<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<TEI xmlns="http://www.tei-c.org/ns/1.0" xml:lang="fr">

   <teiHeader>
      <fileDesc>
         <titleStmt>
            <title xml:id="AssPoi">L'Assemblée des Poissardes ou Polichinelle maître d'hôtel</title>
            <author>
               <surname>Carolet</surname>
					<forename>Denis</forename>
               <addName></addName>
               <idno type="ISNI">0000 0001 1475 6544</idno>
               <idno type="Theaville">15</idno>
            </author>
            <principal>
               <persName>Rubellin, Françoise</persName>
            </principal>
            <respStmt>
               <resp>Transcription (mémoire de 2012)</resp>
               <persName>Lepape, Elvina</persName>
            </respStmt>
            <respStmt>
               <resp>Édition TEI</resp>
               <persName>Duval, Isabelle</persName>
            </respStmt>
         </titleStmt>
         <publicationStmt>
            <publisher>Cethefi</publisher>
            <pubPlace>Nantes, France</pubPlace>
            <address>
               <addrLine>http://cethefi.org/</addrLine>
            </address>
            <date when="2019">2019</date>
            <availability status="restricted">
               <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/"> Distribué sous la licence Creative Commons License - Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International. Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions (CC BY-NC-SA). Cette licence permet de remixer, arranger, et adapter cette édition à des fins non commerciales tant que les auteurs du texte et de la présente édition numérique sont crédités, et que les nouvelles œuvres sont diffusées selon les mêmes conditions.</licence>
            </availability>
         </publicationStmt>
         <sourceDesc>
            <msDesc>
               <msIdentifier>
                  <settlement>Paris</settlement>
                  <repository>Bibliothèque Nationale de France</repository>
                  <idno>ms. fr. 9315</idno>
               </msIdentifier>
               <head>L'Assemblée des Poissardes<lb/> ou<lb/> Polichinelle maître d'hôtel<lb/>
                  Représentée aux Marionnettes de la Foire Saint Germain<lb/> 1737<lb/> Par M.
                  Carolet<lb/>
               </head>
               <msContents>
                  <msItem>
                     <locus>Folios 412-420</locus>
                     <author>Carolet, Denis</author>
                     <title>L'Assemblée des Poissardes ou Polichinelle maître d'hôtel</title>
                  </msItem>
               </msContents>
               <physDesc>
                  <objectDesc form="codex">
                     <supportDesc/>
                     <layoutDesc>
                        <p>Aligné à gauche pour les répliques en prose.</p>
						<p>Les didascalies sont centrées.</p>
						<p>Les vers de vaudevilles ont un retrait en fonction du nombre de syllabes métriques qu'ils comportent.</p>
                        <p>La numérotation en TEI des pages se fait suivant la numérotation présente dans le coin haut droit de la page du manuscrit. 
                           Nous ne mentionnons pas la pagination originale (souvent rayée dans le manuscrit), mais celle du portefeuille dans lequel 
                           sont regroupées plusieurs pièces.</p>
                        <p>Le texte étant présent recto-verso la numérotation se fait de la façon suivant : 1, 1v, 2, 2v, etc. "v" correspondant à verso.</p>
                     </layoutDesc>
                  </objectDesc>
                  <handDesc>
                     <p>Ecrit à la main, par le même scripteur.</p>
                  </handDesc>
               </physDesc>
               <history>
                  <origin>
                     <p>Ecrit en <origPlace>France</origPlace> au <origDate>18eme
                        siecle</origDate>.</p>
                  </origin>
                  <provenance>
                     <p>Cette pièce a été transcrite à partir du microfilm reproduisant le manuscrit original détenu à la BnF. Microfilm acheté pour l'équipe Cethefi de Nantes, par la Bibliothèque Universitaire de Nantes.</p>
                  </provenance>
               </history>
            </msDesc>
         </sourceDesc>
      </fileDesc>
      <encodingDesc>
         <projectDesc>
            <p>La transcription et l'édition critique ont été réalisées dans le cadre d'un mémoire de recherche en littérature française. 
			La présente édition TEI est réalisée dans le cadre du programme ANR CIRESFI (2014-2019), mené par le Cethefi, Université de Nantes.
			Sa dernière mise à jour date d'août 2019.</p>
         </projectDesc>
         <editorialDecl>
	<correction status="high" method="silent">
		<p>L'établissement de la présente édition provient d'un travail 
		de recherche universitaire, relu et corrigé par l'enseignant en charge du
		suivi de ce travail de recherche.</p>
	</correction>
	<normalization method="silent">
		<p>L’orthographe a été modernisée.</p>
		<p>Des éléments manquants ont été rajoutés entre crochets.</p>
		<p>Les abréviations ont été développées et unifiées.</p>
		<p>Dans les vaudevilles se terminant par "etc." nous avons complété les paroles entre crochets lorsque la suite nous était connue.</p>
	</normalization>
	<punctuation marks="some">
		<p>La ponctuation a été modernisée ou ajoutée lorsque cela était nécessaire à la compréhension du texte.</p>
	</punctuation>
	<hyphenation eol="some">
		<p>Les retours de ligne sont notés avec l’élémént lb. Ils ne 
		concernent que les effet de mise en page précis, comme la page de 
		titre, ou éventuellement dans le texte, mais ne suivent pas les 
		retours à la ligne liés au format du manuscrit ou à l'écriture
		du scripteur.</p>
	</hyphenation>
</editorialDecl>
         <metDecl>
            <p>Chaque air dispose d'un identifant correspondant à son équivalent dans la base de données exploitée par le site Theaville.</p>
            <p>Le nombre de syllabes métriques des vers chantés ou déclamés est spécifié.</p>
         </metDecl>
         <fsdDecl>
            <fsDecl type="caracterisationPersonnages">
               <fDecl name="age">
                  <vRange>
                     <vAlt>
                        <symbol value="young" xml:id="AGY"/>
                        <symbol value="old" xml:id="AGO"/>
                        <symbol value="child" xml:id="AGC"/>
                        <symbol value="adult" xml:id="AGA"/>
                        <symbol value="unknown" xml:id="AGU"/>
                     </vAlt>
                  </vRange>
               </fDecl>
               <fDecl name="sex">
                  <vRange>
                     <vAlt>
                        <symbol value="male" xml:id="SM"/>
                        <symbol value="female" xml:id="SF"/>
                        <symbol value="undetermined" xml:id="SU"/>
                        <symbol value="mixed-group" xml:id="SMG"/>
                     </vAlt>
                  </vRange>
               </fDecl>
               <fDecl name="ontological_category">
                  <vRange>
                     <vAlt>
                        <symbol value="human" xml:id="OCH"/>
                        <symbol value="non-human" xml:id="OCNH"/>
                        <symbol value="semi-human" xml:id="OCSH"/>
                        <symbol value="allegory" xml:id="OCAL"/>
						<symbol value="animal" xml:id="OCA"/>
                     </vAlt>
                  </vRange>
               </fDecl>
               <fDecl name="collective_character">
                  <vRange>
                     <binary value="true" xml:id="COLL"/>
                  </vRange>
               </fDecl>
            </fsDecl>
         </fsdDecl>
      </encodingDesc>
      <profileDesc>
         <creation>
            <date when="1737">1737</date>
            <rs type="city">Paris, France</rs>
         </creation>
         <langUsage>
            <language ident="fr">Français</language>
         </langUsage>
         <textClass>
            <keywords>
               <term>Foire Saint-Germain</term>
               <term>Marionnettes</term>
            </keywords>
         </textClass>
      </profileDesc>
   </teiHeader>

   <text>
      <front>
         <titlePage type="half-title">
            <docTitle>
               <titlePart type="main">L'Assemblée<note place="bottom">Assemblée : « nombre,
                     multitude de personnes assemblées pour une même chose » ; signifie aussi
                     quelque fois « le bal » (Acad. 1694).</note> des Poissardes<note place="bottom"
                     >Poissard(e) : « il se dit des femmes de la lie du peuple, de la Halle »
                     (Féraud).</note><lb/>
               </titlePart>
               <titlePart type="sub">ou<lb/> Polichinelle maître d'hôtel<lb/></titlePart>
               <titlePart type="desc">Représentée aux Marionnettes de la Foire Saint Germain<lb/>
                  1737<lb/> Par M. Carolet<lb/></titlePart>
            </docTitle>
         </titlePage>
         <performance>
            <p>
               <rs type="place">Foire Saint Germain, Paris</rs><date when="1737">1737</date>
            </p>
         </performance>
         <castList>
            <head>PERSONNAGES</head>
            <castItem ana="#SF #AGA #OCH">
               <role xml:id="Flanchet">Mme Flanchet<note place="bottom">Flanchet : « terme de
                     boucherie. Partie du bœuf en dessous de l'animal entre la tranche grasse et la
                     poitrine » ; « terme de pêche. Partie de la morue située au-dessous des ailes »
                     (Littré).</note></role>
               <roleDesc>, marchande de morue.</roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SF #AGY #OCH">
               <role xml:id="Margot">Mlle Margot</role>
               <roleDesc>, fille de Mme Flanchet.</roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Rapinet">Polichinelle, Rapinet</role>
               <roleDesc>, maître d'hôtel<note place="bottom">Maître d'hôtel : « officier préposé
                     pour avoir soin de ce qui regarde la table d'un prince, d'un grand seigneur, ou
                     de riches particuliers, et qui sert ou fait servir sur table » (Acad.
                     1762).</note>.</roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Rudepogne">Rudepogne</role>
               <roleDesc>, fort de la Halle<note place="bottom">Fort de la Halle : celui qui était
                     chargé sur les ports de transporter, manier, rouler, serrer les marchandises de
                     l'extérieur vers l'intérieur des pavillons des anciennes Halles de
                     Paris.</note>.</roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Jaquot">Jaquot</role>
               <roleDesc>, le passeux<note place="bottom">Passeur : « celui qui mène un bac, un
                     bateau pour passer l'eau » (Acad. 1694).</note>.</roleDesc>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Montreur">Un montreur de curiosité<note place="bottom">Curiosité :
                     « attraction ou objet original que les forains présentaient »
                     (Furetière).</note>.</role>
            </castItem>
            <castItem ana="#SMG #COLL #AGA #OCH">
               <role xml:id="Savoyards">Savoyards et Savoyardes.</role>
            </castItem>
            <castItem ana="#SM #AGA #OCH">
               <role xml:id="Pasteur">[Pasteur.]</role>
            </castItem>
         </castList>
         <set>
            <p>La scène se passe au pied du pilori<note place="bottom">Pilori : « sorte de machine
                  qui tourne sur un pivot, et qui sert à la punition des personnes diffamées, que la
                  justice expose à la risée du public » (Acad. 1694). Nous n'avons pas pu expliquer
                  ce choix.</note>.</p>
         </set>
      </front>

      <body>
         <div type="scene" n="01" xml:id="S01">
            <head>SCENE I <listPerson type="configuration" xml:id="confS01">
                  <person corresp="Flanchet"/>
                  <person corresp="Rapinet"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>MME FLANCHET, RAPINET</stage>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S01-01">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Oh çà, Madame Flanchet, c'est donc aujourd'hui que j'épouse votre fille Margot. Un
                  maître d'hôtel engraissé depuis quinze ans n'est pas un maigre parti.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S01-02">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Bon, je voyons croître les maîtres d'hôtel comme des champignons.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S01-03">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Je n'ai pas eu les mains gourdes dans ma profession. Je suis toujours sorti de mes
                  maisons avec honneur.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S01-04">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Et profit. Écoutez, compère, ma fille n'entrera pas chez vous les mains vides.
                  Laissez fermer l'œil à sa tante la beurrière, à son oncle le fruitier et à moi qui
                  suis la plus forte marchande de morue de la halle<note place="bottom">Halle :
                     « place publique ordinairement couverte, qui sert à tenir le marché ou la
                     foire. On appelle « figurément langage des halles, Le langage du bas peuple de
                     Paris » (Acad. 1762).</note>. J’avons le cul terreux<note place="bottom"> Avoir
                     le cul terreux : « figurément et bassement, avoir le cul terreux, se dit d'une
                     fille à marier, qui est riche en biens-fonds, mais d'une famille peu relevée »
                     (Littré).</note> dans notre famille.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S01-05">
               <speaker>RAPINET<note place="bottom">Rapiner : « prendre injustement et en abusant de
                     l'emploi, de la commission dont on est chargé. Ce valet rapine sur tout ce
                     qu'il achète. Il rapine toujours quelque chose. C'est un concussionnaire qui a
                     rapiné sur toute la Province. Il est familier » (Acad. 1694).</note></speaker>
               <p>Le bien ne me tente pas. J'ai toujours mieux aimé celui des autres que le mien.
                  J'ai fait la dépense<note place="bottom">Faire la dépense : « être chargé du
                     détail de ce qui se dépense dans un ménage, dans une maison (Acad.
                     1762).</note> de quatre maisons où on ne s’est jamais plaint de moi. J’ai servi
                  un traitant<note place="bottom">Traitant : « qui se charge du recouvrement des
                     impositions ou deniers publics, à certaines conditions réglées par un traité »
                     (Acad. 1762). Lesage attaque les traitants auxquels il devait sans doute ses
                     déboires financiers dans sa comédie intitulée Turcaret ou le financier (1709).
                     Il y dresse alors une satire sévère de la platitude naturelle et des vices
                     d’emprunt du parvenu de la fortune, dépourvu d’éducation. Turcaret, à qui tout
                     est bon pour gagner de l’argent, finira par se laisser griser par sa réussite
                     en se croyant au-dessus des lois et à l’abri des poursuites judiciaires : c’est
                     ce qui le perdra. Dans la pièce, la Baronne, une jeune veuve dépensière et
                     coquette profite de M. Turcaret, fou amoureux d'elle mais qui est déjà marié en
                     cachette. Elle profite de son argent pour en donner au chevalier qu'elle aime.
                     C'est Frontin, valet et confident des frauduleuses affaires du traitant qui
                     réussit à provoquer la ruine et l'emprisonnement de Turcaret. Avec son amante
                     Lisette, il trompe le chevalier et la baronne.</note> qui me regardait comme
                  son pareil. Une fille d’opéra que j’ai appris à être ménagère<note place="bottom"
                     >Ménager(e) : qui entend le ménage, l'épargne, l'économie (Acad. 1762).</note>
                  en doublant sa dépense. Aussi a-t-elle fait une fin<note place="bottom">Faire une
                     fin : « on dit, faire une fin, pour dire, se fixer à un état, et on le dit plus
                     communément de l'état du mariage » (Acad. 1762).</note>. Elle s’est retirée à
                  la Salpêtrière<note place="bottom">Salpêtrière : « hôpital qui est en même temps
                     maison de correction » (Acad. 1762). C'est un lieu à Paris où les femmes
                     prostituées ou qui en prostituent d'autres sont enfermées.</note>. J’ai aidé à
                  une jolie veuve à dépenser en six mois l’héritage de son mari, et mon dernier
                  maître m’a mis dehors parce que j’étais plus riche que lui.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S01-06">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Ma fille Margot va venir. Vous nous mènerez à la foire.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S01-07">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Volontiers. Où est la future que je la complimente ?</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="02" xml:id="S02">
            <head>SCENE II <listPerson type="configuration" xml:id="confS02">
                  <person corresp="Flanchet"/>
                  <person corresp="Rapinet"/>
                  <person corresp="Margot"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>MME FLANCHET, RAPINET, MARGOT</stage>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-01">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Approche, notre fille, v'là Monsieur Rapinet qui est venu ici dès le matin pour te
                  tirer sa révérence.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-02">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Commençons par embrasser.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S02-03">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Oh, mon beau Monsieur, vous faites les choses bien cavalièrement<note
                     place="bottom">Cavalièrement : « d'une façon cavalière, de bonne grâce, en
                     galant homme, plus en homme du monde qu'en maître de l'art ». Il signifie aussi
                     d' « une manière brusque, hautaine, inconsidérée, sans égard » (Acad.
                     1762).</note>.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-04">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>La jolie enfant ! On peut appeler cela un plat de maître d’hôtel.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-05">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Savez-vous bien que notre fille vaut son pesant d’or<note place="bottom">Pesant
                     d'or : « on dit dans le style familier d'un honnête homme qui est de bonne
                     compagnie, obligeant, officieux, et d'un commerce sûr et aisé, qu'il vaut son
                     pesant d'or. La même phrase se dit de plusieurs choses qu'on regarde comme
                     excellentes dans leur genre; et alors pesant est employé comme substantif »
                     (Acad. 1762).</note> pour la sagesse ? Elle n’a pas le cœur bâti comme les
                     fringantes<note place="bottom">Fringant(e) : « [qui] se donne toute sorte de
                     liberté, et qu'on ne peut plus [...] retenir » (Acad. 1694).</note> de Paris
                  qui sautent au col de leurs amoureux. Jarni, notre fille Margot vous arracherait
                  toutes les peaux du visage, si vous n’alliez pas droit avec elle. On ne lui
                  arracherait pas un cheveu de son honneur. Je sommes toutes comme ça de mère en
                  fille.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-06">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Oh ! Je vous crois, Madame Flanchet. Si votre fille aime qu’on aille droit avec
                  elle, elle a trouvé son homme. À moi le père<note place="bottom">Nous lisons « à
                     moi le père ». Alexander Parks Moore corrige en : « à moi le prix ».</note>,
                  pour savoir me tenir comme il faut auprès des filles… Oh, là, Mademoiselle Margot,
                  il vous revient un petit compliment, mais je vous le ferai court. Ce n’est pas que
                  vous ne le méritiez long, mais j’aurais peur de vous ennuyer.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-07">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Que d’esprit, ma fille !</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-08">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Tenez, Mademoiselle Margot, quand mon cœur vous sent, il nage dans la joie comme
                  un fricandeau<note place="bottom">Fricandeau : « Tranche de veau mince et lardée,
                     qu'on sert en ragoût à l'entrée de table » (Acad. 1694).</note> dans un coulis.
                  Quoique maître d’hôtel, je ne ferrerai pas la mule<note place="bottom">Ferrer la
                     mule : « proverbialement et figurément ferrer la mule, pour dire, acheter une
                     chose pour quelqu'un, et la lui compter plus cher qu'elle n'a coûté » (Acad.
                     1694) ; « faire un profit caché, friponner » (Le Roux).</note> avec vous quand
                  nous serons mariés. Je ne ferai point de dépense de tendresse ailleurs que chez
                  vous. Recevez ce baiser comme les arrhes<note place="bottom">Arrhe : « se dit
                     figurément de tout ce qui se donne pour marquer un engagement », « l'argent
                     qu'on donne pour assurance de l'exécution d'un marché qu'on vient de faire »
                     (Acad. 1694).</note> de mon amour conjugal. Il ne tiendrait pourtant qu’à vous
                  que je ne vous payasse en entier.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-09">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Ça ne te ravit-il pas, ma fille ? Pour moi, son compliment m’a rajeunie de dix
                  ans. Il faut nous divertir aujourd’hui tout le saoul.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S02-10">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Oh ! j’y compte bien, ma mère. J’ai averti ma cousine Franche-mule<note
                     place="bottom">Franche-mule : estomac de bœuf.</note>, mon cousin
                     Gras-double<note place="bottom">Gras-double : « espèce de tripe qui vient du
                     premier ventricule du bœuf » (Acad. 1762).</note> et ma commère Tétine<note
                     place="bottom">Tétine : « pis de la vache, ou de la truie, considéré comme bon
                     à manger » (Acad. 1694).</note>. Nous danserons ce soir comme des fous.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-11">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Il faut aller à la Foire. Nous y verrons mille jolies choses.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-12">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Vous nous ferez voir les marionnettes.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-13">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Fi donc ! Qu’est-ce qu’on dirait de voir un maître d’hôtel en habit de
                     velours<note place="bottom">Habit de velours : « proverbialement et figurément,
                     […] se dit d'une personne qui épargne sur sa nourriture, et qui fait des
                     dépenses d'ostentation » (Acad. 1835).</note> aux marionnettes ? Non, nous
                  irons à l’Opéra-Comique. C’est, ma foi, là, l’assemblée de toute la noblesse, et
                     l’agrément<note place="bottom">Agrément : « avantage, plaisir, sujet de
                     satisfaction » (Acad. 1694).</note> que vous aurez là, c’est que vous n’y serez
                  pas pressées car il n’y a presque que jamais personne, et voilà ce qu’il me faut,
                  je n’aime pas la cohue<note place="bottom">Cohue : « on appelle figurément cohue,
                     une assemblée où tout le monde parle tumultueusement et en confusion » (Acad.
                     1762).</note>.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-14">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>N’est-ce pas cette grande cage de plâtre qu’est au bout de ce cul-de-sac fait en
                  coude dans la rue des Quatre-Vents<note place="bottom">La rue des Quatre-Vents
                     était nommée ainsi puisqu'elle se situait au milieu de quatre autres rues. Elle
                     s' « appel[ait] d 'abord ruelle descendant à la foire, parce qu'elle conduisait
                     à la foire Saint-Germain » (DTHAP).</note> ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-15">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Justement.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S02-16">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Allons-y, ma mère.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-17">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Non, ma fille. J’aimerais mieux me casser le cou. On ne m’y rattrapera pas. J’y
                  fus il y a quinze jours avec notre oncle, le ferrailleur<note place="bottom"
                     >Ferrailleur : « marchand de ferraille » ; » « il se dit, [aussi]
                     familièrement, d'un homme qui se bat souvent à l'épée, qui en cherche les
                     occasions. C'est un grand ferrailleur. C'est un ferrailleur de profession »
                     (Acad. 1835).</note>. C’était pis qu’un désert. J’y vîmes jouer de grandes
                  histoires à faire dormir debout, et je pensais me démantibuler la mâchoire à force
                  de bailler. Tous les acteurs y sont enrhumés et les filles y dansent avec les
                  jupes trop courtes<note place="bottom">La robe raccourcie était le symbole du
                     dérèglement des théâtres parisiens dans l'œuvre parodique Melpomène vengée de
                     Boissy.</note>. J’aime mieux nos danses en rond que tout cela…</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S02-18">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>J’aime mieux voir les marionnettes.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-19">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Lesquelles ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-20">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Celles par exemple, où l’on joue une rapsodie<note place="bottom">Rapsodie :
                     « recueil de plusieurs passages, pensées et autorités qu'on rassemble pour
                     composer quelque ouvrage » (Furetière).</note>, Persée<note place="bottom"
                     >Carolet fait ici référence à l'une de ses parodies en un acte de l'opéra de
                     1682 Persée de Lully et Quinault, Polichinelle Persée, représentée au Jeu des
                     Marionnettes de Bienfait, à la Foire Saint-Germain en 1737.</note>, où il y a
                  un dragon vert comme pré qui veut manger une fille blanche, une femme rouge qui
                  pleure, un homme qui rit de voir sa nièce au carcan<note place="bottom">Carcan :
                     « cercle de fer avec lequel on attache un criminel par le cou à un poteau »
                     (Acad. 1694).</note>, et puis un Mercure qui vole en l’air, et pis Polichinelle
                  en tablier de brasseur<note place="bottom">Brasseur : « qui brasse de la bière »
                     (Acad. 1694).</note> qui coupe la tête à une femme plus laide qu'un diable ;
                  grand bacchanal<note place="bottom">Bacchanal : « grand bruit, tapage. Faire du
                     bacchanal. Faire bacchanal. Il est familier » (Acad. 1835).</note> dans les
                  meubles, une batterie de cuisine jetée par la fenêtre, et pis au bout de tout ça,
                  une douzaine d'estatues de plâtre qui sortent toutes chaussées et toutes vêtues du
                     mitan<note place="bottom">Mitan : « milieu ». Il est populaire (DLV).</note>
                  d’un grand jardin. Ils appellent ça un opéra contrefait.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S02-21">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Cela doit être joli. Je n' ai encore été qu’en l’optique.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-22">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>C’est une grande curiosité qui s’ouvre comme une fenêtre où on voit trotter des
                     chianlits<note place="bottom">Chienlit : « terme populaire par lequel on
                     désigne les masques qui parcourent les rues en temps de carnaval. Par
                     extension, il désigne une personne ridiculement accoutrée » (Acad.
                     1932-5).</note> comme dans la lanterne magique. On y voit le Colosse<note
                     place="bottom">Colosse : « statue d'une grandeur démesurée » (Acad.
                     1694).</note> du Rhône, le combat du carnaval, les masques de la porte
                  Saint-Antoine à Venise, la lune qui se lève, le soleil qui se couche, une bâtisse
                  au naturel, des canons qui semblent tirer deux coups à cause de la réverbération
                  du bruit.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S02-23">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Il faut voir tout cela, Monsieur Rapinet.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S02-24">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Allez chercher un carrosse. Je nous boutrons<note place="bottom">Bouter :
                     « mettre. Ce mot est vieux, et ne se dit que par le bas peuple et par les
                     paysans » (Acad. 1762).</note> dedans et puis fouette cocher ! Et vive les
                     lurons<note place="bottom">Luron : « un homme joyeux et sans souci, d'un bon
                     vivant [...] un homme vigoureux et déterminé. […] Il est populaire » (Acad.
                     1835).</note> de la halle… Ah, voilà le compère Rudepogne.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="03" xml:id="S03">
            <head>SCENE III <listPerson type="configuration" xml:id="confS03">
                  <person corresp="Rudepogne"/>
                  <person corresp="Flanchet"/>
                  <person corresp="Margot"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>RUDEPOGNE, MME FLANCHET, MARGOT</stage>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S03-01">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Bonjour, compère, êtes-vous des nôtres ce soir ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S03-02">
               <speaker>RUDEPOGNE<note place="bottom">Rude pogne : rude main, renvoie à la force du
                     poignet en picard (Adrien Thibault, Glossaire du pays blaisois, Genève,
                     Slatkine, 1970).</note></speaker>
               <p>Vantez-vous-en et du bon vent ! Tenez, jour de Dieu, je ne vous dirai pas treize
                  paroles pour un mot, mais je veux perdre mon nom de Rudepogne si je ne tords pas
                  le cou ce soir à votre gendre prétendu.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S03-03">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Pourquoi donc, s’il vous plaît ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S03-04">
               <speaker>RUDEPOGNE</speaker>
               <p>C’est que vous avez oublié que mon neveu, le passeux, vous a demandée à votre
                  mère. Il y aura, viennent les fraises, un an qu’elle vous promit, avec bien des
                  remarciements de l’honneur que mon neveu vous faisait envers votre endroit ; et
                  aujourd’hui, qu’un habit de velours vous a éberluée, vous nous baillez le croc en
                     jambe<note place="bottom">Bailler le croc en jambe : « action de supplanter
                     quelqu'un » (DGLF).</note>. Oh ! ça ne s'ra pas vrai où j’en remagnerons<note
                     place="bottom">Lecture incertaine. On retrouve ce verbe dans Polichinelle
                     censeur des théâtres (avril 1737) du même auteur. À la scène V, Margot, agacée,
                     déclare qu' « il faut remanier ce drôle-là en dessous » en parlant de
                     Polichinelle. Il signifie « manier brutalement, battre, rosser » (Charles
                     Nisard, De quelques parisianismes populaires et d’autres locutions non encore
                     ou mal expliquées, Paris, Maisonneuve, 1876, p. 189). On le retrouve encore
                     dans la comédie-parade Les Écosseuses de la Halle (1767) de Taconnet, lorsque
                     Fanchon s'exclame : « j'te r'magne un p'tit brin » (Alexander Parks Moore,
                     op-cit., p. 211).</note>.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S03-05">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Doucement. Un homme comme vous doit céder le pas à un maître d’hôtel.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S03-06">
               <speaker>RUDEPOGNE</speaker>
               <p>Je sommes pus honnête homme que trente maîtres d’hôtel.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S03-07">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Le voici. Ne dites mot. C’est un monsieur d’épée.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S03-08">
               <speaker>RUDEPOGNE</speaker>
               <p>Et je sommes de canne. Je le trépanerons<note place="bottom">Trépaner : « faire
                     ouverture au crâne avec le trépan » (Acad. 1694).</note>.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="04" xml:id="S04">
            <head>SCENE IV <listPerson type="configuration" xml:id="confS04">
                  <person corresp="Rapinet"/>
                  <person corresp="Rudepogne"/>
                  <person corresp="Flanchet"/>
                  <person corresp="Margot"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>RAPINET, RUDEPOGNE, MME FLANCHET, MARGOT</stage>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S04-01">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Le carrosse vous attend. Qu’est cet homme-là ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S04-02">
               <speaker>RUDEPOGNE</speaker>
               <p>Je m’appelle Rabat-joie. On ne m’a pas prié de la noce, mais j’en viens faire les
                  honneurs.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S04-03">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Est-ce un parent, ce brutal-là ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S04-04">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Mon Dieu, non.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S04-05">
               <speaker>RUDOPOGNE</speaker>
               <p>Je veux en découdre avec ce drôle-là à coups de poings.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S04-06">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Mais, en vérité, Monsieur, vous n’y pensez pas. Je me bats plus délicatement. Si
                  vous portiez une épée, nous pourrions nous arranger.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rudepogne" xml:id="S04-07">
               <speaker>RUDEPOGNE</speaker>
               <p>Je vas vous envoyer mon neveu. Il n’a pas d’épée, mais il vous repassera<note
                     place="bottom">Repasser : « battre, rosser, étriller, maltraiter, donner des
                     coups à quelqu'un » (Leroux).</note> avec son croc. C’est un chien qui
                  s’allonge comme une anguille. Serviteur.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S04-08">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Vous voilà débarrassé d’un grand coquin.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S04-09">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Oui, mais le croc de son neveu donne le dévoiement<note place="bottom">Dévoiement
                     : diarrhée.</note>.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S04-10">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Le voici. Sauvons-nous, Margot.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S04-11">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Suivez-nous, Monsieur Rapinet.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="05" xml:id="S05">
            <head>SCENE V <listPerson type="configuration" xml:id="confS05">
                  <person corresp="Rapinet"/>
                  <person corresp="Jaquot"/>
                  <person corresp="Pasteur"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>RAPINET, JAQUOT LE PASTEUR</stage>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S05-01">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Bellement<note place="bottom">Bellement : « doucement » (Acad. 1694).</note>,
                  bellement, Monsieur de la Rapine. J'ons deux mots à vous conter ici. Vous aimez
                  Margot et je l’aimons itou. Si vous la voulez, vous ne l’aurais qu’au bout de mon
                  croc.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S05-02">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Écoute, mon ami.</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S05-03">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Tes amis sont à la halle et les miens sur l'iau. Vous êtes trétous<note
                     place="bottom">Trétous : tous.</note> des fripons à pendre.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S05-04">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Tirons-nous d’ici. Ce drôle-là pourrait manquer de respect à mon habit de velours.
                  Allons rejoindre nos femmes.</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S05-05">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Tu fais bien de déguerpir en douceur. Mais j’aperçois notre dédaigneuse. Je vais
                  lui en dire par tous les bouts.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="06" xml:id="S06">
            <head>SCENE VI <listPerson type="configuration" xml:id="confS06">
                  <person corresp="Margot"/>
                  <person corresp="Jaquot"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>MARGOT, JAQUOT</stage>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-01">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Oh ! Te v'là, cœur de loup. C’est donc comme ça que tu t'ajustes avec moi ? En
                  épousant ce faquin<note place="bottom">Faquin : « terme de mépris et d'injure qui
                     se dit d'un homme de néant, d'un homme qui fait des actions indignes d'un
                     honnête homme » (Acad. 1694).</note> de Monsieur maître d’hôtel ? S’il est
                  jamais ton mari, laisse-moi faire.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-02">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Et que feras-tu ? Parle.</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-03">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Je l’y bouterai la face en marmelade. Je lui arracherai les dents d’un coup de
                  poing et je l’y tirerai l’âme du ventre avec mon croc. D’où vient ? Ne veux-tu
                  plus être ma femme ? Dis.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-04">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>C’est que ma mère ne le veut plus et que tu es trop grossier.</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-05">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Mornon pas de ma vie. Si j’avons l’esprit grossier, j’avons le cœur tendre. Ces
                     god'lureaux-là<note place="bottom">Godelureau : « jeune homme qui fait le
                     galant auprès des femmes » (Acad. 1694).</note> en piostent<note place="bottom"
                     >Poster : « courir çà et là avec diligence » (Acad. 1694).</note> bien quand ça
                  fait l’amour ; mais quand c’est mari, ça n’a pas un pouce d’amour de reste.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-06">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Le butor<note place="bottom">Butor : figurément, « une personne stupide » (Acad.
                     1694).</note> !</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-07">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Tu ne disais pas ça le jour que je tirâmes l'oie<note place="bottom">Tirer l'oie :
                     « une sorte d'exercice que font les bateliers, en attachant à une corde sur la
                     rivière une oie en vie, qu'ils sont obligés d'arracher par morceaux avec les
                     dents » (Acad. 1762). Alexander Parks Moore explique dans son édition qu'il
                     s'agit d'un jeu populaire dans les quartiers poissards.</note> et que du
                  premier coup de dents j’emportis toute la fressure<note place="bottom">Fressure :
                     qui se dit de plusieurs parties intérieures de quelques animaux prises
                     ensemble, comme sont le foie, le cœur, la rate et le poumon (Acad.
                     1694).</note>. Tu me trouvais bien découplé<note place="bottom">Découplé :
                     familièrement, « on dit [...] d'un jeune homme de belle taille, qu'il est bien
                     découplé » (Acad. 1694).</note> ce jour-là et je te baillis dans l’œil<note
                     place="bottom">Donner dans l'œil : « plaire », (Alexander Parks Moore, op-cit.,
                     p. 370).</note> si visiblement que toute la rivière en jasit depuis la
                     tournelle<note place="bottom">Tournelle : « petite tour » (Acad. 1694).</note>
                  jusqu’à la grenouillère<note place="bottom">Grenouillère : « lieu marécageux où il
                     y a grand nombre de grenouilles » (Acad. 1694).</note>.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-08">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Tout ça est vrai, mais Monsieur Rapinet est riche, il est poli, et tu n’es qu’un
                  sot.</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-09">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Il sera ben plus que moi, s’il t’épouse. Tu chasses de race<note place="bottom"
                     >Chasser de race : « ressembler à ses ancêtres » (DLF).</note>. Quand ta mère
                  avait ton âge, et qu’elle avisait un homme, il était plus d'à moiqué<note
                     place="bottom">Á moiqué : à moitié.</note> avalé.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-10">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>L’insolent ! N’avais-je pas là un joli amoureux ?</p>
            </sp>

            <sp who="#Jaquot" xml:id="S06-11">
               <speaker>JAQUOT</speaker>
               <p>Oh ! vraiment, il t’en faut qui voient tout et ne disent mot. Adieu. Tu ne vaux
                  pas la peine que j'assomme<note place="bottom">Assommer : « tuer avec quelque
                     chose de pesant. Assommer à coups de bâton », « battre avec excès »
                     (Acad. 1694).</note> mon rival. Il ne sera que trop tôt puni quand il portera
                  les cornes que tu m’aurais plantées, si je t’avais pris. Au revoir, chalande.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S06-12">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Quel malotru. Oh, parlez-moi d’un mari complaisant. On en fait tout ce qu’on veut.
                  J’aperçois ma mère et Monsieur Rapinet. Il ne faut pas demander si la partie de la
                  foire est rompue.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="07" xml:id="S07">
            <head>SCENE VII <listPerson type="configuration" xml:id="confS07">
                  <person corresp="Margot"/>
                  <person corresp="Rapinet"/>
                  <person corresp="Flanchet"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>MME FLANCHET, RAPINET, MARGOT</stage>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S07-01">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>A-t-il pris son parti ? Dites-le-moi sincèrement, car sans cela, je prendrai le
                  mien.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S07-02">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Vous voyez que le mérite de ma fille n’est pas petit car il voulait vous assommer
                  pour l’amour d’elle.</p>
            </sp>

            <sp who="#Margot" xml:id="S07-03">
               <speaker>MARGOT</speaker>
               <p>Allez, mon cher, ne craignez rien. Jaquot s’est fait une raison et le voilà parti
                  pour longtemps. Savez-vous bien qu’il a eu l’insolence de me dire en face qu’il
                  aimait mieux que vous fussiez cocu que lui.</p>
            </sp>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S07-04">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Je ne compte pas courir ce risque-là avec vous, belle Margot.</p>
            </sp>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S07-05">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Oh ! Pour cela, non. Ma fille fera avec vous comme j’ai fait avec son père.</p>
            </sp>

            <stage>On entend crier la curiosité.</stage>

            <sp who="#Rapinet" xml:id="S07-06">
               <speaker>RAPINET</speaker>
               <p>Puisqu’il est trop tard pour aller à la foire, je vais vous faire voir la
                  curiosité. Holà ! hé ! l’homme.</p>
            </sp>
         </div>

         <div type="scene" n="08" xml:id="S08">
            <head>SCENE VII <listPerson type="configuration" xml:id="confS08">
                  <person corresp="Margot"/>
                  <person corresp="Rapinet"/>
                  <person corresp="Flanchet"/>
                  <person corresp="Savoyards"/>
               </listPerson>
            </head>
            <stage>LES PRECEDENTS, DEUX SAVOYARDS<note place="bottom">« Paris […] attirait de jeunes
                  Savoyards qui venaient proposer leur service. Pour ramoner les cheminées, ils
                  portaient souvent une marmotte qu'ils faisaient danser parfois au son d'une vielle
                  pour obtenir un peu d'argent supplémentaire ». Ces Savoyards criaient dans la rue
                  et invitaient les gens à voir leur curiosité (Françoise Rubellin (sous la
                  direction de), op-cit., p. 34).</note></stage>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S08-01">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Allons, mes enfants, faites voir ce que vous portez. Nous vous payerons
                  grassement. Nous n’épargnerons rien aujourd’hui pour notre plaisir.</p>
            </sp>

            <sp who="#Savoyards" xml:id="S08-02">
               <speaker>LE SAVOYARD</speaker>
               <p>La curiosité ! Regardez bien attentivement<note place="bottom">Pierrot, déguisé en
                     Savoyard, va piéger le Docteur à l'aide d'une curiosité à la scène 5 de l'acte
                     I dans Arlequin fille malgré lui (1713) de Biancolelli pour permettre à Léandre
                     de remettre à Colombine la bague qui lui donnera l'apparence
                  d'Arlequin.</note>. Vous voyez la foire Saint-Germain. Que de boutiques de
                  faïenciers ! Regardez le cabaret des Treize Cantons<note place="bottom">Le cabaret
                     des Treize Cantons avait comme enseigne un aigle noir à deux têtes, dominant de
                     sa grandeur le symbole de treize cantons qui lui font une sorte de cortège.
                     Cette rue aurait donc été habitée par des négociants suisses jouissant de
                     privilèges particuliers
                     (http://lesruesdelyon.hautetfort.com/tag/treize-cantons). </note>, vous y
                  verrez un peintre à table. Il y est depuis une heure du matin et il n’est pas
                  encore gris<note place="bottom">Gris : « ivre » (Acad. 1694).</note>. Vous voyez
                  le petit homme à face riante. C’est un poète qui vient d’être chassé de
                  l’Opéra-Comique à cause de sa pièce. Regardez, dans la grande allée, le procureur
                  qui mène sa servante aux Marionnettes, et dans cette rue sombre sa femme qui va
                  voir la pantomime<note place="bottom">Pantomime : « sorte d'acteur ou de
                     personnage qui représente, qui exprime toutes sortes de choses par des gestes,
                     par des attitudes, et sans parler » (Acad. 1762).</note> avec son maître
                     clerc<note place="bottom">Maître clerc : « on appelle [...] maître clerc, celui
                     qui est le premier entre ses compagnons […] dans une étude » (Acad.
                     1762).</note>. Vous voyez cette fille de boutique du Charnier des
                     Innocents<note place="bottom">Charnier des Innocents : « le charnier des
                     Saints-Innocents, ou vulgairement des Innocents, à Paris, était une galerie
                     voûtée, entourant le cimetière du même nom, et dans laquelle on entourait ceux
                     à qui leur fortune permettait d'être séparés du commun des trépassés ». Le
                     grand marché de la Halle a été construit à l'emplacement du cimetière. En 1786,
                     l'église et le charnier des Innocents furent démolis (Dictionnaire de la
                     conversation ou de la lecture, Seconde édition, t. V, Michel Lévy, Paris, p.
                     291).</note> qui va voir l’équilibre<note place="bottom">Il s'agit là peut-être
                     d'un exercice d'équilibre par un danseur de corde. « Meunier, habile danseur de
                     corde du théâtre des Grands-Danseurs du Roi, obtenait un grand succès en 1781
                     par un exercice d'équilibre appelé « l'Équilibre de la plume » (Campardon).
                     Ainsi, la fille de boutique de Carolet s'amuserait à jouer à pile ou face pour
                     choisir l'un de ses deux amants.</note> pour apprendre à se partager entre ses
                  deux amants. Vous voyez cette jeune femme qui vient de s'évanouir. C’est la femme
                  d’un avocat qui s’est trouvée mal au combat du taureau, croyant que c'était son
                  mari qu’on mettait à mort. Oh ! Regardez le cul-de-sac de l’Opéra Comique. Vous le
                  voyez rempli de papiers par-ci, par-là. Ce sont les pièces qui sont tombées et
                  qu’on laisse là pour la commodité des passants. Regardez ce petit homme à cheveux
                  plats tout poudrés sans poudre. C’est un auteur qui va lire aux marionnettes une
                  pièce qu’on a refusée chez Colin<note place="bottom">Jean-François Colin était à
                     la fois danseur de corde et entrepreneur de spectacles aux foires. « Il
                     s'associa plus tard avec le fils de sa femme et leur troupe porta la nom de
                     Troupe des sieurs Colin Restier et fils » (Campardon, t. I, p. 207).</note>.
                  Regardez ce greffier qui va apprendre à jouer des gobelets<note place="bottom"
                     >Jouer des gobelets : « les joueurs de gibecière se servent de gobelets pour
                     faire certains tours de passe-passe. […] Joueur de gobelets » (Acad.
                     1798).</note>. Regardez deux comédiens de province qui viennent faire recrue à
                  Paris de brodeuses et de couturières. Voyez ce jeune magicien qui boit le vin du
                  marché. Regardez cet homme sec<note place="bottom">Sec : « peu charg[é] de chair »
                     (Acad. 1835).</note> couvert d’un habit rouge tirant sur le vert. C’est un
                  Gascon qui cherche à souper. Regardez le préau de la foire. Vous y voyez des
                  fiacres et dans celui-ci une femme qui va souper au Cerceau d’or et son mari qui
                  monte derrière pour la surprendre au dessert.</p>
            </sp>

            <stage>Symphonie.</stage>

            <sp who="#Flanchet" xml:id="S08-03">
               <speaker>MME FLANCHET</speaker>
               <p>Voici nos violons. Mettons-nous en train. Tiens l’ami, voilà pour boire, mais
                  auparavant danse avec ces petites Savoyardes<note place="bottom">Quatre savoyards
                     portant des petites curiosités « forment une danse comique » à la fin de l'acte
                     I dans Arlequin fille malgré lui. </note>.</p>
            </sp>

            <trailer>FIN</trailer>
         </div>
      </body>
   </text>
</TEI>
