autels,</l>
<l>Lui seul peut effacer les forfaits des mortels.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit une didascalie : « Elle se jette à genoux et embrasser l’Autel pour être sacrifiée. »</note></l>
</sp>

<sp who="#Antenor" xml:id="III03-03">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>Noires filles du Stix, terribles Euménides,</l>
<l>Eteignez votre soif par le sang des Bélides !<note place="bottom"> Les Rois Bélides de la ville d’Argos, Danaos est l’un d’eux.</note></l>
<l>Contentez de celui que l’on va vous offrir,</l>
<l>Rentrez dans les Enfers pour n’en plus ressortir.</l>
<l>Dans les gouffres profonds de l’éternel abîme,</l>
<l>Emportez avec vous cette triste victime,</l>
<l part="I">Je l’offre à vos fureurs.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit une didascalie : « Il lève le bras pour la frapper ».</note></l>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="04" xml:id="III04">
            <head>Scène IV et dernière
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIII04">
               <person corresp="Danaus"/>
               <person corresp="Hypermnestre"/>
               <person corresp="Antenor"/>
               <person corresp="Argiens"/>
               <person corresp="Sacrificateurs"/>
               <person corresp="Argee"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Danaüs<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « blessé et soutenu par Argée ». </note>, Hypermnestre, Antenor, Sacrificateurs, argiens.</stage>

<sp who="#Danaus" xml:id="III04-01">
<speaker>Danaüs.</speaker>
<l part="F">Arrête, malheureux !</l>
<l>Un sang plus criminel doit apaiser les Dieux.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III04-02">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="I">Que vois-je ? En quel état...</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="III04-03">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Calmez votre tristesse,</l>
<l>Je ne mérite ici ni regret, ni tendresse,</l>
<l>Mais avant mon trépas, Prêtres des immortels,</l>
<l>Punissez ces perfides et vengez les autels,</l>
<l>C’est son sang odieux que le Ciel vous demande.</l>
<l>Pour la première fois, j’entends ce qu’il demande,<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « A Anténor ». </note></l>
<l>Reçois de tes conseils le juste châtiment,</l>
<l>C’est encore te traiter trop favorablement.</l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III04-04">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="I">Seigneur, que faites-vous ?<note place="bottom"> L’édition de 1784 supprime cette réplique. </note></l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="III04-05">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l part="F">Tombant au précipice<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 1 vers (vers 1020) : « Prêtres, obéissez ! »</note></l>
<l>Il faut du moins finir par un trait de justice.</l>
</sp>

<sp who="#Antenor" xml:id="III04-06">
<speaker>Antenor</speaker>
<l>C’est là le juste prix de ma fidélité</l>
<l>En servant tes fureurs, je l’ai trop mérité.</l>
</sp>

<sp who="#Danaus" xml:id="III04-07">
<speaker>Danaüs</speaker>
<l>Puissent périr ainsi les indignes ministres</l>
<l>Qui séduisent les Rois par des conseils sinistres.</l>
<l>Le Ciel en ma faveur se montre encore trop doux</l>
<l>Puisqu’il me laisse ici le choix de votre époux.</l>
<l>Vous êtes libre enfin, cette main malheureuse</l>
<l>Vient de couper les noms d’une chaîne odieuse.</l>
<l>Votre époux m’a frappé par un dernier effort</l>
<l>Quand plein de ma fureur, je lui donnais la mort.</l>
<l>Les siens m’allaient ravir à ce reste de vie</l>
<l>Quand le vaillant Argée arrêtant leur furie</l>
<l>Et m’a tiré tout sanglant de leurs cruelles mains,</l>
<l>Le Ciel a secondé ses généreux desseins. </l>
<l>Recevez donc ici ce premier magnanime.</l>
<l>Ma fille, ses vertus méritent votre estime.</l>
<l>Vous seule auprès de lui vous pouvez m’acquitter</l>
<l>En lui rendant un cœur qu’il fait trop mériter.</l>
<l>Je succombe et la mort finissant ma carrière</l>
<l>Déjà d’un voile affreux me cache la lumière.</l>
<l>Je vais donc habiter le séjour éternel.</l>
<l>Que je suis malheureux d’y tomber criminel !</l>
<l>De la justice, Ô Ciel ! quelle effrayante image !</l>
<l>Je tombe sur l’autel consacré par ma rage.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici une didascalie : « Il chancèle et tombe sur l’Autel ». </note></l>
</sp>

<sp who="#Hypermnestre" xml:id="III04-08">
<speaker>Hypermnestre</speaker>
<l part="I">Il expire, grands Dieux !</l>
</sp>

<sp who="#Argee" xml:id="III04-09">
<speaker>Argée</speaker>
<l part="F">Déplorons ses malheurs,</l>
<l>Ce jour n’est destiné que pour verser des pleurs.</l>
<l>Madame, allons aux Dieux offrir un sacrifice</l>
<l>Pour calmer leur courroux et fléchir leur justice.<note place="bottom"> L’édition de 1784 supprime les deux derniers vers de cette réplique.</note></l>
</sp>
		 </div2>
		 </div1>
	  
         <div1 type="intermede" n="03" xml:id="IntIII">
            <head>Troisième intermède</head>

         <div2 type="scene" n="01" xml:id="IntIII01">
            <head>Scène I
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIntIII01">
               <person corresp="Arlequin"/>
            </listPerson>
            </head>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII01-01">
<speaker>Arlequin<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « seul ».</note></speaker>
<lg>
<l met="12">Il ne faut pas ma foi pour se faire connaître</l>
<l met="8">Que pouvoir une fois paraître,</l>
<l met="12">Et tel sans dégainer peut souffrir un affront</l>
<l met="12">Qui des plus dangereux demeurerait le maître,</l>
<l met="8">S’il leur montrait un peu de front<note place="bottom"> Danaüs, 1784, « S’il ne se croyait pas poltron ». </note>.</l>
<l met="8">Je croyais manquer de courage,</l>
<l met="8">J’en avais pour garant ma peur,</l>
<l met="12">Un rat, une souris épouvantaient mon cœur.</l>
<l met="12">Mais morbleu<note place="bottom"> Morbleu : « Sorte de jurement burlesque. » (Richelet, 1680).</note> ! quand j’ai vu qu’au milieu du carnage,</l>
<l met="8">Un enragé venait à moi,</l>
<l met="12">Mon cœur s’est animé d’une héroïque rage</l>
<l met="8">Qui naissait de mon seul effroi.</l>
<l met="8">J’ai frappé d’estoc et de taille<note place="bottom"> Taille : « Le tranchant d'une épée. En ce sens il n'a guère d'usage qu'en cette phrase. Frapper d'estoc et de taille, pour dire, Frapper de la pointe et du tranchant. » (Académie, 1718).</note></l>
<l met="8">Et dans cette horrible bataille,</l>
<l met="8">On peut compter par les guerriers</l>
<l met="12">Que ce bras redoutable aujourd’hui vient d’éteindre</l>
<l met="8">Tous les rameaux de mes lauriers</l>
<l met="8">Et les coups que j’avais à craindre.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 10 vers (vers 1068-1077) : « J’entends des sons harmonieux / C’est le peuple qui vient célébrer en ces lieux / Par une fête brillante / Nos succès éclatants et nos faits glorieux / Oh ! que la flûte est consolante / Elle vaut la trompette, en mieux... / Euphrosine paraît et mon âme attendrie / A son aimable aspect ressent mille plaisirs / Le pauvre enfant, sans doute, a tremblé pour ma vie / Et mon amour lui doit payer tous ses soupirs ».</note></l>
<l met="8">Nos ennemis n’existent plus,</l>
<l met="8">Il faut se rafraîchir après une victoire.</l>
<l met="8">Allons aux palmes de la gloire</l>
<l met="8">Mêler les Myrtes<note place="bottom">Le myrte est une plante, symbole de la déesse Vénus. </note> de Vénus.</l>
</lg>
</sp>
		 </div2>
	  
         <div2 type="scene" n="02" xml:id="IntIII02">
            <head>Scène II
               <listPerson type="configuration" xml:id="confIntIII02">
               <person corresp="Arlequin"/>
               <person corresp="Euphrosine"/>
               <person corresp="Pere"/>
               <person corresp="Mere"/>
               <person corresp="Argiens"/>
            </listPerson>
            </head>
            <stage>Euphrosine, son père, sa mère, arlequin, argiens et argiennes</stage>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntIII02-01">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="12">Ah ! Mon cher Arlequin, ma peur était extrême</l>
<l met="12">Tant que je vous ai vu dans cet affreux combat.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-02">
<speaker>Arlequin.</speaker>
<lg>
<l met="12">Parbleu<note place="bottom"> Parbleu : juron euphémistique pour "par le sang de Dieu".</note> ! Je le crois fort, je tremblais bien moi-même,</l>
<l met="12">Jamais mon cœur ne fut dans un si triste état.</l>
<l met="12">Pour graver notre nom au temple de mémoire,</l>
<l met="8">Il nous en coûte diablement,</l>
<l met="8">Et nous payons bien chèrement.</l>
<l met="8">Les faveurs que nous fait la gloire,</l>
<l met="12">Quoi qu’il en soit le trône couronné des lauriers,</l>
<l met="8">Je viens vous rejoindre Euphrosine</l>
<l met="12">Et je crois que la main du Phenix des guerriers</l>
<l met="12">Mérite que l’amour lui fasse bonne mine.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntIII02-03">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="12">Vous ne craignez donc plus que le Ciel en courroux</l>
<l met="12">Par un triste accident trouble notre hyménée ?</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-04">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="8">J’ai corrigé la destinée.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 3 vers (vers 1097-1099) : « Et je puis, sans danger, devenir votre époux / Quand d’un fer meurtrier on a bravé les cous / L’âme d’aucun péril ne peut être étonnée. »</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntIII02-05">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Oui, donnez-vous la main dans des moments si doux</l>
<l met="12">Où le vice est puni, la vertu couronnée</l>
<l met="12">Montre que les destins se déclarent pour nous.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntIII02-06">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="12">Ma fille, en ce moment que ma joie est extrême,</l>
<l met="12">Le plaisir que je vois éclater dans tes yeux,</l>
<l met="12">Rappelle dans mon cœur ces instants précieux,</l>
<l met="12">Où pour moi mon époux paraissait l’amour même.</l>
<l met="8">Hélas ! Ces temps sont bien changés.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntIII02-07">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Ma femme, ce discours me paraît inutile.</l>
<l met="8">Tachez plutôt en mère habile</l>
<l met="12">De leur cacher le joug où vous les engagez.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntIII02-08">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="12">Mon cher, par les douceurs qui vont lier leurs âmes</l>
<l met="12">Je voudrais dans ton cœur rallumer quelques flammes.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntIII02-09">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="12">Ce sont discours perdus, chaque chose a son temps,</l>
<l met="12">Unissons ces époux, profitons des instants.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-10">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="12">Livrons-nous à nos feux, adorable Euphrosine,</l>
<l met="12">Pour vous mon tendre cœur est l’écho de l’amour.</l>
<l met="12">Puisse aujourd’hui le vôtre en ce charmant séjour</l>
<l met="12">Me rendre les accents d’une voix si divine.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntIII02-11">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="8">Aisément, mon cher, je devine</l>
<l met="7">Que le mien vous répondra.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-12">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="8">Arrive donc ce qu’il pourra</l>
<l met="12">Pour rendre notre chaîne éternelle et charmante,</l>
<l met="8">Soyez toujours tendre et constante.<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit ici 1 didascalie : « Il lui donne la main. » Puis introduit 1 réplique d’un Argien (vers 1124-1135) : « Les Dieux, enfin, sont satisfaits / Et leur tonnerre / Efface de la terre / Les criminels et leurs forfaits / Un Roi, formé par la sagesse / Assure la paix en ces lieux / Marquons-lui tous notre tendresse / Célébrons par nos chants ses dessins glorieux / Que le respect est fort, soutenu par l’estime ! / Qu’il est doux d’obéir au souverain pouvoir / Lorsque, par son exemple, un Prince magnanime / Nous fait chérir les lois qu’impose le devoir ! » Puis la didascalie « On danse ».</note></l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Argiens" xml:id="IntIII02-13">
<speaker>Un Argien</speaker><stage>chante</stage>
<lg type="song">
<l met="8">L’Hymen est d’abord plein de grâce,</l>
<l met="8">L’Amour allume son flambeau</l>
<l met="8">Mais il y trouve son tombeau,</l>
<l met="8">Et l’ennui y vient prendre sa place</l>
<l met="8">Pour rendre heureux votre lien.</l>
<l met="8">Conservez-vous toujours fidèles</l>
<l met="8">Car vos chaînes sont éternelles.</l>
<l met="8">Jeunes époux, songez-y bien.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Pere" xml:id="IntIII02-14">
<speaker>Le Père</speaker>
<lg>
<l met="8">Ecoutez ce conseil mon gendre,</l>
<l met="8">L’hymen est un joug bien pesant.</l>
<l met="8">Pour l’adoucir, mon cher enfant</l>
<l met="8">Soyez toujours fidèle et tendre</l>
<l met="8">Pour vous faire un heureux destin,</l>
<l met="8">Et pour que l’amour ne s’envole,</l>
<l met="8">Tenez-vous tous les deux parole,</l>
<l met="8">Et signez-la soir et matin.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Mere" xml:id="IntIII02-15">
<speaker>La Mère</speaker>
<lg>
<l met="8">Ecoutez mon conseil, ma fille,</l>
<l met="8">Pour tâcher d’arrêter l’amour</l>
<l met="8">Qui vous unit dans ce beau jour,</l>
<l met="8">Soyez toujours tendre et docile</l>
<l met="8">Pour rendre vos liens plus doux,</l>
<l met="8">L’hymen et l’amour plus propices,</l>
<l met="8">Répétez bien vos sacrifices</l>
<l met="8">Car votre sort dépend de vous.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-16">
<speaker>Arlequin</speaker>
<lg>
<l met="8">Pour rendre heureuse votre vie,</l>
<l met="8">Il ne faut donc que vous aimer.</l>
<l met="8">Vos beaux yeux ont su me charmer,</l>
<l met="8">Vous plaire est toute mon envie,</l>
<l met="8">Soutenez mes tendres désirs,</l>
<l met="8">Ils sont faciles à comprendre</l>
<l met="8">Et l’amour vient vous les apprendre,</l>
<l met="8">Par la voix même des plaisirs.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Euphrosine" xml:id="IntIII02-17">
<speaker>Euphrosine</speaker>
<lg>
<l met="8">Pour me faire un heureux destin<note place="bottom"> L’édition de 1784 introduit en début de réplique 4 vers (vers 1169-1172) : « De bon cœur j’en suis l’interprète / Et, s’il ne faut que vous aimer / Pour vous plaire et pour vous charmer / L’affaire sera bientôt faite. »</note></l>
<l met="8">Conservez-moi votre tendresse.</l>
<l met="8">Ainsi dites-le moi sans cesse,</l>
<l met="8">Le jour, la nuit et le matin.</l>
</lg>
</sp>

<sp who="#Arlequin" xml:id="IntIII02-18">
<speaker>Arlequin</speaker><stage>, au parterre</stage>
<lg>
<l met="8">Ah ! Que ma maîtresse est aimable.</l>
<l met="8">Parterre, l’êtes-vous autant ?</l>
<l met="8">C’est ici le fâcheux instant</l>
<l met="8">Où vous êtes très redoutable.</l>
<l met="8">Je voudrais plaire et vous charmer</l>
<l met="8">Mais le projet est difficile.</l>
<l met="8">Vous pouvez le rendre facile,</l>
<l met="8">Applaudissez pour m’animer. </l>
</lg>
</sp>

<trailer>Fin.<note place="bottom">L’édition de 1784 introduit après la pièce la partition du Vaudeville de Danaüs, Musique de Mouret.</note></trailer>
			</div2>
		</div1>
      </body>
   </text>
</TEI>
      