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				<title xml:id="BerAmp">Le Berger d'Amphrise</title>
				<author>
					<surname>Delisle de La Drevetière</surname>
               <forename>Louis-François </forename>
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					<idno type="Theaville">93</idno>
				</author>
				<principal>
					<persName>Rubellin, Françoise</persName>
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					<resp>Transcription et édition critique</resp>
					<persName>Charpentier, Isabelle</persName>
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					<resp>Édition XML/TEI</resp>
					<persName>Anaïs Masson</persName>
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					<resp>Harmonisation TEI </resp>
					<persName>Duval Isabelle</persName>
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			<publicationStmt>
				<publisher>Cethefi</publisher>
				<pubPlace>Nantes, France</pubPlace>
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					<addrLine>http://cethefi.org/</addrLine>
				</address>
				<date when="2019">2019</date>
				<availability status="restricted">
					<licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/"> Distribué sous la licence Creative Commons License - Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International. Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions (CC BY-NC-SA). Cette licence permet de remixer, arranger, et adapter cette édition à des fins non commerciales tant que les auteurs du texte et de la présente édition numérique sont crédités, et que les nouvelles œuvres sont diffusées selon les mêmes conditions.</licence>
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					<msIdentifier>
						<settlement>Paris</settlement>
						<repository>Bibliothèque Nationale de France</repository>
						<idno>ms. fr. 9311</idno>
						<altIdentifier>
							<idno></idno>
						</altIdentifier>
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					<head> Le Berger D’Amphrise<lb/> Tragi-comédie en trois actes avec un
						divertissement<lb/> En l’année 1727<lb/>
					</head>
					<msContents>
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							<locus>folios 11-24v</locus>
							<author>Delisle</author>
							<title>Le Berger d'Amphrise</title>
						</msItem>
					</msContents>
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                        <p>Aligné à gauche pour les répliques en prose.</p>
						<p>Les didascalies sont centrées.</p>
						<p>Les vers de vaudevilles ont un retrait en fonction du nombre de syllabes métriques qu'ils comportent.</p>
                        <p>La numérotation en TEI des pages se fait suivant la numérotation présente dans le coin haut droit de la page du manuscrit. 
                           Nous ne mentionnons pas la pagination originale (souvent rayée dans le manuscrit), mais celle du portefeuille dans lequel 
                           sont regroupées plusieurs pièces.</p>
                        <p>Le texte étant présent recto-verso la numérotation se fait de la façon suivant : 1, 1v, 2, 2v, etc. "v" correspondant à verso.</p>
                     </layoutDesc>
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                     <p>Ecrit à la main, par le même scripteur.</p>
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               </physDesc>
               <history>
                  <origin>
                     <p>Ecrit en <origPlace>France</origPlace> au <origDate>18eme siecle</origDate>.</p>
                  </origin>
                  <provenance>
                     <p>Cette pièce a été transcrite à partir du microfilm reproduisant le manuscrit original détenu à la BnF. Microfilm acheté pour l'équipe Cethefi de Nantes, par la Bibliothèque Universitaire de Nantes.</p>
                  </provenance>
               </history>
            </msDesc>
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         <projectDesc>
            <p>La transcription et l'édition critique ont été réalisées dans le cadre d'un mémoire de recherche en littérature française. 
			La présente édition TEI est réalisée dans le cadre du programme ANR CIRESFI (2014-2019), mené par le Cethefi, Université de Nantes.
			Sa dernière mise à jour date d'août 2019.</p>
         </projectDesc>
         <editorialDecl>
	<correction status="high" method="silent">
		<p>L'établissement de la présente édition provient d'un travail 
		de recherche universitaire, relu et corrigé par l'enseignant en charge du
		suivi de ce travail de recherche.</p>
	</correction>
	<normalization method="silent">
		<p>L’orthographe a été modernisée.</p>
		<p>Des éléments manquants ont été rajoutés entre crochets.</p>
		<p>Les abréviations ont été développées et unifiées.</p>
		<p>Dans les vaudevilles se terminant par "etc." nous avons complété les paroles entre crochets lorsque la suite nous était connue.</p>
	</normalization>
	<punctuation marks="some">
		<p>La ponctuation a été modernisée ou ajoutée lorsque cela était nécessaire à la compréhension du texte.</p>
	</punctuation>
	<hyphenation eol="some">
		<p>Les retours de ligne sont notés avec l’élémént lb. Ils ne 
		concernent que les effet de mise en page précis, comme la page de 
		titre, ou éventuellement dans le texte, mais ne suivent pas les 
		retours à la ligne liés au format du manuscrit ou à l'écriture
		du scripteur.</p>
	</hyphenation>
</editorialDecl>
         <metDecl>
            <p>Chaque air dispose d'un identifant correspondant à son équivalent dans la base de données exploitée par le site Theaville.</p>
            <p>Le nombre de syllabes métriques des vers chantés ou déclamés est spécifié.</p>
         </metDecl>
         <fsdDecl>
            <fsDecl type="caracterisationPersonnages">
               <fDecl name="age">
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				<date when="1727">1727</date>
				<rs type="city">Paris, France</rs>
			</creation>
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            <language ident="fr">Français</language>
         </langUsage>
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            <keywords>
               <term>Autre lieu de représentation</term>
               <term>Acteurs</term>
            </keywords>
			</textClass>
		</profileDesc>
	</teiHeader>

	<text>
		<front>
			<titlePage>
				<docTitle>
					<titlePart type="main">LE Berger D’AMPHRISE<note place="bottom">. Amphrise était
							le nom d’un fleuve. Le titre est peu évocateur car on ne retrouve pas
							mention de ce fleuve dans l’intrigue. De plus, l’on peut se demander
							quel personnage se cache derrière l’appellation « berger d’Amphrise ».
							Il s’agit sans doute d’Apollon qui vit parmi les bergers sur terre, sous
							le nom de Délius. Celui-ci est donc désigné comme le personnage
							principal de la pièce.</note><lb/></titlePart>
					<titlePart type="desc">Tragi-comédie<note place="bottom">. Les divers
							comptes-rendus(Le Dictionnaire des Théâtres de Paris ou encore la
							Bibliothèque des Théâtres) désignent <hi rend="i">Le Berger
								d’Amphrise</hi> comme une « comédie » et non comme une
							« tragi-comédie ». Ce sous-titre générique a pu être ajouté par le
							copiste ou par Delisle lui-même. </note> en trois actes avec un
						divertissement<lb/>En l’année 1727<note place="bottom">. La pièce a été
							représentée pour la première fois le jeudi 20 février 1727. Par M. De
							Lisle.</note><lb/></titlePart>
				</docTitle>
			</titlePage>
			<performance>
				<p>
					<rs type="city">Paris, France</rs>, <date when="1727-02-20">20 février
						1727</date>
				</p>
			</performance>

			<castList>
				<head>ACTEURS</head>
				<castItem ana="#SM #AGA #OCNH">
					<role xml:id="apollon">Apollon</role>
					<roleDesc>, sous le nom de Delius</roleDesc>
				</castItem>
				<castItem ana="#SM #AGA #OCNH">
					<role xml:id="momus">Momus</role>
					<roleDesc>, sous le nom d’Arlequin</roleDesc>
				</castItem>
				<castItem ana="#SM #AGA #OCNH">
					<role xml:id="mercure">Mercure</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="midas">Midas</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="marsyas">Marsyas</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="dirce">Dircé</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="lycas">Lycas</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="bergers">Bergers</role>
				</castItem>
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					<role xml:id="satyres">Satyres</role>
				</castItem>
				<castItem ana="#SGM #COLL #AGA #OCH">
					<role xml:id="suite">Suite</role>
				</castItem>				
			</castList>
			<set>
				<p>La scène est en Phrygie</p>
			</set>
		</front>

		<body>
			<div1 type="chanson" n="01" xml:id="C01">
				<head>Chansons des satyres dans la pièce du Berger d’Amphrise<note place="bottom">.
						L’écriture de « La chanson des satyres » est différente de celle du
						manuscrit. Les copistes ne sont donc pas les mêmes car « la chanson des
						satyres » était déjà populaire. La copie a donc pu être empruntée et insérée
						dans le manuscrit.</note>. <listPerson type="configuration" xml:id="confC01">
						<person corresp="#satyres"/>
					</listPerson>
				</head>

				<sp who="#satyres" xml:id="C01-01">
					<lg>
						<l met="7">Voilà bien de l’innocence !</l>
						<l met="7">Mais, pour piquer notre goût,</l>
						<l met="7">Il nous faudrait un ragoût</l>
						<l met="7">Assaisonné de licence<note place="bottom">.<hi rend="i"
									>Licence</hi> : « dérèglement dans les mœurs, dans les actions,
								dans les paroles et dans toute la conduite de la vie » (<hi rend="i"
									>Dictionnaire de l’Académie française</hi>, 4<hi rend="sup"
									>ème</hi> édition, 1762). Créatures de la mythologie grecque,
								les satyres sont associés aux dieux Dionysos et Pan. Ils se
								caractérisent justement par un comportement lubrique et des propos
								égrillards.</note>.</l>
						<l met="7">Le contraste serait bon</l>
						<l met="4">Car notre ton</l>
						<l met="4">Est polisson.</l>
						<l met="7">Mais la sagesse en murmure.</l>
						<l met="7">Il faut subir sa leçon.</l>
						<l met="7">La bonne aventure ô gué <hi rend="i">etc</hi>.</l>
						<l met="5">La b[onne aventure].</l>
					</lg>
					<lg>
						<l met="7">Chantons l’amour qui nous presse,</l>
						<l met="7">Disons-en tous les secrets.</l>
						<l met="7">Laissons ces amants discrets</l>
						<l met="7">Vanter leur délicatesse.</l>
						<l met="7">Echos, répétez nos sons</l>
						<l met="4">Dans ses valons</l>
						<l met="4">Car ils sont bons.</l>
						<l met="7">Que tout chante en la nature</l>
						<l met="7">Suivant nos sons polissons !</l>
						<l met="7">La bonne aventure ô gué etc.</l>
						<l met="5">La bonne [aventure].</l>
					</lg>
					<lg>
						<l met="7">Près d’un objet doux et tendre,</l>
						<l met="7">Je dis tout ce que je sens.</l>
						<l met="7">Tous mes vœux sont innocents</l>
						<l met="7">Dès qu’on veut bien les entendre.</l>
						<l met="7">Que peut dire la raison</l>
						<l met="4">Lorsqu’un tendron</l>
						<l met="4">Le trouve bon ?</l>
						<l met="7">Loin<note place="bottom">. L’adverbe de lieu, ici employé
								seul,signifie « Loin de là ».</note>, quel amour en murmure ?</l>
						<l met="7">Il dit sur le même ton,</l>
						<l met="7">La bonne aventure ô gué <hi rend="i">etc.</hi>
						</l>
						<l met="5">La bonne [aventure].</l>
					</lg>
					<lg>
						<l met="7">Lorsque la brillante aurore</l>
						<l met="7">S’élève d’un vol léger,</l>
						<l met="7">Moins novice qu’un berger,</l>
						<l met="7">Si ma nymphe dort encore,</l>
						<l met="7">Je l’éveille sans façon.</l>
						<l met="4">C’est la raison,</l>
						<l met="4">Le tour est bon.</l>
						<l met="7">Que si quelqu’un en murmure,</l>
						<l met="7">La belle soudain répond,</l>
						<l met="7">La bonne aventure ô gué <stage>etc.</stage>
						</l>
						<l met="5">La bonne [aventure].</l>
					</lg>
				</sp>
			</div1>

			<div1 type="act" n="01" xml:id="I">
				<head>ACTE I</head>

				<div2 type="scene" n="01" xml:id="I01">
					<head>SCÈNE 1 <listPerson type="configuration" xml:id="confI01">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#bergers"/>
						</listPerson>
					</head>
					<p>Momus, en Arlequin, Apollon, sous le nom de Délius, Berger.<note
							place="bottom">Cette scène est constituée d’un dialogue entre Momus et
							Apollon. Le troisième personnage mentionné, un berger, devait
							accompagner Apollon, permettant ainsi de conforter l’explication qu’il
							fournit à Arlequin.</note>
					</p>

					<sp who="#momus" xml:id="I01-01">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Voici le lieu où Mercure m’a dit que je trouverai Apollon, sous le nom de
							Délius. J’entends une flûte. Ah ! C’est Apollon lui-même. Bonjour, mon
							cher Apollon !</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I01-02">
						<speaker>Apollon</speaker>
						<p>Quoi ! C’est vous mon cher Momus ? Par quelle aventure êtes-vous sur la
							terre ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I01-03">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>J’y suis exilé, comme vous. Ecoutez mon histoire. Voulant corriger
							Jupiter de ses travers amoureux, je le vis en Phénicie se transformer en
							taureau pour enlever Europe. J’allai sur le champ dans un temple de
							Crête où je fabriquai un oracle de ma façon. J’ordonnai aux Crétois de
							sacrifier un taureau blanc qu’ils verraient arriver sur leur rivage
							chargé d’une jeune princesse. Ils obéirent et Jupiter n’osant se
							découvrir se laissa emmener dans son temple où, voyant la hache levée
							sur lui, il se fit connaître au grand étonnement des hommes et des dieux
							que j’avais assemblés à ce sujet. Apprenant ensuite le tour que je lui
							avais joué, il m’a exilé sur terre par punition. Je suis charmé de vous
							rencontrer car j’ai besoin d’un ami opulent et je ne doute pas que vous
							n’ayez fait fortune.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I01-04">
						<speaker>Apollon</speaker>
						<p>Je n’ai qu’une cabane à vous offrir, c’est tout ce qu’ont pu faire pour
							moi de pauvres bergers. En arrivant sur la terre, Admète<note
								place="bottom">. Jupiter a condamné Apollon à se mettre au service
								d’un mortel, Admète, roi de Phères, pour avoir tué les enfants des
								Cyclopes.</note> m’employa à garder ses moutons. Je bâtis les murs
							de Troie pour Laomédon<note place="bottom">. Dans la mythologie grecque,
								Laomédon est le second roi de Troie et père de Priam.</note>. De
							tout cela, j’ai été fort mal récompensé. Je mène avec ces bergers-ci une
							vie simple et heureuse sous le nom de Délius. Et l’amour adoucit ici la
							rigueur de mon exil. J’aime une nymphe charmante nommée Dircé. Midas,
							roi de ces lieux, et Marsyas, son favori, l’aiment aussi et je crains
							qu’ils ne l’enlèvent à mon amour. Ce dernier ose se préférer à moi mais
							je punirai sa présomption en flattant son amour-propre.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I01-05">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Je lui offrirai aussi mes services car je veux me tirer d’intrigue. Je me
							présenterai à lui sous le nom et l’habit d’Arlequin. Je louerai toutes
							les sottises qu’il fera. Ce sera le moyen de m’avancer auprès de lui.
							Et quelque jour, vous serez peut-être obligé de venir piquer ma
								table<note place="bottom">.<hi rend="i">Piquer ma table</hi> : « On
								dit qu’<hi rend="i">un homme pique les</hi> tables pour dire qu’il
								va souvent manger chez ceux qui tiennent table » (<hi rend="i"
									>Dictionnaire de l’Académie française</hi>, 4<hi rend="sup"
									>ème</hi> édition, 1762). Employé par Momus au sens figuré,
								l’expression décrit l’attitude du courtisan qui vit aux dépens
								d’autrui.</note> à l’exemple de vos favoris.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I01-06">
						<speaker>Apollon</speaker>
						<p>Voici Dircé. Eloignez-vous. Je crains votre ironie et je vais lui
							annoncer l’arrivée de Marsyas et du roi pour prendre nos mesures
							ensemble.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="02" xml:id="I02">
					<head>SCÈNE 2 <listPerson type="configuration" xml:id="confI02">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#dirce"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Delius, Dircé</stage>

					<p>Délius apprend à Dircé ce qu’il a résolu de faire pour supplanter Marsyas
						dans la faveur du prince. Dircé lui apprend qu’elle se nomme Evadné, fille
						de la nymphe Erato et de Neptune et que c’est sous ce nom qu’elle a plu à
						Midas qu’elle fuit, qu’ayant pris celui de Licoris, elle se fit aimer de
						Marsyas qu’elle n’aime pas plus que Midas et que les émissaires de ces deux
						amants la sachant en ces lieux la font chercher. Marsyas paraît. Elle prie
						Délius d’empêcher qu’il ne la suive.</p>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="03" xml:id="I03">
					<head>SCÈNE 3 <listPerson type="configuration" xml:id="confI03">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Marsyas, Delius</stage>

					<stage>Délius arrête Marsyas dont il loue le brillant génie<note place="bottom"
							>. Cette scène se trouve pour partie sous forme de canevas puisque la
							première phrase constitue un résumé des répliques précédentes et non une
							didascalie.</note>.</stage>

					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-01">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Je vois bien que vous n’êtes pas un homme du commun. Ce ne sont pas là de
							ces éloges bassement circonspects qui craignent d’en trop dire.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-02">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>A vous entendre, je ne suis plus surpris de ce que vous n’êtes
							intelligible pour bien des gens.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-03">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>On le dit avec raison. Je n’ai pu résister à l’instinct superbe d’être
							tout à fait original. L’excessive sublimité<note place="bottom">.
								Sublimité : « Qualité de ce qui est sublime, La sublimité du style
								[et] des pensées » (Dictionnaire de l’Académie française, 4<hi
									rend="sup">ème</hi> édition, 1762).</note> de mon esprit
							m’emporte quelque fois si loin qu’il m’est arrivé de ne pas m’entendre
							moi-même.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-04">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Je le crois.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-05">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Les sots en riaient mais les esprits éclairés me rendaient justice. Ils
							savent qu’une clarté trop familière est triviale, qu’il faut, en
								fait<note place="bottom">. Ms. : « en vrai ». Il peut s’agir d’un
								lapsus du copiste (suggestion de F. Rubellin).</note> de recherche,
							une clarté élégante, une naïveté fine, des mots lumineux et de grands
							coups de pathétique. L’esprit a des moments lucides où il éblouit et des
							obscurités lumineuses où il est impossible de le suivre.
							Qu’avez-vous ?</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-06">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Je suis hors d’haleine pour avoir voulu vous suivre<note place="bottom">.
								Cette réplique peut être accompagnée d’un jeu de scène comique de la
								part de l’acteur quimimerait l’essoufflement de manière
								concrète.</note>. Je suis si fort ébloui de vos obscurités
							lumineuses que je n’y vois plus rien.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-07">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Cela est arrivé à bien d’autres. Lorsque je parus à la cour de Midas, on
							y était tombé dans une paralysie d’esprit surprenante. Je n’y trouvai
							que de stupides érudits à qui j’étais intelligible. Je leur causai
							d’abord une admiration attentive. Les femmes furent les premières qui
							connurent le prix du timbre auguste et majestueux que je jetais dans mes
								discours<note place="bottom">. Le style affecté employé par Marsyas
								est une parodie de la préciosité, courant littéraire dominé par les
								femmes qui affectionnent le raffinement du langage et les jeux
								d’esprit. L’allusion aux femmes n’est donc pas anodine et tend à
								rappeler la satire des « précieuses » menée par Molière.</note>.
							Elles goûtaient surtout ces petits riens que je sais si
							joliment tourner. Elles étaient charmées de mon style agréablement
							frivole, où le cœur parle et l’esprit se confond avec la naïveté et le
							sentiment pour y produire une foule de beautés originales. Elles prirent
							ma défense contre ceux qui firent attaquer mes expressions et l’on ne
							parla plus que de moi dans tous les cercles, mon langage y devint
							familier, [XXX]<note place="bottom">. Suggestion : « on l’outra
								même ».</note> même. Midas suivit le torrent. Il sortit que mon
							langage ne pouvait venir que d’un génie excessivement sublime. Ses
							libéralités excitatives réveillèrent mes savantes oisivetés et son
							exemple émulatif entraina toute la cour sur mes pas en sorte que ma
							gloire et ma faveur sont aujourd’hui au niveau.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-08">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Voilà le détail le plus excessivement sublime que j’ai entendu de ma vie.
							Que vous êtes heureux ! Votre félicité est parfaite. Que vous reste-t-il
							à désirer ?</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-09">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>D’être aimé de l’ingrate Licoris qui me fuit<note place="bottom">. Le
								sujet amoureux arrive après la scène de flatterie qui permet de
								mettre en évidence les caractéristiques du personnage de Marsyas :
								la prétention et l’emphase.</note>. Vous la connaissez, découvrez-la
							moi.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-10">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Je ne la connais pas.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-11">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Adieu berger, je vous quitte, l’amour m’appelle ailleurs<note
								place="bottom">. Tournure de phrase typique des poèmes et romans
								précieux.</note>.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-12">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Quoi ! Marsyas poursuit ma nymphe qui le fuit<note place="bottom">. Cette
								réplique est prononcée en aparté.</note>. Attendez que cette belle
							vienne vous chercher et elle le fera bientôt, si vous voulez suivre mes
							conseils.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-13">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Ne savez-vous pas que la tête des femmes est un magasin de fantaisies, un
							vrai greffier lunaire<note place="bottom">. L’expression « greffier
								solaire » vient d’une fable d’Antoine Houdard de La Motte,<hi
									rend="i">La Montre et le cadran solaire</hi>, et désigne le
								cadran solaire. Fuzelier l’utilise dans <hi rend="i">Momus
									fabuliste</hi> pour se moquer de celui-ci (note de F. Rubellin).
								Delisle la détourne à son tour pour décrire la complexité de
								l’esprit féminin.</note> et l’antipode de la raison. Mais
							parlez.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-14">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Je vais parler son langage<note place="bottom">. Cette réplique est
								prononcée en aparté.</note>. Les femmes ont un amour-propre
							régulièrement irrégulier.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-15">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Il est vrai. Elles n’ont de régularité que dans leur irrégularité<note
								place="bottom">. Le comique provient de l’association inattendue de
								deux termes contradictoires. Ici employé, le procédé stylistique
								donne l’illusion que le personnage a fait un trait d’esprit ou a
								produit une théorie savante.</note>.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-16">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Il leur est impossible de borner leur amour-propre à cette avare
							prodigalité que la raison exige.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-17">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Vous êtes un second moi-même. Vous mettez trop d’esprit dans tout ce que
							vous dites.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-18">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Les femmes nous accablent de rigueurs pour mieux nous faire sentir leur
								despoticité<note place="bottom">. Délius crée un néologisme. Il
								obéit ainsiaux règles stylistiques propres à la préciosité.</note>.
							Il faut piquer leur vanité en les fuyant. L’irrégularité de leur
							amour-propre les oblige alors de courir après ce qu’elles évitaient.
							Affectez de fuir Licoris. Si je la joins, je lui dirai que vous ne venez
							pas en ces lieux pour elle et je suis persuadé qu’elle courra après
							vous.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-19">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Je suivrai votre conseil. Trouvez-vous ici tantôt, vous m’apprendrez ce
							qui se sera passé entre vous. A qui ai-je tant d’obligation ?</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="I03-21">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Je me nomme Délius.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I03-22">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>C’est un trésor que ce berger. L’amour me l’a envoyé bien à-propos. J’ai
							senti d’abord<note place="bottom">.<hi rend="i">D’abord</hi> : « Dès le
								premier instant, au commencement » (<hi rend="i">Dictionnaire de
									l’Académie française</hi>, 4<hi rend="sup">ème</hi> édition,
								1762).</note> l’utilité de son conseil<note place="bottom">. Cette
								réplique estprononcée en aparté.</note>.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="04" xml:id="I04">
					<head>SCÈNE 4 <listPerson type="configuration" xml:id="confI04">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Marsyas, Arlequin</stage>

					<sp who="#momus" xml:id="I04-01">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Apollon vient de faire sa scène. Je vais faire la mienne<note
								place="bottom">. Ibid.</note>. N’est-ce pas au grand Marsyas que
							j’ai l’honneur de parler ?</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-02">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Que lui voulez-vous ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-03">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Je viens admirer en vous les dons de l’esprit et les beaux talents.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-04">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Cette journée me sera heureuse. Je ne vois que des objets flatteurs<note
								place="bottom">. Cette réplique est prononcée en aparté.</note>.
							Puis-je savoir qui vous êtes, monsieur ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-05">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Je me nomme Arlequin, compatriote d’Orphée<note place="bottom">. Orphée
								est un héros de la mythologie grecque, excellent musicien et souvent
								associé à Apollon. Tout comme Orphée, Arlequin va charmer Marsyas
								par la musique de ses mots.</note>. J’ai fait de grands progrès dans
							son art. Vous seul êtes mon Apollon et les satyres que vous avez
							instruits sont mes muses. J’ai failli d’être déchiré comme Penthée<note
								place="bottom">. Penthée, roi de Thèbes, a été mis en pièces par les
								bacchantes pour s’être opposé à l’introduction du culte de Dionysos
								dans son royaume.</note> pour avoir voulu vous soutenir contre les
							disciples d’Apollon et leur chef.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-06">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Comment le nomme-t-on ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-07">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Délius. Celui que je viens de voir avec vous.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-08">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>C’est un de mes plus grands admirateurs.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-09">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Je n’ose, par respect, répéter les satires qu’il fait de vous.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-10">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Apprenez-les-moi.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-11">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Il dit que vous êtes un ignorant, un esprit borné dont le</p>
						<p>talent consiste à faire des galimatias<note place="bottom">.<hi rend="i"
									>Galimatias</hi> : « Discours embrouillé et confus. <hi rend="i"
									>Un galimathias pompeux</hi> : les phrases longues et louches,
								c’est-à-dire dont les différents membres n’ont pas de liaison entre
								eux. La mauvaise construction des mots qui les composent,
								l’assemblage des termes qui ne sont guère faits l’un pour l’autre,
								l’emploi peu régulier des pronoms relatifs sont autant de causes du
									<hi rend="i">galimathias</hi>. Une construction nette et
								régulière, la propriété des termes, le soin de couper les phrases
								trop longues, l’attention à ne pas prodiguer les <hi rend="i"
									>que</hi> et les <hi rend="i">qui</hi> et à les placer à-propos
								en sont les remèdes » (J.F. Féraud, Dictionnaire de la langue
								française, 1787- 1788).</note> où personne ne comprend rien.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-12">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Ah ! le traître.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-13">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Je le connais. Il a fait divers métiers qui ne lui ont pas réussi. Il
							aime une bergère nommée Licoris et se dit disciple d’Apollon.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-14">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Le perfide. Il aime Licoris ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-15">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Il en est tendrement aimé. Qu’avez-vous donc ? Est-ce que vous prenez
							quelque part à cette Licoris ?</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-16">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Je l’aime et c’est elle que je cherche ici. Vous la connaissez ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-17">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Oui. Je l’ai vue mais j’ignore où elle demeure. Cependant, il sera facile
							de le découvrir.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="I04-18">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Venez avec moi. Le service que vous me rendez mérite que je fasse votre
							fortune. Je veux faire voir à ce fourbe de Délius l’avantage qu’il y a
							de s’attacher à moi.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="I04-19">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>La faveur des hommes est bien aisée à acquérir. Ma petite trahison en
							fait l’affaire. Etre propre à une intrigue amoureuse vous fait donner du
								dessous<note place="bottom">.<hi rend="i">Donner du dessous</hi> :
								« on dit qu’un homme a eu du dessous, qu’on lui a donné du dessous
								en quelque affaire, pour dire qu’il a eu du désavantage » (<hi
									rend="i">Dictionnaire de l’Académie française</hi>, 4<hi
									rend="sup">ème</hi> édition, 1762). L’expression désigne la
								manière dissimulée dont le courtisan agit et s’exprime.</note> à vos
							concurrents. Me voici en pleine cour. Je meurs d’envie de voir Apollon
							pour rire de sa surprise.</p>
					</sp>
					<stage>FIN DU PREMIER ACTE</stage>
				</div2>
			</div1>

			<div1 type="act" n="02" xml:id="II">
				<head>ACTE II</head>

				<div2 type="scene" n="01" xml:id="II01">
					<head>SCÈNE 1 <listPerson type="configuration" xml:id="confII01">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#dirce"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Delius, Dircé</stage>

					<stage>Dircé et Délius se congratulent, l’un d’en avoir imposé à Marsyas,
						l’autre d’avoir échappé à ses poursuites et à celles du roi. Cependant,
						Dircé n’est pas sans crainte à cause du pouvoir de ce dernier. Délius, pour
						la rassurer, lui déclare qu’il est Apollon, ce qui paraît à la nymphe si
						hors de vraisemblance qu’elle lui fait grâce de s’imaginer que l’amour lui a
						tourné la cervelle. Les ris d’Apollon qui voit son erreur ne servent qu’à la
						confirmer dans cette pensée. Elle le force de la suivre, voyant Momus comme
						un homme qui n’est pas en état de paraître.</stage>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="02" xml:id="II02">
					<head>SCÈNE 2 <listPerson type="configuration" xml:id="confII02">
							<person corresp="#momus"/>
						</listPerson>
					</head>

					<sp who="#momus" xml:id="II02-01">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<stage>avec un habit aussi bizarre que riche</stage>
						<p>Ah ! Ah ! Me voilà dans la plus grande fortune et par la plus détestable
							action qu’un homme puisse commettre. J’ai trahi mon ami et, au moyen de
							cette manœuvre, je suis considéré à la cour et le pauvre Apollon passe
							pour un fourbe. Voici un homme qui ne me quitte pas depuis que le roi
							m’a souri. Il faut que je me divertisse à ses dépens.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="03" xml:id="II03">
					<head>SCÈNE 3 <listPerson type="configuration" xml:id="confII03">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#lycas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Arlequin, Lycas</stage>

					<stage>Lycas, qui est un vil flatteur, un fripon sous l’habit d’un courtisan,
							cajole<note place="bottom">.<hi rend="i">Cajole</hi> : « Flatter, louer,
							entretenir quelqu’un de choses qui lui plaisent et qui le touchent, pour
							obtenir ce qu’on souhaite […] Il n’est que de conversation. Il signifie
							aussi tâcher de séduire une femme ou une fille par de belles paroles »
								(<hi rend="i">Dictionnaire de l’Académie française</hi>, 4<hi
								rend="sup">ème</hi> édition, 1762).</note> Arlequin sur son mérite
						dont l’éclat lui a, dit-il, captivé la bienveillance de Marsyas. Arlequin se
						retranche sur son peu de mérite et semble convenir de bonne foi qu’il n’est
						pas digne de la faveur dont il jouit et l’autre lui prouve le contraire.
						Arlequin lui fait confidence d’un dessein qu’il a formé pour trahir Marsyas
						et se mettre à sa place. Lycas le confirme dans cette opinion et lui prouve
						par bonnes et dues raisons qu’il ne peut mieux faire. Il lève tous
						les scrupules d’Arlequin d’une manière digne de lui.</stage>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="04" xml:id="II04">
					<head>SCÈNE 4 <listPerson type="configuration" xml:id="confII04">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#apollon"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Arlequin, Delius</stage>

					<stage>Délius, surpris de voir Arlequin en si bonne posture, lui demande ce
						qu’il a fait pour y parvenir. « J’ai entendu votre conversation avec
						Marsyas », dit Arlequin, « et voyant que vous le jouiez, je l’en ai averti
						et il m’a présenté à Midas comme un honnête homme digne de la plus grande
						faveur ».</stage>
					<sp who="#apollon" xml:id="II04-01">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Quoi ! Vous m’avez trahi ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="II04-02">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Eh, fi<note place="bottom">.<hi rend="i">Fi</hi> : </note> ! Laissez-là
							ces termes bas et vulgaires. Il n’y a que les grands génies qui savent
							employer à-propos les vices et les vertus pour parvenir à leurs fins et
							toujours pour un plus grand bien. Consultez sur cela les plus habiles
							courtisans et vous verrez s’ils ne vous diront pas que j’ai raison.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="II04-03">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Vous leur donneriez des leçons en perfidie !</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="II04-04">
						<speaker>Arlequin</speaker>
						<p>Encore de la perfidie ! Mais quittez donc ce mauvais langage. Ce ne sont
							que des traits des politiques au moyen d’une petite malice que je vous
							ai faite. J’ai mis Marsyas dans le goût de vous perdre et de vous
							enlever Dircé et je lui ai promis mon assistance dans ce projet pour
							l’exécution de ce projet. Mais je vais faire un bien plus beau coup. Je
							vais me servir de la confiance de Marsyas pour le débusquer. Je viens
							d’en faire la partie<note place="bottom">.<hi rend="i">Faire la
									partie</hi> : « On dit <hi rend="i">Faire les parties d’un
									discours</hi> pour dire expliquer un discours mot à mot, en
								marquant sous quelle partie d’oraison [mots dont le discours est
								composé] chaque terme doit être rangé » (<hi rend="i">Dictionnaire
									de l’Académie française</hi>, 4<hi rend="sup">ème</hi> édition,
								1762).</note> avec un fort honnête homme de courtisan<note
								place="bottom">. L’expression « un fort honnête homme de courtisan »
								devient ici oxymorique.</note> dont je suis l’ami depuis plus de
							deux heures. Je penserai à vous quand je serai en faveur. Voici Midas,
							je vais vous présenter à lui. Faites valoir vos talents.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="05" xml:id="II05">
					<head>SCÈNE 5 <listPerson type="configuration" xml:id="confII05">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#midas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Midas, Arlequin, Delius</stage>

					<stage>Midas demande à Arlequin s’il n’a pas eu des nouvelles d’Evadné.
						Arlequin, qui ne s’est pas donné la peine de s’en informer, lui conseille de
						mettre en campagne une armée de deux cent mille hommes pour la prendre.
						Midas, qui sent l’ironie, lui fait connaître qu’il commence à se dégoûter
						d’une conquête si difficile. Arlequin, pour faire enrager</stage>
					<stage>Délius, lui en fait voir la facilité. Délius se mêle à la conversation.
						Le roi demande qui il est. Apollon lui fait un long détail de tous ses
						talents et conclut enfin par lui dire que, malgré ses perfections, il est
						réduit à être berger. Il veut lui peindre les délices de la vie pastorale et
						sur son récit, Midas le croit visionnaire. Arlequin prie le roi de faire
						quelque chose pour lui et Midas lui offre une place parmi ses comédiens<note
							place="bottom">. Delisle insère très fréquemment dans ces pièces une
							mise en abyme de la représentation théâtrale.</note>.</stage>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="06" xml:id="II06">
					<head>SCÈNE 6 <listPerson type="configuration" xml:id="confII06">
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#midas"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Midas, Marsyas, Arlequin, Delius</stage>

					<stage>Midas charge Marsyas d’éprouver Délius et de voir s’il est capable de
						remplir une place de comédien dans sa troupe. Marsyas qui reconnaît Délius
						pour un fourbe le lui reproche. Délius répond sur le même ton. Arlequin, à
						qui il plaît de qualifier cette dispute de scène de comédie, les mime à peu
						près comme on fait les chiens<note place="bottom">. Cette phrase témoigne de
							l’importance des lazzis gestuels d’Arlequin dans cette scène.</note>.
						Cette longue<note place="bottom">. On observe aisément la disproportion
							entre la longueur d’un canevas et celle de la scène jouée. Ainsi, toute
							une dimension nous échappe (les répliques et le jeu des acteurs
							notamment).</note> scène finit par [un] duel que propose Arlequin et que
						les disputants, aussi poltrons l’un que l’autre, convertissent en un défi
						musical dont les bergers instruits par Apollon et les satyres de Marsyas
						seront les exécutants. Licoris doit être le prix du vainqueur.
							Les com[battants]<note place="bottom">. Dans le manuscrit, il est écrit
							« comtendant ». Le copiste a dû commencer à écrire « combattant » et a
							dû finir par « prétendant ». Nous avons choisi le premier mot dans notre
							transcription.</note> vont se préparer.</stage>

					<stage>FIN DU SECOND ACTE</stage>
				</div2>
			</div1>

			<div1 type="act" n="03" xml:id="III">
				<head>ACTE III</head>

				<div2 type="scene" n="01" xml:id="III01">
					<head>SCÈNE 1 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII01">
							<person corresp="#dirce"/>
						</listPerson>
					</head>

					<sp who="#dirce" xml:id="III01-01">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Délius me jette dans des inquiétudes mortelles. Ce pauvre berger veut
							absolument être Apollon et, pour comble de folies, il a accepté le défi
							que lui a fait Marsyas et dont je dois être le prix. Je connais les
							bornes du génie de Midas et sa prévention pour son favori. Ô, dieux ! Je
							vois Marsyas, je ne puis l’éviter. Ciel ! Défends-moi de son
							insolence.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="02" xml:id="III02">
					<head>SCÈNE 2 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII02">
							<person corresp="#dirce"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Dircé, Marsyas</stage>

					<stage>Dans cette scène d’une excessive longueur<note place="bottom">. Ce
							jugement peut être celui de Delisle qui porte un regard critique sur son
							travail ou au contraire qui souligne tout le potentiel comique de cette
							scène où Dircé dupe Marsyas.</note>, Dircé fait accroire à Marsyas
						qu’elle l’aime et la dupe, qui croit que cet aveu est la suite l’effet de ce
						que lui a conseillé Délius, paraît charmé qu’un homme, dont le dessein a été
						de le jouer, lui ait rendu un si bon office. Il fait sottement confidence à
						la nymphe d’une ruse qui lui réussit si bien quoiqu’il ne l’ait pas mise en
						pratique. Licoris paraît charmée du succès de l’artifice et Marsyas lui dit
						poliment que, de tous les caprices qu’elle lui a fait voir, il n’aime que le
						dernier qu’il trouve charmant. Dircé<note place="bottom"/>, par une
						contradiction qui ne s’accorde point du tout avec ce qu’elle a dit dans la
						scène précédente, excite le rival de Délius de le surmonter dans le défi
						qu’il a osé lui faire. Cependant, comme elle craint la vue de Midas qui
						pourrait la reconnaître, si elle était présente à la dispute dont il est le
						juge, elle lui fait trouver bon de s’en absenter afin, lui dit-elle, que sa
						présence n’excite pas son rivale à mieux faire. Il paraît qu’elle lui donne
						cette défaite faute d’une meilleure et dit à part qu’elle va se cacher de
						façon qu’il ne la reverra plus.</stage>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="03" xml:id="III03">
					<head>SCÈNE 3 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII03">
							<person corresp="#marsyas"/>
						</listPerson>
					</head>

					<sp who="#marsyas" xml:id="III03-01">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Il paraît si étourdi du du feu bonheur qu’il a eu de subjuguer l’esprit
							d’une femme qu’il ne sait ni ce qu’il dit, ni ce qu’il veut.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="04" xml:id="III04">
					<head>SCÈNE 4 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII04">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
							<person corresp="#midas"/>
							<person corresp="#suite"/>
							<person corresp="#bergers"/>
							<person corresp="#satyre"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Midas, Marsyas, Delius, Suites</stage>

					<stage>Marsyas, avant toutes choses, dit au roi qu’il est aimé de Licoris et
						qu’il a cette obligation à Délius. Celui-ci qui sait bien à quoi s’en tenir
						ironise son rival en le félicitant. Il lui propose fort impoliment de ne pas
						s’en rapporter à la décision du roi pour la possession de Licoris mais au
						choix de cette bergère et Midas qui est un fort bon prince trouve ce procédé
						fort généreux. Les bergers et les satyres paraissent.</stage>

					<stage>DIVERTISSEMENT<note place="bottom">. Le titre des airs n’est pas
							mentionné mais les refrains, tels que « la bonne aventure ô gué »,
							permettent de retrouver le vaudeville en
						question.</note>
					</stage>
					<sp who="#bergers">
						<speaker>Une Bergère</speaker>
						<lg>
							<l met="12">Nous venons pour offrir notre plus tendre hommage</l>
							<l met="7">Au charmant dieu de l’amour.</l>
							<l met="7">Il règne dans ce séjour</l>
							<l met="12">Et c’est dans ses douceurs qu’est tout notre héritage.</l>
							<l met="6">Satisfait de nos vœux,</l>
							<l met="12">Pour assurer chez nous la suprême puissance,</l>
							<l met="8">Les doux plaisirs et l’innocence</l>
							<l met="12">Sont toujours de concert dans nos cœurs amoureux.</l>
						</lg>
					</sp>
					<sp who="#satyre">
						<speaker>Un Satyre</speaker>
						<lg>
							<l met="8">Amour, n’attend pas d’un satyre</l>
							<l met="7">Quelque fade compliment.</l>
							<l met="7">Tout ce que nous voulons dire,</l>
							<l met="7">Nous le disons finement.</l>
							<l met="7">La simplicité nous glace,</l>
							<l met="7">Nous voulons absolument</l>
							<l met="9">Que l’on soit rustique avec grâce</l>
							<l met="8">Et populaire élégamment.</l>
						</lg>
						<lg>
							<l met="8">Soit que le greffier solaire<note place="bottom"
									>.L’expression « greffier solaire » désigne le cadran solaire
									dans une fable de La Motte.</note>
							</l>
							<l met="8">Enregistre le jour qui luit,</l>
							<l met="7">Soit enfin que le lunaire</l>
							<l met="8">Ecrive l’heure de la nuit,</l>
							<l met="8">Les satyres, fringants, alertes,</l>
							<l met="8">Battent sans cesse les forêts</l>
							<l met="8">Et toujours pour des découvertes</l>
							<l met="8">Dont l’amour seul sait les secrets.</l>
						</lg>
					</sp>
					<sp who="#bergers">
						<speaker>Un Berger</speaker>
						<lg>
							<l met="7">Célébrons notre tendresse.</l>
							<l met="7">Bergers, unissons nos voix,</l>
							<l met="7">Faisons retentir ces bois<note place="bottom">. Certaines
									versions de ce vaudeville proposent « Faisons retentir nos
									bois ».</note>
							</l>
							<l met="7">Du tendre amour qui nous presse.</l>
							<l met="7">Que nos plus ardents désirs</l>
							<l met="7">Ne craignent point de paraître.</l>
							<l met="7">Confidents de nos soupirs,</l>
							<l met="7">Echos, faites les connaître.</l>
							<l met="7">Que tout chante nos plaisirs.</l>
						</lg>
					</sp>
					<sp who="#bergers">
						<speaker>Une Bergère</speaker>
						<lg>
							<l met="7">Ma flamme est constante et pure,</l>
							<l met="7">Tous mes vœux sont innocents.</l>
							<l met="7">Je dis tout ce que je sens,</l>
							<l met="7">Aucun des dieux n’en murmure.</l>
							<l met="7">J’aime un aimable berger.</l>
							<l met="7">Il sent les feux qu’il m’inspire</l>
							<l met="7">Et sait si bien m’engager</l>
							<l met="7">Que le plus brillant empire</l>
							<l met="7">Ne me ferait pas changer.</l>
						</lg>
					</sp>
					<sp who="#satyre">
						<speaker>Un Satyre</speaker>
						<lg>
							<l met="7">Quand l’aurore matinière</l>
							<l met="7">Sort du lit du vieux Titon<note place="bottom">. Dans la
									mythologiegrecque, Titon (ou Tithon) est un prince troyen aimé
									par Eos, déesse de l’Aurore. Ce sujet a inspiré la pastorale
									héroïque Titon et l’Aurore, de De La Marre, de Voisenon et
									Mondonville, représentée à l’Académie royale de musique le 9
									janvier 1753.</note>,</l>
							<l met="7">L’amour me donne le ton</l>
							<l met="7">Et je réduis la plus fière</l>
							<l met="7">A me répondre flon, flon.</l>
							<l met="7">Que si quelqu’un en murmure,</l>
							<l met="7">Ma nymphe soudain répond</l>
							<l met="7">La bonne aventure, ô gué,</l>
							<l met="5">La bonne aventure.</l>
						</lg>
						<lg>
							<l met="7">Quand la chaleur fait ravage,</l>
							<l met="7">Mon amour fait sa moisson.</l>
							<l met="7">Je donne à Philis<note place="bottom">. « Lenom de <hi
										rend="i">Philis</hi> est typique de la poésie pastorale et
									galante. On le trouve par exemple dans le poème « Paroles pour
									un air », dans <hi rend="i">Les Œuvres de Monsieur de
										Benserade</hi>, de Benserade, dans les églogues de Mlle
									Desjardins, dans les <hi rend="i">Délices de la poésie
										galante</hi> de Sercy en 1663  » (Molière 21).</note>
								leçons</l>
							<l met="7">A l’ombre d’un vert bocage</l>
							<l met="7">Et là, nous chantons flon, flon,</l>
							<l met="7">Que si quelqu’un etc.</l>
						</lg>
					</sp>
					<sp who="#bergers">
						<speaker>Un Berger</speaker>
						<lg>
							<l met="7">Comme au lever de l’aurore,</l>
							<l met="7">La rose s’épanouit</l>
							<l met="7">Que son éclat éblouit,</l>
							<l met="7">Dans les parterres de Flore<note place="bottom">. Flore est
									ladivinité du monde végétal dans la mythologie
								romaine.</note>.</l>
							<l met="7">Telle se montre au matin,</l>
							<l met="7">Mon adorable bergère.</l>
							<l met="7">Les amours sur son beau sein</l>
							<l met="7">Viennent d’une aile légère</l>
							<l met="7">Cueillir les lys de son teint.</l>
						</lg>
						</sp>
						
						<sp who="#bergers">
						<speaker>Une Bergère</speaker>						
						<lg>
							<l met="7">En vain la brillante aurore</l>
							<l met="7">S’élève d’un vol léger.</l>
							<l met="7">Si je ne vois mon berger,</l>
							<l met="7">Je crois qu’il est nuit encore.</l>
							<l met="7">C’est l’astre de mon amour :</l>
							<l met="7">Lorsque ce berger sommeille,</l>
							<l met="7">Mon soleil a fait son tour,</l>
							<l met="7">Et le moment qu’il s’éveille,</l>
							<l met="7">Pour moi, c’est le point du jour<note place="bottom">. Cette
									strophe est chantée par une bergère.</note>.</l>
						</lg>
					</sp>
					
					<sp who="#satyre">
						<speaker>Un Satyre</speaker>
						<lg>
							<l met="7">Lorsque la nuit sous ses<note place="bottom">. Le manuscrit
									porte parerreur « ces ».</note> voiles</l>
							<l met="7">Nous fait aller à tâtons,</l>
							<l met="7">Je prends Philis au menton</l>
							<l met="7">A la clarté des étoiles</l>
							<l met="7">Et là, nous chantons flon, flon,</l>
							<l met="7">Que si quelqu’un <hi rend="i">etc</hi>.</l>
						</lg>
						<lg>
							<l met="7">Pendant toute la nuit sombre,</l>
							<l met="7">Mon amour fait carillon.</l>
							<l met="7">Le jour comme un papillon,</l>
							<l met="7">Avec des beautés sans nombre,</l>
							<l met="7">Il cherche à chanter flon, flon,</l>
							<l met="7">Que si quelqu’un <hi rend="i">etc</hi>.</l>
						</lg>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="05" xml:id="III05">
					<head>SCÈNE 5 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII05">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
							<person corresp="#midas"/>
							<person corresp="#suite"/>
							<person corresp="#bergers"/>
							<person corresp="#satyre"/>
							<person corresp="#momus"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Les précédents, Momus</stage>

					<sp who="#midas" xml:id="III05-01">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>En voilà assez ! Je n’en veux pas voir d’avantage.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III05-02">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>J’arrive à-propos pour voir la décision de Midas.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III05-03">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Les satyres ont gagné.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III05-04">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Les satyres, seigneurs !</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III05-05">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Les bergers n’ont rien chanté que de commun. Ils n’ont pas dit le petit
							mot pour rire. Que signifie par exemple</p>
						<lg>
							<l met="7">En vain la brillante aurore</l>
							<l met="7">S’élève d’un vol léger.</l>
							<l met="7">Si je ne vois mon berger,</l>
							<l met="7">Je crois qu’il est nuit encore.</l>
						</lg>
						<p>A-t-on jamais pensé qu’il dût faire nuit parce qu’un berger dort ? Les
							satyres ont mis de l’esprit partout. Ils en font plus passer dans un mot
							qui ne signifie rien que vos bergers ne font dans cent. Il y a des flon,
							flon, qui valent un poème entier.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III05-06">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Je m’en étais douté.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III05-07">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Les chansons des satyres sont pleines de licence et dans celles des
							bergers tout est innocent.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III05-08">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Oh ! Si innocent qu’ils font pitié.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III05-09">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>D’où vient<note place="bottom">.<hi rend="i">D’où vient</hi> signifie
								pourquoi.</note> n’étiez-vous pas là, Arlequin ?</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III05-10">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Je cherchais Evadné et Marsyas a fait conduire Licoris en ces lieux.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III05-11">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Elle finira la dispute de ces rivaux.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III05-12">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Tout me favorise aujourd’hui.</p>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="06" xml:id="III06">
					<head>SCÈNE 6 <listPerson type="configuration" xml:id="confIII06">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
							<person corresp="#midas"/>
							<person corresp="#suite"/>
							<person corresp="#bergers"/>
							<person corresp="#satyre"/>
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#dirce"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Les précédents, Dircé, voilée</stage>

					<sp who="#dirce" xml:id="III06-01">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Ah, dieux ! Je vois le roi. Malheureux berger, que vas-tu devenir ?</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III06-02">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Mon amour est sans ressource.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III06-03">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Charmante nymphe, déterminez-vous entre Délius et moi. Ne suivez que les
							mouvements de votre cœur.</p>
					</sp>
					<sp who="#dirce" xml:id="III06-04">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Le roi consent que je choisisse ?</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III06-05">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Oui, j’y consens.</p>
					</sp>
					<sp who="#dirce" xml:id="III06-06">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<stage>se découvrant</stage>
						<p>Eh bien, je choisis Délius.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III06-07">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Que vois-je ? C’est Evadné.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III06-08">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Qu’est devenue votre tendresse pour moi ?</p>
					</sp>
					<sp who="#dirce" xml:id="III06-09">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Je ne vous en ai marqué que pour me tirer de vos mains. Seigneur<note
								place="bottom">. Dircé s’adresseensuite à Midas.</note>, tenez votre
							parole.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III06-10">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Vous ne l’avez surprise que par trahison.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III06-11">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Oui, cela est impertinent.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III06-12">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Qu’on arrête ce berger téméraire.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III06-13">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Arrêtez. Reconnaissez Apollon.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III06-14">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Autre tour d’adresse, c’est un fourbe. Licoris m’appartient.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III06-15">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Comment, scélérat ! Tu m’oses disputer Evadné ! Que l’on conduise Délius
							en lieu de sûreté et vous la belle à trois noms, vous ne m’échapperez
							plus.</p>
					</sp>
					<sp who="#dirce" xml:id="III06-16">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Adieu mon cher Délius. Je vous jure que je ne serai jamais à d’autres
							qu’à vous.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III06-17">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Jupiter vengeur, souffrirez-vous que votre fils soit la fable des
							hommes ?</p>
						<stage>Coup de tonnerre<note place="bottom">. Le tonnerre est le symbole du
								dieu Jupiter.</note>.</stage>
					</sp>
				</div2>

				<div2 type="scene" n="07" xml:id="III07">
					<head>SCÈNE 7 et dernière <listPerson type="configuration" xml:id="confIII07">
							<person corresp="#apollon"/>
							<person corresp="#marsyas"/>
							<person corresp="#midas"/>
							<person corresp="#suite"/>
							<person corresp="#bergers"/>
							<person corresp="#satyre"/>
							<person corresp="#momus"/>
							<person corresp="#dirce"/>
							<person corresp="#mercure"/>
						</listPerson>
					</head>
					<stage>Les précédents, Mercure</stage>

					<sp who="#mercure" xml:id="III07-01">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<stage>à Apollon</stage>
						<p>Votre exil est fini, cher Apollon. Vous êtes rappelé dans les cieux.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III07-02">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Je suis perdu.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-03">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Il ne fallait pas moins que ce prodige pour vous tirer d’affaire.</p>
					</sp>
					<sp who="#dirce" xml:id="III07-04">
						<speaker>Dircé</speaker>
						<p>Vous êtes donc Apollon, comme vous le disiez ?</p>
					</sp>
					<sp who="#delius" xml:id="III07-05">
						<speaker>Delius</speaker>
						<p>Vous n’en devez plus douter. Jouissons de notre bonheur.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-06">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>J’en suis bien aise pour Dircé. C’est une bonne enfant, hélas !
							Ho ! Messieurs, êtes-vous pétrifiés ? Félicitez Apollon d’être sorti de
							vos mains.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III07-07">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Grand dieu, je vous demande pardon.</p>
					</sp>
					<sp who="#marsyas" xml:id="III07-08">
						<speaker>Marsyas</speaker>
						<p>Etes-vous bien sûr que ce soit lui ?</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-09">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<stage>à Marsyas</stage>
						<p>Reçois le prix de ta présomption et de ton orgueil.</p>
					</sp>
					<stage>Il le change en rocher<note place="bottom">.<hi rend="i">Le Mercure de
								France</hi> de mars 1767 (p. 534-541) précise que Jupiter « change
							Marsyas en fleuve », ce qui correspond au mythe de
						Marsyas.</note>.</stage>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-10">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>S’il en arrivait autant aux ignorants qui se croient habiles, les statues
							seraient à bon marché !</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III07-11">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Ah ! Seigneur Mercure, ayez pitié de moi.</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-12">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<p>C’est à Apollon à vous faire grâce.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-13">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Il faut le punir d’une façon plaisante. Donnez-lui des oreilles d’ânes,
							cela fera un drôle d’effet.</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-14">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<p>Momus a raison.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III07-15">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Quoi, c’est-là Momus ? Tous les dieux me persécutent donc, grand dieu de
								Délos<note place="bottom">. Délos est l’île grecque où Léto put
								mettre au monde ses jumeaux, Apollon et Artémis, pour devenir l’île
								sacréed’Apollon.</note>.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III07-16">
						<speaker>Apollon</speaker>
						<p>Ne craignez rien. Les personnes de votre rang sont toujours sous la
							protection des dieux, au milieu même de leurs erreurs. Je ne veux me
							venger de vous qu’en vous donnant les [XXX] et les lumières qui vous
							manquent. Faites-en un bon usage, c’est tout ce que les dieux exigent
							des hommes.</p>
					</sp>
					<sp who="#midas" xml:id="III07-17">
						<speaker>Midas</speaker>
						<p>Quelle nouvelle lumière vient éclairer ma raison ! Je vais profiter de
							vos dons et mériter vos bontés par de continuels sacrifices.</p>
					</sp>
					<sp who="#apollon" xml:id="III07-18">
						<speaker>Apollon</speaker>
						<p>Méritez les bontés des dieux par l’amour de la vertu. Venez, belle Dircé,
							partager ma gloire et ma félicité. Vous habiterez avec les muses et
							vous, aimables bergers, je me souviendrai toujours de l’heureux temps
							que j’ai passé avec vous.</p>
						<stage>Il sort une fontaine.</stage>
						<p>Que cette fontaine porte le beau nom de Dircé ! Ceux qui la boiront
							célébreront l’amour immortel qui nous unit.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-19">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Retournons aux lieux.</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-20">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<p>Tout beau, Momus. Pour punir votre esprit satirique, Jupiter ordonne que
							vous restiez sur la terre sous le nom et la forme d’Arlequin jusqu’à ce
							que votre satire ait corrigé les hommes et, pour cela, vous y ferez le
							métier de comédien que l’on destinait à Apollon.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-21">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Jupiter me donne-là une belle commission.</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-22">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<p>Belle ou laide, il faut obéir.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-23">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Adieu donc, jusqu’à la fin du monde.</p>
					</sp>
					<sp who="#mercure" xml:id="III07-24">
						<speaker>Mercure</speaker>
						<p>Tirez-vous d’affaire comme vous le pourrez. Adieu.</p>
					</sp>
					<sp who="#momus" xml:id="III07-25">
						<speaker>Momus</speaker>
						<p>Messieurs, vous l’avez entendu, si vous voulez profiter de mes leçons,
							voici le lieu où je les donne. Venez-y souvent, croyez-moi, vous n’y
							perdrez rien. Car, si je ne puis vous corriger, du moins je tâcherai de
							vous faire rire et de vous amuser<note place="bottom">. Les pièces de
								Delisle se terminent très souvent par une référence au parterre, ce
								qui témoigne de l’importance que l’auteur accordait à la réception
								de ses œuvres. En effet, il souhaitait « faire rire »et « amuser »
								le spectateur tout en éduquant les consciences. L’intervention
								finale d’Arlequin est stratégique puisqu’il invite le public à venir
								écouter régulièrement les pièces de la
							Comédie-Italienne.</note>.</p>
					</sp>
					<stage>FIN</stage>
				</div2>
			</div1>
		</body>
	</text>
</TEI>
