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      <titleStmt>
        <title xml:id="AmoCenThe">L’Amour censeur des théâtres</title>
        <author>
          <surname>L’Affichard</surname>
          <forename>Thomas</forename>
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          <surname>Romagnesi</surname>
          <forename>Jean-Antoine</forename>
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          <idno type="ISNI">0000 0001 2119 3196</idno>
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          <persName>Rubellin, Françoise</persName>
        </principal>
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          <resp>Transcription (mémoire de)</resp>
          <name>Guyomard, Cécile</name>
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          <resp>Édition XML/TEI</resp>
          <name>Masson, Anaïs</name>
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          <resp>Harmonisation TEI</resp>
          <persName>Duval, Isabelle</persName>
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        <publisher>Cethefi</publisher>
        <pubPlace>Nantes, France</pubPlace>
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          <addrLine>http://cethefi.org/</addrLine>
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        <date when="2019">2019</date>
        <availability status="restricted">
          <licence target="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/4.0/"> Distribué sous la
            licence Creative Commons License - Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0
            International. Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes
            Conditions (CC BY-NC-SA). Cette licence permet de remixer, arranger, et adapter cette
            édition à des fins non commerciales tant que les auteurs du texte et de la présente
            édition numérique sont crédités, et que les nouvelles œuvres sont diffusées selon les
            mêmes conditions.</licence>
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      </publicationStmt>
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          <msIdentifier>
            <settlement>Paris</settlement>
            <repository>Bibliothèque Nationale de France</repository>
            <idno>ms. fr. 9319</idno>
          </msIdentifier>
          <head> L’AMOUR CENSEUR DES THÉÂTRE<lb/> Comédie en un acte de prose<lb/> Représentée par
            les Comédiens Italiens<lb/> 1737<lb/>
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              <locus>folios 99-115v</locus>
              <author>Thomas L’Affichard</author>
              <author>Jean-Antoine Romagnesi</author>
              <title>L’Amour censeur des théâtres</title>
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          </msContents>
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                     <layoutDesc>
                        <p>Aligné à gauche pour les répliques en prose.</p>
						<p>Les didascalies sont centrées.</p>
						<p>Les vers de vaudevilles ont un retrait en fonction du nombre de syllabes métriques qu'ils comportent.</p>
                        <p>La numérotation en TEI des pages se fait suivant la numérotation présente dans le coin haut droit de la page du manuscrit. 
                           Nous ne mentionnons pas la pagination originale (souvent rayée dans le manuscrit), mais celle du portefeuille dans lequel 
                           sont regroupées plusieurs pièces.</p>
                        <p>Le texte étant présent recto-verso la numérotation se fait de la façon suivant : 1, 1v, 2, 2v, etc. "v" correspondant à verso.</p>
                     </layoutDesc>
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                  <handDesc>
                     <p>Ecrit à la main, par le même scripteur.</p>
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               </physDesc>
               <history>
                  <origin>
                     <p>Ecrit en <origPlace>France</origPlace> au <origDate>18eme siecle</origDate>.</p>
                  </origin>
                  <provenance>
                     <p>Cette pièce a été transcrite à partir du microfilm reproduisant le manuscrit original détenu à la BnF. Microfilm acheté pour l'équipe Cethefi de Nantes, par la Bibliothèque Universitaire de Nantes.</p>
                  </provenance>
          </history>
        </msDesc>
        <list>
          <head>Titres des vaudevilles employés dans la pièce</head>
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          <item xml:id="vivent_les_gueux">
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              target="http://www.theaville.org/kitesite/index.php?r=vaudevilles/afficher&amp;ref=vivent_les_gueux"
            />
          </item>
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    <encodingDesc>
         <projectDesc>
            <p>La transcription et l'édition critique ont été réalisées dans le cadre d'un mémoire de recherche en littérature française. 
			La présente édition TEI est réalisée dans le cadre du programme ANR CIRESFI (2014-2019), mené par le Cethefi, Université de Nantes.
			Sa dernière mise à jour date d'août 2019.</p>
         </projectDesc>
         <editorialDecl>
	<correction status="high" method="silent">
		<p>L'établissement de la présente édition provient d'un travail 
		de recherche universitaire, relu et corrigé par l'enseignant en charge du
		suivi de ce travail de recherche.</p>
	</correction>
	<normalization method="silent">
		<p>L’orthographe a été modernisée.</p>
		<p>Des éléments manquants ont été rajoutés entre crochets.</p>
		<p>Les abréviations ont été développées et unifiées.</p>
		<p>Dans les vaudevilles se terminant par "etc." nous avons complété les paroles entre crochets lorsque la suite nous était connue.</p>
	</normalization>
	<punctuation marks="some">
		<p>La ponctuation a été modernisée ou ajoutée lorsque cela était nécessaire à la compréhension du texte.</p>
	</punctuation>
	<hyphenation eol="some">
		<p>Les retours de ligne sont notés avec l’élémént lb. Ils ne 
		concernent que les effet de mise en page précis, comme la page de 
		titre, ou éventuellement dans le texte, mais ne suivent pas les 
		retours à la ligne liés au format du manuscrit ou à l'écriture
		du scripteur.</p>
	</hyphenation>
</editorialDecl>
         <metDecl>
            <p>Chaque air dispose d'un identifant correspondant à son équivalent dans la base de données exploitée par le site theaville.</p>
            <p>Le nombre de syllabes métriques des vers chantés ou déclamés est spécifié.</p>
         </metDecl>
         <fsdDecl>
            <fsDecl type="caracterisationPersonnages">
               <fDecl name="age">
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						<symbol value="animal" xml:id="OCA"/>
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               </fDecl>
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        <date when="1737">1737</date>
        <rs type="city">Paris, France</rs>
      </creation>
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         </langUsage>
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            <keywords>
               <term>Comédie-Italienne</term>
               <term>Vaudevilles</term>
               <term>Acteurs</term>
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  <text>
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      <titlePage type="half-title">
        <docTitle>
          <titlePart type="main">L’AMOUR CENSEUR DES THÉÂTRE<note place="bottom">La comédie en prose
              de Carolet <hi rend="i">Polichinelle censeur des théâtres</hi> fut jouée le 10 avril
              1737, soit huit jours après <hi rend="i">L’Amour censeur des théâtres</hi>. L’adjectif
              « censeur » est employé dans le sens de juge. Le personnage de l’Amour fera en effet
              la critique de différentes pièces tout au long des seize scènes.</note></titlePart>
          <titlePart type="desc">Comédie en un acte de prose<lb/>Représentée par les Comédiens
            Italiens<lb/>1737</titlePart>
        </docTitle>
      </titlePage>
      <performance>
        <p>
          <rs type="place">Comédie Italienne, Paris</rs><date when="1737">1737</date>
        </p>
      </performance>
      <castList>
        <head>Acteurs</head>
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          <role xml:id="amour">L’Amour</role>
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        </castItem>
      </castList>
      <set>
        <p>La scène est sur le théâtre de la Comédie-Italienne.</p>
      </set>
    </front>

    <body>
      <div type="scene" n="01" xml:id="S01">
        <head>SCÈNE I<listPerson type="configuration" xml:id="confS01">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="zephire"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Zéphire</stage>

        <sp who="#zephire" xml:id="S01-01">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Puis-je demander à l’Amour où nous sommes enfin. Il y a plus d’une heure que nous
              voltigeons<note place="bottom">Référence au roman <hi rend="i">Le diable boiteux</hi>
              de Le Sage publié en 1707. Dans ce roman, un étudiant délivre le diable en cassant une
              bouteille. Celui-ci l’amène au-dessus de chaque toit de Madrid pour voir ce qui s’y
              passe. </note> sur Paris et je m’étonne que vous ayez été si longtemps à vous
            déterminer. Plusieurs temples qui vous sont consacrés vous offraient un asile où vous
            auriez été reçu comme à Cythère même. Vous avez cependant négligé de vous y arrêter.
            L’hôtel magnifique de la belle et superbe Laïs<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Laïs</hi> : noms d’une courtisane ou hétaïre de Grèce antique. (Claudine
              Charbonnier, « La courtisane de Plaute à Ovide », <hi rend="i">Bulletin de
                l’Association Guillaume Budé : Lettres d’humanité</hi>, nº28, décembre 1969, pp.
              451-550).</note> n’a seulement pas fixé vos regards. Je me suis imaginé que le grand
            bruit vous effrayait, et que sa cour nombreuse vous empêchait d’entrer chez elle. À
            quelques pas de là, nous avons découvert la maison de la prude Araminte, séjour du
            silence et du secret, séjour où vos plaisirs sont d’autant plus vifs que le mystère les
            dérobe à la médisance ; point du tout, vous n’y descendez pas encore, l’amour ne veut
            être ni petit‑maître<note place="bottom"><hi rend="i">Petit-maître</hi> : « Les
              petits-maîtres, jeunes gens débauchés, aux manières libres, insolents avec les femmes,
              désireux d’être remarqués, sont depuis la fin du XVII<hi rend="sup">e</hi> siècle la
              cible de la satire. » (Françoise Rubellin, <hi rend="i">Théâtre de la foire</hi>,
              p.291).</note>, ni abbé ; voilà pourtant ses formes naturelles. Je ne vous parlerai
            point des autres lieux que nous avons dédaignés et qui en effet méritaient de l’être ;
            mais, pourquoi avoir passé comme un trait sur la Comédie-Française et même sur
            l’Opéra ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-02">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>C’est que je voulais descendre à la Comédie-Italienne.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-03">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Comment ! Nous y sommes donc ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oui, mon cher Zéphire.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-05">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Et qu’y<note place="bottom">Ms : « qui venez-vous faire ».</note>venez-vous faire, il
            n’y a jamais personne.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-06">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Belle raison, j’y ferai venir du monde.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-07">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Vous aurez bien de la peine.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-08">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Pas tant que tu te l’imagines, j’ai fait une pièce pour ce théâtre-là.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-09">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Une pièce ! L’Amour auteur ! Il ne sait donc plus que faire ? Fils de Vénus, renoncez à
            ce projet ; maître absolu du monde entier voulez-vous vous exposer à en devenir la
            risée ? Lancez vos traits, croyez moi, c’est votre métier et ne faites point comme tant
            d’autres, qui ont jeté un ridicule sur une profession qu’ils exerçaient avec honneur,
            pour y avoir joint la qualité de poète.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-10">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Songes-tu que tu parles à un dieu toujours sûr de son fait ?</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-11">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Oui, quand il s’agit de savoir le faible du cœur humain ; voilà un grand effort ! De
            moins habiles que vous y réussiraient de même. La moindre passion a le même avantage ;
            mais vous verrez comme on vous recevra quand vous parlerez à l’esprit.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-12">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Bon, bon, l’esprit a son faible comme le cœur.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-13">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Si le parterre vous siffle, quelle honte !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-14">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je me vengerai de lui en détail, l’amant qui se croit seul aimé de sa maîtresse sera
            averti de toutes ses infidélités. Je dépouillerai l’amoureux de son amour-propre et je
            forcerai le mari à devenir amoureux de sa femme<note place="bottom">Allusion à la pièce
              de Nivelle de la Chaussée jouée le 3 février 1735, <hi rend="i">Le Préjugé à la
                mode</hi>, dans laquelle l’auteur se moque de l’idée selon laquelle un homme de
              naissance ne pourrait pas être amoureux de sa femme. </note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-15">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Quel désordre ! Ma foi, messieurs, battez des mains c’est le plus court mais votre
            gloire en sera-t-elle moins ternie ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-16">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Non, te dis-je, je vais traiter un genre où le plus fade auteur n’est jamais tombé.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-17">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Cela fait honneur à ceux qui l’ont saisi.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-18">
          <speaker>L’Amour </speaker>
          <p>Ce n’est pas leur faute. Il réjouit le public. Ils sont obligés de l’employer et en
            vérité le public a raison. La critique est l’âme de la société, le</p>
          <p>premier mobile des spectacles, sous le nom de morale, et le lieu commun des Bigots,
            sous le nom de charité !</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-19">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>C’est donc une pièce critique que vous allez donner ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-20">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oui, et je ne puis mieux la placer qu’ici, car enfin les comédiens italiens ont beau
            faire, ils ne détruiront point le préjugé qui les restreint au comique, chez eux
            l’intérêt du cœur glisse<note place="bottom"><hi rend="i">Glisser sur</hi> : « passer
              légèrement sur quelque matière » (Acad. 1694).</note> sur celui des spectateurs et il
            faudra qu’ils tombent au moins encore une douzaine de fois avant que de faire goûter
            l’intéressant et le raisonnable.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-21">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Vous faites tort au public.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-22">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Aucun, c’est la faute des acteurs.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-23">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Ah bon ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-24">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Mais en revanche la prévention parle en leur faveur dans le genre satirique ; et je
            veux les mettre en état de profiter de leurs avantages.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-25">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>D’où vous vient cette inclination pour eux ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-26">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>De ma vanité, y a-t-il rien de plus flatteur que de remettre en vogue un spectacle
            abandonné ?</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-27">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Voilà un trait d’auteur. Il fallait donc vous y prendre plus tôt, il ferme dans huit
              jours<note place="bottom">En réalité, la Comédie-Italienne ferma après la
              représentation du samedi 6 avril, soit 4 jours après la première représentation.
            </note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-28">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>J’en serais peut-être la dupe<note place="bottom"><hi rend="i">Être la dupe d’une
                affaire</hi> : ne pas y trouver son compte (Acad. 1762).</note> si je la donnais
            pour plus longtemps.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-29">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Peut-on demander à l’Amour quel est le plan et la conduite de la pièce ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-30">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Elle n’en a point.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-31">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>On ne vous reprochera pas d’avoir mal suivi les règles. Je reconnais l’Amour, ni plan,
            ni conduite. De quoi traite-t-elle enfin ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-32">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>De je ne sais combien de folies qu’on m’a fait faire en cet automne et cet hiver sur
            les théâtres. J’y ai été maltraité on ne peut</p>
          <p>pas plus. Je passe sous silence tous les affronts que je reçois dans le monde, mais, je
            ne saurais les souffrir aux spectacles qui sont mes vrais domaines, c’est là qu’il faut
            qu’on me représente dignement, pour la forme du moins, et je veux me venger des auteurs
            qui m’y ont défiguré.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-33">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Ce projet n’offre rien de flatteur à mon imagination et si votre critique ne roule<note
              place="bottom"><hi rend="i">Rouler</hi> : se dit figurément du « point principal » de
              « l’affaire principale dont tout le reste dépend » (Acad. 1694).</note> que là‑dessus
            elle pourra devenir ennuyeuse.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-34">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Nous l’égayerons par des petites observations sur les mœurs et sur les caractères, ne
            te mets pas en peine, charge-toi du divertissement, voilà tout ce que je te demande.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-35">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Dans quel goût le faut-il ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-36">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Si tu pouvais nous en avoir un pantomime<note place="bottom">La pièce était suivie d’un
              divertissement en pantomime composé par M. Deshayes (voir notice).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-37">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Mais on dira que vous parodiez la foire ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-38">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>On aura tort puisqu’il y a longtemps que l’on en donne ici.</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-39">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Comment sera-t-il amené ce divertissement ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-40">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Y prend-on garde dans une pièce sans intrigue ?</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-41">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Nous le ferons venir comme à l’Opéra. Et quand votre pièce commence-t-elle ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S01-42">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Elle est commencée, ne vois-tu pas que nous venons de faire l’exposition ?</p>
        </sp>
        <sp who="#zephire" xml:id="S01-43">
          <speaker>Zéphire</speaker>
          <p>Cela étant, je me retire, il ne faut pas qu’elle soit longue. Oh, la plaisante
            pièce !</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="02" xml:id="S02">
        <head>SCÈNE II<listPerson type="configuration" xml:id="confS02">
            <person corresp="amour"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour</stage>

        <sp who="#amour" xml:id="S02-01">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Les discours de Zéphire ne laissent pas que de me faire quelque impression. Un trouble
            soudain m’agite. Éloignons ces craintes il serait beau vraiment qu’un parterre français
            sifflât l’Amour.</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="03" xml:id="S03">
        <head>SCÈNE III<listPerson type="configuration" xml:id="confS03">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="bruyante"/>
            <person corresp="agathine"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Bruyante, Agathine</stage>


        <sp who="#amour" xml:id="S03-01">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ah ! Ah ! Ce sont les fées. Eh ! Mesdames, que venez-vous faire ici, vous n’y êtes
            point mandées.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-02">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>C’est pour cela que nous y venons. Vous êtes fort plaisant M. l’Amour.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-03">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous ne l’êtes guère, mesdames.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-04">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Nous venons d’apprendre que toutes les pièces qui se sont données doivent avoir place
            dans votre mauvaise comédie, et que vous n’y parlez point des fées.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-05">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Que voulez-vous que j’en dise ?</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-06">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Tout ce qu’il vous plaira, mais qu’il y soit fait mention de nous à bon compte.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-07">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Il y a moyen de vous contenter.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-08">
          <speaker>Agathine </speaker>
          <p>Monsieur nous traite comme une tragédie tombée, il ne nous fait pas l’honneur de nous
            parodier.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-09">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Dussions-nous nous parodier nous-mêmes, il ne sera pas dit qu’on ne parlera pas de
            nous.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-10">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Comment faire avec les auteurs ? Ils font des préfaces contre les parodistes et
            prennent à la gorge ceux qui ne parlent point de leurs ouvrages.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-11">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>C’est que le silence est plus insultant que la critique.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-12">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Mais s’il fallait parler de toutes les pièces tombées, je n’aurais jamais fait.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-13">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Tombées ! Les fées tombées ! Elles ont soutenu sur le théâtre toutes les chaleurs de
              l’été.<note place="bottom">En effet, la pièce des<hi rend="i"> Fées</hi> a eu un grand
              succès puisqu’elle fut représentée à l’Hôtel de Bourgogne plusieurs fois à partir du
              14 juillet 1736, avec un public très important, allant jusqu’à 665 personnes le 16
              juillet selon Nathalie Rizzoni dans l’article « <hi rend="i">Les Fées</hi> de
              Romagnesi et Procope-couteaux (1736) entre Perrault et Marivaux ». Les registres de la
              Comédie-Italienne relèvent vingt représentations durant l’été 1736, une en octobre,
              trois en janvier et une en février 1737.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-14">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>La salamandre est un animal si froid qu’il vit dans le feu.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-15">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Mauvaise pointe. On voit bien que vous êtes auteur de fraîche date. Elles ont été
            jouées plus de vingt fois.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-16">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Il ne tenait qu’aux comédiens de les jouer quarante.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-17">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Avec du monde.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-18">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Et vous qui parlez, ni dénouez-vous pas l’intrigue ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-19">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Bon, elles ne me font paraître qu’à la dernière scène.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-20">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>N’êtes-vous pas l’unique ressort de la pièce ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-21">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Me voilà bien avancé. Je rends un homme d’esprit amoureux d’une bête et une jeune fille
            amoureuse d’un objet hideux, le bel assemblage !</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-22">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Nous n’avons fait que ce que vous faites tous les jours vous-même. Mais ne nous
            tenez‑vous aucun compte du soin que nous prenons pour guider le spectateur à
              l’intérêt<note place="bottom">Le terme est à comprendre dans le sens dramatique, ce
              « qui intéresse les spectateurs par les situations et les sentiments » (Acad.
              1762).</note> ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-23">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <stage>Baîlle</stage>
          <p>Oui, cela est fort amusant.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-24">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Comment, vous baillez !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-25">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je vous demande pardon, je croyais être à la pièce.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-26">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Y a-t-il rien de plus fin, de plus ingénieux que de donner de l’esprit à une fille pour
            la rendre amoureuse ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-27">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je sais le contraire. C’est l’amour qui donne de l’esprit aux filles<note
              place="bottom">Référence au conte grivois de La Fontaine « Comment l’esprit vient aux
              filles » dans lequel une jeune fille demande à un prêtre de lui donner de l’esprit. Le
              religieux accepte et la déflore. La Fontaine poursuit ainsi <hi rend="i">« Lise lui
                fait une humble révérence / Et s’en retourne en songeant à cela. / Lise songer !
                Quoi ? Déjà Lise songe ? / Elle fait plus : elle cherche un mensonge, / Se doutant
                bien qu’on lui demanderait, / Sans y manquer, d’où ce retard
            venait. »</hi></note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-28">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Et de plus,[de]<note place="bottom">Nous supposons qu’il s’agit de la suite de la
              question de Bruyante.</note>donner le pouvoir à une princesse de rendre beau son amant
            quand elle l’aimera ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-29">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Quel galimathias<note place="bottom"><hi rend="i">Galimathias</hi> : « discours
              embrouillé et confus » (Féraud).</note> ! L’amour a-t-il besoin d’être beau quand il
            est aimé ? Allons, cessez de me vanter votre misérable conte de <hi rend="i">Riquet à la
              houppe</hi>. C’est bien avec cela qu’on amuse le public ! Le prenez-vous pour un
            enfant ? Croyez-moi, félicitez-vous de n’avoir pas été sifflées mais ne vous flattez pas
            d’avoir réussi.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-30">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Quel insolent, ma commère !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-31">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous vouliez qu’on parlât de vous, j’en parle, comme vous voyez.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-32">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Hé bien ! Nous avons un sujet plus susceptible de réussir. Je vais vous le détailler.
            Il y avait une fois…</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-33">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Quartier<note place="bottom"><hi rend="i">Quartier</hi> : abréviation de l’expression
              « demander quartier » qui signifie « demander grâce » (Acad. 1762).</note> ! Quittez
            les vieilles routes, vous pouvez vous transformer, tout ne gît<note place="bottom"><hi
                rend="i">Gît</hi> : signifie familièrement « consiste » (Acad. 1762).</note> que
            dans la façon de s’habiller, mettez-vous à la mode, on vous prendra pour neuves.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-34">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Ce serait nous masquer. Irons-nous prendre les formes du temps, serons-nous vaines,
            babillardes, galantes ou prudes ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-35">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous aimez mieux être merveilleuses. Qu’un coup de baguette est spirituel !</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-36">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Oh, le mauvais railleur ! Nous ne nous sommes servies du merveilleux que pour faire
            briller les coups de l’art avec plus d’éclat. Tout dans notre pièce est ménagé<note
              place="bottom"><hi rend="i">Ménager</hi> : « conduire, manier avec adresse » (Acad.
              1762).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-37">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Jusqu’à l’esprit.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-38">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Tout y est conduit avec prudence.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-39">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Il y a de l’intérêt, du plaisant…</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-40">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Et du puéril. Le beau prince Lisandre<note place="bottom">Nous rappelons que le neveu
              de la fée Bruyante, le prince Lisandre, est beau mais terriblement
            stupide.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-41">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>L’intrigue est claire.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-42">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Bien développée.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-43">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Et ennuyeuse.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-44">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Tout en a plu, jusqu’au divertissement.<note place="bottom">Le Mercure de France de
              juillet 1736 rend compte du succès du divertissement des Fées : « Il ne nous reste
              plus qu’à parler de la fête par laquelle cette pièce est terminée ; les auteurs ne
              pouvaient mieux assurer leur gloire. ».</note></p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-45">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oui, les oiseaux et les barbets n’ont pas laissé que de faire valoir la pièce.</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-46">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Et le vaudeville.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-47">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="9">Tout roule aujourd’hui dans le monde</l>
            <l met="9">Sur l’esprit et sur la beauté.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-48">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oh oui ! Il est fort joli. À propos, vous a-t-on fait part d’un couplet qui roule sur
            la fausseté de votre refrain ?</p>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-49">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Non, qui pourrait avoir eu cette insolence !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-50">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>En effet, il est si respectable !</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-51">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Voyons, je vous prie.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-52">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <stage>[même air]</stage>
          <lg type="song">
            <l met="8">Monsieur l’auteur que Dieu confonde<note place="bottom"><hi rend="i">Confondre</hi> : « Troubler, mettre en désordre, couvrir de honte » (Acad. 1694).
              </note>,</l>
            <l met="8">Si vous aviez bien commenté,</l>
            <l met="8">L’ancien conte de Joconde<note place="bottom">Le conte de <hi rend="i">Joconde</hi> écrit par Jean de La Fontaine en 1664 raconte l’histoire de deux hommes cocus, le comte de Joconde et le roi. L’épouse du premier le trompe avec un valet, et celle du second avec un nain. À la fin du conte, ils finissent par revenir auprès de leur épouse et reprennent une vie normale, en feignant d’ignorer l’infidélité de celles-ci. Le parallèle avec ce conte discrédite ainsi le refrain du vaudeville. </note>,</l>
            <l met="8">Vous n’auriez pas tant répété<note place="bottom">Le refrain est répété six fois dans le vaudeville final. </note> :</l>
            <l met="8">Tout roule aujourd’hui dans le monde,</l>
            <l met="8">Sur l’esprit et sur la beauté.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#agathine" xml:id="S03-53">
          <speaker>Agathine</speaker>
          <p>Ah ! Que cela est beau ! L’ancien conte de Joconde, quelle érudition !</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-54">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>La sotte exception d’une règle si aimable.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S03-55">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Adieu, mesdames.</p>
        </sp>
        <sp who="#bruyante" xml:id="S03-56">
          <speaker>Bruyante</speaker>
          <p>Votre servante.</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="04" xml:id="S04">
        <head>SCÈNE IV<listPerson type="configuration" xml:id="confS04">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="croupignac"/>
            <person corresp="fier"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Madame de Croupignac, Fier-en-fat</stage>

        <sp who="#amour" xml:id="S04-01">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Voilà deux folles qui sont venues bien mal à propos suspendre l’intérêt de ma pièce.
            Ah ! Madame de Croupignac et son funeste sénéchal. Il ne nous faudrait plus que M.
            Rondon.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-02">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Tu viendras au tribunal de l’Amour. Je veux qu’il juge notre différend. Approche.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-03">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Bon, bon, il s’agit bien d’amour entre gens comme nous.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je ne crois pas lui être plus connu que la probité !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-05">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Amour, écoute ma plainte ! Condamne ce malheureux juge de balle<note place="bottom"><hi
                rend="i">Juge de balle</hi> : expression vient du jeu de paumes, « homme sans
              capacité, sans valeur » (Littré). Le dictionnaire donne un exemple de Montfleury dans
                <hi rend="i">La Femme juge et parti</hi> de 1669<hi rend="i"> : « En effet, ce petit
                juge de balle est fier »</hi>.</note>, je l’aime et je n’ai que cet époux prétendu,
            ne suis-je pas bien malheureuse d’être restreinte à si peu de chose et de le
            perdre ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-06">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Mais c’est un gain qu’une telle perte<note place="bottom">Cette phrase est issue d’un
              dialogue entre M. Rondon et Euphémon père à propos de la mort prétendue du fils de ce
              dernier. </note>. Avez-vous des assurances de son amour ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-07">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Oui, j’ai du perfide une promesse de mariage.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-08">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Chanson<note place="bottom"><hi rend="i">Chanson</hi> : fig. « sornette, discours qui
              n’est point vrai, ou qui ne sert à rien, raison impertinente » (Acad.
            1694).</note> !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-09">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ah ! Je te ferai chanter.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-10">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Du temps que j’avais un frère, vous m’étiez de quelque ressource, vous fournissiez à
            mes besoins et je vous aimais par nécessité !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-11">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>C’est-à-dire que tu faisais l’amour à mon argent<note place="bottom">Reprise des propos
              de Madame de Croupillac à Lise dans la pièce, au sujet de Fier-en-fat : <hi rend="i"
                >« Bien malhonnête, hélas ! bien outrageant ; / Car il faisait l’amour à mon
                argent »</hi>.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-12">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Rien de plus raisonnable que de chercher le bien. Lise en a plus que vous, je l’épouse,
            qu’il s’en présente une autre qui en ait plus qu’elle, vous verrez si je ne l’épouse
            pas.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-13">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous aimez donc bien l’argent ?</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-14">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Autant que l’aime mon futur beau-père.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-15">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Les jolis caractères !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-16">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Nous plaiderons, M. le sénéchal. Je vais te faire un bon procès, j’y mangerai mon
            château, mon ménage, et le procès sera fait de manière que nos petits enfants n’en
            verront pas la fin.<note place="bottom">Dans L’Enfant prodigue, Madame de Croupillac
              dit : « J’y mangerai mon château, mon douaire ; / Et le procès sera fait de manière /
              Que vous, son père, et les enfants que j’ai, / Nous serons morts avant qu’il soit
              jugé ». Ces propos sont tournés en dérision de manière à les rendre incohérents.
            </note></p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-17">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Vous voulez dire les petits enfants de nos juges ? Car si nous [nous] marions, le
            procès sera fini et si nous ne nous marions pas, nos petits-enfants ne verront jamais le
            jour.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-18">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Voilà la première fois qu’il a le sens commun, encore n’est-ce pas aux dépens de
            l’auteur ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-19">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>M. le sénéchal sait tirer des conséquences.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-20">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Vraiment, on juge.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-21">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>J’ai ta promesse et je t’épouserai mort ou vif.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-22">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>J’aurai la dot de Lise ou le diable m’emporte !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-23">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Peut-on descendre à de si basses querelles ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-24">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>C’est du comique.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-25">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Et du plus noble.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-26">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>C’est Monsieur qui l’a mis à la mode. La brutalité, l’avarice, la mauvaise foi et
            l’ingratitude sont ses vertus favorites.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-27">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>L’étourderie, l’impertinence, l’effronterie même sont les agréments que Madame voudrait
            m’apporter en dot. Belle ressource !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-28">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Si vous voulez vous dire toutes vos vérités, vous ne sortirez d’aujourd’hui !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-29">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>J’étais bien aveugle de me ruiner pour ce petit monstre. Ton frère me vengera de ta
            perfidie.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-30">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Oh, je l’en défie ! Mon père vient d’apprendre qu’il est à l’extrémité dans un hôpital.
            Il est à présent enterré et je suis vivant.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-31">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Dans un hôpital ? Cela est touchant ; mais connaissez-vous cet homme tout déguenillé
            qui s’avance ?</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S04-32">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Non, ni ne veux le connaître.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-33">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Et vous ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S04-34">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Ni moi non plus, mais j’en suis curieuse.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S04-35">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Éloignez-vous. Je vous ferai signe de revenir quand il en sera temps.</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="05" xml:id="S05">
        <head>SCÈNE V<listPerson type="configuration" xml:id="confS05">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="enfant"/>
            <person corresp="croupignac"/>
            <person corresp="fier"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, L’Enfant prodigue, [Croupignac, Fier-en-fat]</stage>

        <sp who="#enfant" xml:id="S05-01">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <lg type="song">
            <stage type="metamelodie" ana="#vivent_les_gueux"/>
            <l met="7">Et la grivoise avec eux,</l>
            <l met="4">Vive les gueux<note place="bottom">Air nommé également « Vivent les gueux »
                sur le site <hi rend="i">theaville</hi>. L’air est déjà attesté en 1721 puisqu’il se
                trouve dans la base de mélodies du <hi rend="i">TFLO</hi>.</note> !</l>
          </lg>
          <p>Une petite charité s’il-vous-plaît ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-02">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Allons, allons, libertin, travaillez, vous êtes assez fort !</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-03">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Je suis un enfant de famille qui ne sait aucun métier.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Comment ! Vous ne savez ni lire ni écrire ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-05">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Pardonnez-moi, mais je suis paresseux.<note place="bottom">Le personnage de l’Enfant
              prodigue est rendu stupide dans la parodie. Romagnesi et L’Affichard s’emploient à
              faire de lui un personnage inintéressant, paresseux. Dans la pièce de Voltaire,
              Euphémon fils sait tout de même lire et écrire.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-06">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ne seriez-vous point l’Enfant prodigue ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-07">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Vous devez me reconnaître à mon équipage.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-08">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>C’est à quoi je devrais vous méconnaître<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Méconnaître</hi> : « ne pas reconnaître » (Littré).</note>. Osez-vous bien vous
            présenter dans l’état où vous voilà ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-09">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>On m’a fagoté ainsi pour exciter la compassion.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-10">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>On ne vous a pas fait un habit à votre taille. Quoi ! Un enfant de famille ne peut-il
            être malheureux que plongé dans la basse misère ? On pouvait vous montrer dans une
            situation aussi triste et plus noble, vous auriez excité la compassion sans inspirer le
            mépris. Mais le bruit de votre mort est répandu partout, comment vous trouvez-vous
            ici ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-11">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>La jeunesse revient de loin.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-12">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cette raison me ferme la bouche. Je vous quitte<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Quitter</hi> : « exempter, affranchir, décharger » (Acad. 1694).</note> des
            autres.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-13">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Vous êtes bien bon.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-14">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Mais, n’avez-vous pas un compagnon de fortune ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-15">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Oui, mon valet qui me cherche condition.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-16">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Il n’a donc guère bonne opinion de vous ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-17">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>C’est qu’il ne sait pas qui je suis.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-18">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Fort bien, mais s’il la trouve, vous la refuserez sans doute.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-19">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Oh, non ! Je crois qu’il me fera laquais de mon père, ou de mon frère, il n’y a pas de
            déshonneur à servir ses parents.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-20">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cela est tout à fait joli. Vous méritez bien vos malheurs.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-21">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Que voulez-vous ? Je suis d’un caractère indécis que l’occasion détermine, si j’avais
            été toujours dans la fortune, j’aurais toujours été dissipateur, libertin, superbe, fou,
            coquet ; je me trouve dans l’indigence et je suis sans cœur, sans résolution et sans
            vanité !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-22">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Voilà ce qui s’appelle s’accommoder au temps<note place="bottom"><hi rend="i"
                >S’accommoder au temps</hi> : « conformer son esprit, son humeur » (Acad.
              1694).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-23">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Mais où suis-je s’il-vous-plaît ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-24">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Sur le grand chemin à une demie lieu de Cognac.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-25">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Cognac ! C’est le lieu de ma naissance, je devrais bien le reconnaître.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-26">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous avez autre chose dans l’esprit.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-27">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Nous sommes sur le grand chemin et voilà des fauteuils<note place="bottom">Cette
              réplique n’est pas en lien avec le texte de <hi rend="i">L’Enfant prodigue</hi>. Nous
              supposons qu’il s’agit d’un commentaire méta-théâtral mettant en exergue l’espace
              scénique. D’ailleurs, dans une estampe de la pièce à l’acte V scène VI (disponible sur
                <hi rend="i">Cesar</hi>), un fauteuil est représenté. Cela indique donc que des
              fauteuils étaient bel et bien utilisés pour la pièce de l’<hi rend="i">Enfant
                prodigue</hi>.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-28">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>C’est que l’on attend compagnie et tenez, en voilà une qui vous vient, connaissez-vous
            cette dame ?</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-29">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Oui, c’est la Croupignac, je l’ai connue à Angoulême.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-30">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cet homme est Fier-en-fat, votre frère.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-31">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Ne me découvrez pas si tôt. Je serai bien aise d’apprendre de mes nouvelles.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-32">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Tenez Madame, voilà un jeune seigneur qui voyage pour son plaisir comme vous voyez et
            qui est curieux de savoir ce qui se passe dans ce pays‑ci.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-33">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Quelle figure !</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-34">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Madame, puisque je vous vois avec Monsieur, j’ose espérer que vous me donnerez des
            nouvelles de son frère ?</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-35">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>De quoi s’embarrasse cet animal là ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-36">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Tu t’adresses mal, mon enfant, je n’en sais rien et tu t’informes là </p>
          <lg type="song">
            <l met="10">D’un garnement de débauche perdu,</l>
            <l met="10">Et qui peut-être [est]à présent pendu.<note place="bottom">Les paroles sont
                très proches d’un passage de l’Enfant prodigue : « Depuis longtemps de débauches
                perdu / Et qui peut-être est à présent pendu ». Ms. erreur dans le manuscrit,
                l’ajout est justifié par un souci d’équilibre métrique et par le parallèle avec le
                vers de Voltaire cité ci-dessus.</note></l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-37">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous appelez ça du comique<note place="bottom">Dérision du genre de la pièce, nous
              rappelons que <hi rend="i">L’Enfant prodigue</hi> est une comédie en cinq actes et en
              vers.</note> ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-38">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Comme le reste.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-39">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Messieurs, embrassez-vous, vous êtes les deux frères.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-40">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Je le renonce<note place="bottom"><hi rend="i">Renoncer</hi> : « renier, détester,
              déclarer qu’on n’a jamais eu ou qu’on ne veut plus avoir de relation avec quelqu’un,
              avec quelque chose » (Acad. 1694).</note> et je ne le reconnaîtrai que quand il sera
            mort.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-41">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Quoi ! Seriez-vous assez dénaturé ?</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-42">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Je ne l’ai jamais vu, je ne suis pas obligé de l’aimer.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-43">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Quoi ! Vous êtes Euphémon ? Ah ! Que j’en suis charmée tu n’épouseras plus ta Lise
            petit magot<note place="bottom"><hi rend="i">Magot</hi> : « espèce de gros singe »
              (Acad. 1694).</note> !</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-44">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Lise, ah ! Je me ressouviens de l’avoir aimée autrefois, est-elle ici ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-45">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Sans doute.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-46">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Ah, que je voudrais bien la voir !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-47">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Bon, si elle paraissait vous prendriez la fuite.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-48">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Vous avez raison ; mais ne voyez-vous pas ma finesse, je m’enfuirais parce que je ne
            suis pas en habit décent.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-49">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Ah, Le petit malin !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-50">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Voilà une crainte qui ne lui fait pas honneur.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-51">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Peste soit du frère !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-52">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Je vois bien qu’il faudra qu’il m’en coûte le louage d’un habit de friperie, car nous
            n’avons pas le temps d’en faire faire un neuf, mais à condition que tu enlèveras Lise à
            ton frère.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-53">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>La jolie mignonne !</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-54">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Tu n’y es pas mon cher chevalier, tu te jetteras aux genoux de Lise.<note
              place="bottom">C’est ce que fait l’Enfant prodigue à la scène III de l’acte
            IV.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-55">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Que lui dirai-je pour raison ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-56">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Que tu te feras soldat.<note place="bottom">La scène est totalement dédramatisée et
              l’Enfant prodigue infantilisé. Dans la scène citée précédemment, il dit à Lise : « Je
              vais chercher le trépas à la guerre, / Changeant de nom aussi bien que d’état. / Avec
              honneur je servirai soldat. / Peut-être un jour le bonheur de mes armes / Fera ma
              gloire et m’obtiendra vos larmes. ».</note></p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-57">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Elle me demandera pourquoi je ne le suis pas déjà.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-58">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Elle n’y regardera pas de si près, elle te rendra son cœur, obligera ton père à te
            pardonner toutes tes fredaines<note place="bottom"><hi rend="i">Fredaine</hi> : « tour
              de ruse » (Jean Nicot, <hi rend="i">Le thresor de la langue française</hi>,
              1606).</note>. La scène fera de l’effet<note place="bottom">Grâce au Mercure de France
              d’octobre 1736, nous savons de la pièce que « le public lui fît un accueil très
              favorable, et [que] les représentations suivantes ont confirmé ce premier
              succès. ».</note>, je t’en réponds, je défie à la tragédie d’avoir plus de
              pathétique<note place="bottom">Ms. « à tragédie ».</note>. C’est bien dommage qu’elle
            soit en si mauvaise compagnie.</p>
        </sp>
        <sp who="#enfant" xml:id="S05-59">
          <speaker>L’Enfant prodigue</speaker>
          <p>Je crains mon père.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-60">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Va, va, dans le fond tu n’es pas si coupable, tu n’as fait que des</p>
          <p>mièvretés<note place="bottom"><hi rend="i">Mièvreté</hi> : « tour de malice que fait un
              enfant qui est mièvre » (Acad. 1694).</note>. Ton père te pardonnera.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-61">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Nous y mettrons empêchement. Tu seras exhérédé<note place="bottom">Exhéréder : vient de
              exhaeredare « déshériter » (Jean Nicot, Le thresor de la langue française,
              1606).</note>. Je gouverne le bonhomme.</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-62">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Lise le fera pleurer, elle l’emportera.</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-63">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Qui épouserai-je donc ?</p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-64">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Moi, mon petit cœur, j’aurais le plaisir de m’entendre appeler Madame la sénéchale de
            Fier‑en‑fat. J’entendrai murmurer : la voilà !</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-65">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>Mais quand j’examine au large<note place="bottom">C’est une citation de la pièce.
              Fier-en-fat dit à Lise « Vous entendrez murmurer : « La voilà. » / En vérité, quand
              j’examine au large, / Mon rang, mon bien, tous les droits de ma charge, / Les
              agréments que dans le monde j’ai, / Les droits d’aînesse où je suis subrogé, / Je vous
              en fais mon compliment, madame. ». La reprise de la première partie de la citation par
              Madame de Croupignac crée un effet comique dans la mesure où elle n’est pas celle qui
              aurait dû prononcer ces paroles.</note> …</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S05-66">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oh, finissez !</p>
        </sp>
        <sp who="#fier" xml:id="S05-67">
          <speaker>Fier-en-fat</speaker>
          <p>J’aurai du moins le plaisir de venir gâter la belle scène avec des archers.<note
              place="bottom">Dans la scène VII de l’acte IV, Fier-en-fat arrive avec des sergents
              pour arrêter celui qu’il ignore être son frère.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#croupignac" xml:id="S05-68">
          <speaker>Madame de Croupignac</speaker>
          <p>Oui, tu as raison, il faut finir comme on a commencé, viens mon pauvre chevalier, viens
            guetter Lise sur le grand chemin, cela fera une reconnaissance des plus intéressantes
            pour les passants.</p>
          <lg type="song">
            <l met="5">Quand tous les gueux dansent,</l>
            <l met="12">Les guenilles, les guenilles [les guenilles]vont,</l>
            <l met="5">[Quand tous les gueux dansent,</l>
            <l met="10">Les guenilles, les guenilles vont au vent].<note place="bottom">L’origine
                du refrain n’est pas connue. Toutefois, la pièce <hi rend="i">La comédie de
                  chansons</hi> de 1640 d’un auteur anonyme emploie ce vaudeville dans la dernière
                scène consultée sur internet le 7 janvier 2015. La pièce se trouve dans un ouvrage
                collectif (<hi rend="i">Le théâtre français au XVI<hi rend="sup">e</hi> siècle et au
                    XVII<hi rend="sup">e</hi> siècle</hi>, Genève, Slatkine, janvier 1970.)
              </note></l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="06" xml:id="S06">
        <head>SCÈNE VI<listPerson type="configuration" xml:id="confS06">
            <person corresp="amour"/>
          </listPerson>
        </head>
        <sp who="#amour" xml:id="S06-01">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Que de beautés, mais que de défauts !</p>
          <lg type="song">
            <l met="10">Qu’il soit caché, qu’il se fasse connaître,<note place="bottom">Nous
                rappelons que Voltaire ne s’est pas encore fait connaître comme l’auteur de l’<hi
                  rend="i">Enfant prodigue</hi>. </note></l>
            <l met="10">Jamais auteur ne fut plus singulier,</l>
            <l met="10">S’il a commis des fautes d’écolier,</l>
            <l met="8">Il a frappé des coups de maître.</l>
          </lg>
          <p>Que me veulent ses paysans ? Ah c’est la fille arbitre travestie.</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="07" xml:id="S07">
        <head>SCÈNE VII<listPerson type="configuration" xml:id="confS07">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="perrette"/>
            <person corresp="thibault"/>
            <person corresp="lucas"/>
            <person corresp="mathurin"/>
            <person corresp="esperance"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Perrette, Thibault, Lucas, Mathurin, l’Espérance<note place="bottom">Les
            noms des personnages dans la parodie correspondent dans la pièce à M<hi rend="sup"
              >elle</hi> Robinson pour Perrette, M. Sterlin pour le Chevalier, M. Robinson pour
            Thibault et Clitandre pour l’Espérance. Les personnages de Lucas et Mathurin viennent,
            semble-t-il, de la pièce <hi rend="i">Lucas &amp; Perrette</hi> qui n’a pas été éditée.
          </note></stage>

        <sp who="#thibault" xml:id="S07-01">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Non, morguenne, personne ne l’aura vous êtes tretous<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Tretous</hi> : patois « tous ».</note> trop pauvres, et moi qui n’sis<note
              place="bottom">Le pseudo parler paysan est une convention du théâtre comique que l’on
              rencontre déjà dans le <hi rend="i">Dom Juan</hi> de Molière de 1682. </note> pas
            riche.</p>
        </sp>
        <sp who="#lucas" xml:id="S07-02">
          <speaker>Lucas</speaker>
          <p>Pargué, je la prendrons comme elle est.</p>
        </sp>
        <sp who="#mathurin" xml:id="S07-03">
          <speaker>Mathurin</speaker>
          <p>J’avons de l’esprit et de la malice, je f’rons fortune.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S07-04">
          <speaker>L’ésperance</speaker>
          <p>Je suis sergent, je l’avancerai dans les troupes.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-05">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Quel est votre différend ?</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-06">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Je sais, M. l’Amour, je ne savons comment faire, notre fille Perrette a trois
            amants.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-07">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cela est assez honnête pour une villageoise !</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-08">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Alle en avait bien davantage ; mais j’avons de l’honneur et je ne la laissons sortir
            toute seule que quand alle a affaire. V’là trois gars qui sont affolés d’elle. Ils me
            disont de choisir entre eux, et ils n’avont rien. Pour moi je ne puis donner que six
            écus à ma fille, qui est la moiquié de notre frusquin<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Frusquin</hi> : « ce qu’un homme a d’argent &amp; de nippes » (Acad.
            1762).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-09">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cela est fort embarrassant.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-10">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Je leur proposerais bien un tripotage<note place="bottom"><hi rend="i">Tripotage</hi> :
              « Un assemblage de choses qui ne conviennent point, qui ne s’accordent point ensemble.
              […] Il est du style familier » (Acad. 1762).</note>. Mais tout le village se
              gausserait<note place="bottom"><hi rend="i">Gausser</hi> : « se moquer, railler »
              (Acad. 1762).</note> de moi. N’importe j’ai six écus, boutés-en<note place="bottom"
                ><hi rend="i">Bouter</hi> : « mettre » (Acad. 1694).</note> trois fois autant ça
            f’ra vingt-quatre et celui de vous qui amènera la plus grosse chance<note place="bottom"
                ><hi rend="i">Amener chance</hi> : se dit au jeu, « lorsqu’en jetant les dés, il
              vient rafle, chance, gros jeu » (Acad.1762), autrement dit, c’est un terme technique
              marquant la victoire.</note> aux dés aura l’argent et la fille.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-11">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cela est tout à fait galant !</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-12">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Ça ne te fait rien à toi, Perrette, tu n’en aimes aucun. Ça f’ra un mariage comme à la
            ville.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-13">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Elle n’en aime aucun. Il était naturel de faire tomber le sort</p>
          <p>sur un amant aimé, autrement j’envisage<note place="bottom"><hi rend="i"
              >Envisager</hi> : se dit à propos « des actions &amp; des affaires ».</note>un grand
            froid.</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S07-14">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>Oh ! Ça aurait tout gâté, vous ne savez pas ma ruse, je suis ennuyeuse tout exprès
            pendant longtemps à celle fin de dire après une sentence qui fait claquer des mains.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-15">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>C’est la faire acheter bien cher !</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-16">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Hé bian, y consentez-vous vous autres ?</p>
        </sp>
        <sp who="#lucas" xml:id="S07-17">
          <speaker>Lucas</speaker>
          <p>Tope, v’la mes six écus.</p>
        </sp>
        <sp who="#mathurin" xml:id="S07-18">
          <speaker>Mathurin</speaker>
          <p>V’la itou<note place="bottom"><hi rend="i">Itou</hi> : adv. « de même, de la même
              façon, aussi » (Littré).</note>les miens, hasard à la Blanque<note place="bottom"><hi
                rend="i">Hasard de [la] blanque</hi> : « à tout hasard » (Littré).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-19">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>V’la ma somme, mais M. l’Espérance, vous qui êtes le pu amoureux, vous êtes le dernier
            à boutre<note place="bottom"><hi rend="i">Boutre</hi> : équivalent de
            « bouter ».</note>votre enjeu.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S07-20">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Attendez. <stage>(À part)</stage> Je n’ai pas de sou à moi appartenant. Mais j’ai dix
            louis que mon capitaine m’a donné pour lui faire des hommes prenons‑en dix écus. Voilà
            aussi mon argent.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-21">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>La drôle d’invention, est-ce qu’elle ne te plaît pas Perrette, tu es toute triste.</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S07-22">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>C’est se moquer, est-ce que je dois servir de gros lot dans une loterie ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S07-23">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Allons, tambours, prête nous des dés il est plus naturel que tu en aies sur toi que M.
            Robinson.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-24">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Tire Lucas, t’es le plus ancien amoureux.</p>
        </sp>
        <sp who="#lucas" xml:id="S07-25">
          <speaker>Lucas</speaker>
          <p>Quatre ! J’ai perdu l’argent de ma mère, elle me va battre. On m’a toujours dit que le
            biau sexe serait ma ruine.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S07-26">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ne voudrais tu pas qu’il fît ta fortune ?</p>
        </sp>
        <sp who="#mathurin" xml:id="S07-27">
          <speaker>Mathurin</speaker>
          <p>Dix-sept ! Perrette je s’rons vote mari.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S07-28">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Tu ne la tiens pas encore. Dix-huit !</p>
        </sp>
        <sp who="#mathurin" xml:id="S07-29">
          <speaker>Mathurin</speaker>
          <p>V’la ma femme raflée ! C’est perdre à beau feu<note place="bottom"><hi rend="i">Faire
                grande chère et beau feu</hi> : « faire une fort grande dépense » (Acad. 1835).
            </note>. Serviteur, Perrette.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S07-30">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Je som[me]s bien aise<note place="bottom">Ms. erreur du scripteur.</note> que vous ayez
              notre<note place="bottom">Ms. « nôtre ».</note> fille. Vous êtes un joli garçon et
            quelque jour vous serez quelque chose de pu.<note place="bottom">M. Robinson se réjouit
              d’avoir pour gendre Clitandre et il dit dans la scène VI de l’acte I de <hi rend="i"
                >La Fille arbitre : « Je vous avoue que j’ai été charmé que le sort l’ait
                favorisé »</hi>.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S07-31">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Adorable Perrette, souffrez que ma joie éclate ! Mais que cherche ici mon
            capitaine ?</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="08" xml:id="S08">
        <head>SCÈNE VIII<listPerson type="configuration" xml:id="confS08">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="perrette"/>
            <person corresp="chevalier"/>
            <person corresp="thibault"/>
            <person corresp="esperance"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Perrette, le Chevalier, Thibault, l’Espérance</stage>

        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-01">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Comment donc, l’Espérance ? Que viens-je d’apprendre, on dit que tu as gagné une fille
            aux dés pour six écus.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-02">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Oui, mon officier.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-03">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Comment donc ! Elle est adorable. Il faut que tu me la cèdes.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-04">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Que me proposez-vous ?</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-05">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Je ne puis vivre sans elle.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-06">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Pargué ! V’la un amour bien prompt, il ne durera pas.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-07">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ah ! ah ! ah !</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-08">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Hé bien ! Veux-tu la céder ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-09">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Est-ce une proposition à faire avant le mariage ?</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-10">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Je te casse<note place="bottom"><hi rend="i">Casser</hi> : « licencier pour quelque
              faute » (Acad. 1694).</note>, rends-moi mes dix louis<note place="bottom">Un louis
              équivaut à cette période à trois livres ou encore soixante sous. </note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-11">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Ils sont dans cette bourse à six écus près que je vais vous rendre.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-12">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>D’où vient que cette somme y manque ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-13">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Ah ! Voilà le fin de l’affaire. C’est que je n’avais point d’argent à mettre au jeu. Je
            me suis servi du vôtre, je vais le remplacer.<note place="bottom">Dans la scène X de
              l’acte II, Clitandre avoue enfin à M. Sterlin qu’il lui a emprunté la somme.
            </note></p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-14">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Tu n’as qu’à le garder. Thibault, ta fille est à moi, puisque c’est avec mon argent
            qu’il la jouée et gagnée.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-15">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Voyez la ruse.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-16">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Où avez-vous pêché cette belle règle‑la ?</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-17">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Quand on est amoureux on s’accroche à tout. Et la loi en Angleterre…<note
              place="bottom">M. Sterlin dit à Clitandre dans cette même scène : « Vous ignorez
              peut-être qu’en Angleterre la loi s’explique à la lettre ; que tout s’y juge sur le
              fond, &amp; quand je ferai voir que c’est avec mon argent que vous avez joué, vous
              serez bien heureux d’en être quitte pour me céder votre gain. ».</note></p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-18">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Oh ! Faites nous grâce de l’explication.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-19">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Pourquoi avoue-t-il qu’il s’est servi de mon argent ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-20">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Pouvais-je imaginer une si mauvaise chicane<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Chicane</hi> : « subtilité captieuse en matière de procès » (Acad. 1694).</note> ?
            Bien plus, cet aveu fait voir que je suis honnête homme.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-21">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Et si tu avais perdu mon argent ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-22">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>J’avais des dés pipés.<note place="bottom">Ce n’est pas le cas dans <hi rend="i">La
                Fille arbitre</hi>. Nous supposons que l’idée des dés truqués vient de <hi rend="i"
                >Lucas &amp; Perrette</hi> mais nous ne pouvons le vérifier étant donné que la pièce
              n’est pas éditée.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-23">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>L’honnête homme !</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-24">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Tu me la cèderas où je te ferai pendre.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-25">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Quelles fiançailles !</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-26">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Qu’une jolie fille cause d’embarras.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-27">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Jugez-nous, petit Amour.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-28">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je serais bien fâché de me mêler de cette affaire, que l’auteur s’en tire comme il
            pourra.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-29">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Hé bien ! Prenons Perrette pour arbitre.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-30">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Tout coup vaille<note place="bottom"><hi rend="i">Tout coup vaille</hi> : « à de
              certains jeux, signifie qu’en attendant la décision de ce qui est en contestation, on
              ne laissera pas de jouer » (Acad. 1835).</note>, aimes-tu l’Espérance ?</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-31">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>Vous savez bien que non.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-32">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Aimes-tu M. l’officier ?</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-33">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>Pas davantage.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-34">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>La décision sera intéressante.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-35">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Débagoule<note place="bottom"><hi rend="i">Débagouler</hi> : « dire indiscrètement tout
              ce qui vient à la bouche » (Acad. 1694).</note> la sentence afin qu’on sache qui ne
            t’aura pas.</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-36">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>J’en vais choisir un pour me débarrasser de l’autre.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-37">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Attendez Perrette, la chose devient sérieuse. L’Espérance, cède-la moi, et je te donne
            la moitié de mon bien avec ma lieutenance.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-38">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Je ne mériterai point son refus par la honte de l’avoir cédée.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-39">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Qu’il est têtu !</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-40">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>Quoi vous donnez la mitan<note place="bottom"><hi rend="i">mitan</hi> : « s’est dit
              dans le Nord au XVII<hi rend="sup">e</hi> siècle avec le sens de moitié »
              (Godefroy).</note> de votre bien pour avoir ma personne ?</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-41">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Oui, charmante Perrette.</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-42">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>Et ça ne vous tente pas un petit brin ?</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-43">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Non Perrette.</p>
        </sp>
        <sp who="#perrette" xml:id="S08-44">
          <speaker>Perrette</speaker>
          <p>V’la ma main stila<note place="bottom"><hi rend="i">Stila</hi> : fam. celui-ci.</note>
            qui refuse est plus sot que stila qui donne.</p>
        </sp>
        <sp who="#esperance" xml:id="S08-45">
          <speaker>L’Espérance</speaker>
          <p>Beau motif de préférence. N’importe, je suis content, viens Perrette on nous
              quittera<note place="bottom"><hi rend="i">Quitter</hi> : familier « exempter,
              affranchir, décharger » (Acad. 1694).</note> d’un second dénouement.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-46">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Et de bon cœur.</p>
        </sp>
        <sp who="#chevalier" xml:id="S08-47">
          <speaker>Le Chevalier</speaker>
          <p>Je suis confondu.</p>
        </sp>
        <sp who="#thibault" xml:id="S08-48">
          <speaker>Thibault</speaker>
          <p>Retournez à Madame Varneton, v’la bien de quoi être si fâché.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S08-49">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Ils m’ont assez réjoui, mais que veulent ces dames du bel air<note place="bottom">Bel
              air : se dit « d’une certaine manière que l’on a dans les exercices du corps, dans la
              façon d’agir » (Acad. 1694)</note>. Ah ! Ce sont les deux nièces.</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="09" xml:id="S09">
        <head>SCÈNE IX<listPerson type="configuration" xml:id="confS09">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="niece1"/>
            <person corresp="niece2"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Les deux nièces<note place="bottom">Dans la parodie, la première nièce
            représente la marquise, et la deuxième nièce représente Lucile.</note></stage>

        <sp who="#niece1" xml:id="S09-01">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Je crois, dieu charmant, que nous ne serons point confondues dans cet amas de pièces
            que l’on tourne ici en ridicule.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-02">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous avez tort, Mademoiselle, on les fait voir telles qu’elles sont.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-03">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Nous devons être à l’abri de la critique, on aura, je crois, quelques égards pour des
            personnes esclaves des bienséances et du qu’en-dira-t-on.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Puisque vous voilà toutes portées<note place="bottom"><hi rend="i">Tout porté</hi> :
              « se dit de quelqu’un qui n’a pas à se déplacer pour faire quelque chose »
              (Littré).</note>, vous remplirez une des scènes de ma pièce.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-05">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Non pas s’il vous plaît, ne connaissez-vous pas le monde, entraîné par le dernier objet
            qui se présente, il oublie celui qui le flattait le plus, il est toujours du parti des
            railleurs et après nous avoir admirées il pourrait fort bien se moquer de nous.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-06">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Voilà déjà un portrait manqué. Croyez-vous que lorsque le public applaudit un ouvrage,
            il n’en connaisse pas les défauts ? Vous vous trompez, mais il les pardonne en faveur
            des endroits estimables et le bon dans sa balance l’emporte toujours sur le mauvais.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-07">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Oh, vous faites le chien couchant<note place="bottom"><hi rend="i">Faire le chien
                couchant</hi> : se dit d’un homme qui « sait bien faire l’humble &amp; le soumis
              auprès de quelqu’un pour venir à ses fins » (Acad. 1694).</note> !</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-08">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Sur le mauvais il n’y en a point à nous reprocher, ma cousine est la décence même. Elle
            aimerait mieux faire mille folies en particulier que d’en commettre une seule aux yeux
            du monde.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-09">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>On n’a jamais rien vu de si réservé que ma cousine. Elle ne confie ses secrets à
            personne et si elle n’avait pas le malheur de les écrire à son amant, jamais on n’en
            saurait rien<note place="bottom">Lucile adresse un billet au baron pour lui déclarer son
              amour, toutefois ce billet n’a pas été écrit par elle mais par le chevalier grâce à
              une ruse. En effet, le chevalier avait déclaré son amour à Lucile et celle-ci ne
              voulait pas répondre car elle prétendait être incapable d’écrire d’aussi beaux vers
              que ceux du chevalier. Celui-ci s’écrit donc une déclaration d’amour au nom de Lucile
              et la lui remet pour qu’elle la recopie de sa main. Lucile la recopie, mais l’adresse
              au baron qu’elle aime réellement. Le baron, imprudent, montre le billet au chevalier
              qui reconnaît ses propres vers.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-10">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>C’est donc un indiscret.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-11">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Non, il n’est qu’un tant soit peu étourdi.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-12">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je m’étonne qu’une fille sensée choisisse si mal ses amants.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-13">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Cela fait le contraste.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-14">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Ma cousine a autant de malheur que moi, malgré sa fidélité, ses craintes et ses
            précautions, elle tombe entre les mains d’un volage</p>
          <p>qui me sacrifie, autre contraste, un aimable serin<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Serin</hi> : par extension « personne qui se laisse leurrer ou mener facilement »
              (Littré).</note>, qui m’appelle sa linotte, il tourne cela tout à fait galamment, mais
            je ne m’attendris que pour le moineau que j’aime<note place="bottom">Dans <hi rend="i"
                >Les Deux Nièces</hi>, le chevalier est infidèle à la marquise puisqu’il avoue son
              amour à sa cousine Lucile à travers un poème mettant en scène un serin amoureux d’une
              linotte. La deuxième nièce tourne ici en dérision ce poème et y intègre son amant, le
              Baron, à travers la référence au moineau.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-15">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>L’heureuse situation !</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-16">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Ah ! Ma cousine, que vous faites bien d’aimer votre baron, il est à manger !
            Croyez-vous que le folichon lui propose un rendez-vous secret aux Tuileries<note
              place="bottom">Dans <hi rend="i">Les Deux Nièces</hi>, le baron propose en effet à
              Lucile de le retrouver aux Tuileries pour un rendez-vous galant. L’amante refuse car
              elle a peur du qu’en-dira-t-on. </note> ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-17">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Comment ! Voilà du bon plaisant, du plaisant naturel. On vous défend donc de le
            voir ?</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-18">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Non vraiment, notre oncle le commandeur nous sollicite depuis le commencement jusqu’à
            la fin, de faire un choix à notre fantaisie. Mais, moi par bienséance et elle pour
            garder son secret, nous éludons et le faisons enrager le plus plaisamment du monde.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-19">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Des filles qui aiment et qui n’ont rien à craindre, refusent de s’expliquer, l’idée me
            paraît neuve.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-20">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Eh mais, vous voulez donc qu’on dise à un oncle qu’on a un amant qu’on aime pour qu’il
            nous marie sur le champs ! Cela couperait la gorge à plus de cent-cinquante portraits
            dont la pièce est ornée.<note place="bottom">La pièce des<hi rend="i"> Deux Nièces</hi>
              fut fortement critiquée pour l’excès de portraits qui y étaient dressés, comme en
              témoigne une lettre d’une comtesse anonyme à un chevalier dans le <hi rend="i">Mercure
                de France</hi> de février 1737. </note> Le public nous aurait une belle obligation
            vraiment.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-21">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>À la [fin]<note place="bottom">Nous proposons ce mot qui manque dans le
              manuscrit.</note> votre oncle consent à vos mariages.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-22">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Vous pouvez bien croire qu’il ne demande pas mieux. Tout se découvre, je quitte mon
            inconstant, ma cousine avoue qu’elle aime le Baron parce qu’elle ne peut plus faire
            autrement, mon oncle lui dit : Que ne le disais-tu !<note place="bottom">Dans la
              dernière scène de la pièce, le commandeur dit à Lucile : <hi rend="i">« Hé ! Que ne
                parlais-tu plutôt ? Quelle manie ! »</hi>.</note></p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-23">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Il doit dire cela avec tout le public ! Je savais votre pièce, mais j’ai été bien aise
            de vous en entendre faire la critique. C’est en se louant que l’on découvre ses
            défauts.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-24">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Comment donc ?</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-25">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Vous auriez pu en parlant du jovial commandeur, nous en faire voir le ridicule atroce
            et forcé. Ce n’était pas la peine que le valet et la soubrette fissent tant de portraits
            au premier acte, puisqu’ils opèrent si peu de chose, peut-on jeter de si grands
            fondements pour un si petit édifice ?</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-26">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Si petit à cinq actes !</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-27">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Il y a assez d’esprit pour trente. À propos pourquoi ne vous êtes-vous pas fait
            afficher ?</p>
        </sp>
        <sp who="#niece2" xml:id="S09-28">
          <speaker>Deuxième Nièce</speaker>
          <p>Nous afficher ? Des filles comme nous se faire afficher ? Croyez vous qu’on n’a pas
            autant de pudeur que l’Enfant prodigue.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-29">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Dites autant de finesse, vous avez pris cela des Italiens, mais la chose vous réussit
            mieux qu’à eux. Le spectateur qui ne s’attend à rien dépouille tout esprit de
            prévention.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-30">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Il y a un autre dessous de cartes. Quand nous donnons des pièces de cette façon là nous
            travaillons moins pour le présent que pour l’avenir.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-31">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Je n’entends pas.</p>
        </sp>
        <sp who="#niece1" xml:id="S09-32">
          <speaker>Première Nièce</speaker>
          <p>Nous mettons le public sur le pied de croire que nous n’affichons plus nos pièces
            nouvelles et quand il y en a quelqu’une sur le tapis il y vient à tout hasard, croyant
            qu’on la donne et cela fait faire des chambrées<note place="bottom"><hi rend="i"
                >Chambrée</hi> : « se dit […] à l’Opéra &amp; à la Comédie, de la quantité des
              spectateurs &amp; du produit de la recette » (Acad. 1762).</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S09-33">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <p>Cela n’est pas si mal imaginé. Mais laissez moi, je vous prie j’attends l’École des
            amis. Place à l’École des amis ! Mais que vois-je ? C’est Childeric !</p>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="10" xml:id="S10">
        <head>SCÈNE X<listPerson type="configuration" xml:id="confS10">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="monrose"/>
          </listPerson>
        </head>
        <sp who="#amour #monrose" xml:id="S10-01">
          <speaker>L’Amour, Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ménage-moi, mon cher, ralentis ton allure.</l>
            <l met="12">Je ne suis pas encore remis de ma blessure.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-02">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">C’est lui-même, Eh ! Je dois imiter son jargon.</l>
            <l met="12">J’aurai bien de la peine à parler sur ce ton.</l>
            <l met="12">Seigneur, je suis surpris qu’un prince si tragique,</l>
            <l met="12">paraisse dans ces lieux consacrés au comique.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-03">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Comique, je le suis.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Je vous en crois, Seigneur,</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-05">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Faites-moi le plaisir, s’il vient quelque facteur,</l>
            <l met="12">de l’adresser à moi non pas à ma maîtresse.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-06">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Quoi ! Le grand Childeric, aurait une faiblesse ?<note place="bottom">Une
                pièce du nom de <hi rend="i">Childeric</hi> de Pierre de Morand avait été donnée le
                19 décembre 1736. C’est une tragédie mettant en scène Childéric I<hi rend="sup"
                  >er</hi>, roi des Francs.</note></l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-07">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Childeric ! Ah, grands dieux ! Me prenez-vous pour lui ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-08">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Sans doute, et je ne puis m’y méprendre aujourd’hui,</l>
            <l met="12">sa démarche, son air, et plus que toute chose,</l>
            <l met="12" part="I">son style me l’apprend.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-09">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Non, non. Je suis Monrose.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-10">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Monrose ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-11">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Quoi ! L’Amour me méconnaît ici ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-12">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Ici, tout comme ailleurs.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-13">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="M">La raison ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-14">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">La voici.</l>
            <l met="12">Monrose épris d’Hortense et logé chez la belle,</l>
            <l met="12">Ne daigne pas la voir, n’entre jamais chez elle.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-15">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">C’est que j’étais malade, et si quelqu’un a tort,</l>
            <l met="12">C’est elle qui m’a vu presque au lit de la mort,</l>
            <l met="12">Sans me rendre jamais une seule visite.</l>
            <l met="12">Elle qui dès l’enfance à ce devoir instruite,</l>
            <l met="12">Pupille de mon oncle, élevée avec moi,</l>
            <l met="12" part="I">Et de plus ma maîtresse …</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-16">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Il est vrai, mais je crois</l>
            <l met="12">Que vous n’avez tout deux manqué de politesse</l>
            <l met="12">Que par un trait d’esprit et par pure finesse.</l>
            <l met="12">Vous n’avez mis l’amour sur un si mauvais pied</l>
            <l met="12">Que pour en faire mieux triompher l’amitié.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-17">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Vous me connaissez mal. Hélas ! J’adore Hortense,</l>
            <l met="12">Mais n’ayant plus de bien j’évite sa présence.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-18">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Vous lui connaissez donc un penchant pour le bien ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-19">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">J’ai le cœur délicat.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-20">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Vous offensez le sien.</l>
            <l met="12">À tout innovateur voilà ce qu’il en coûte,</l>
            <l met="12">On s’égare en prenant une nouvelle route.</l>
            <l met="12">Savez‑vous de ceci, ce qu’il arrivera,</l>
            <l met="12">Hortense qui vous aime enfin se résoudra,</l>
            <l met="12">Oubliant et son sexe et toutes bienséances,</l>
            <l met="12">À faire avec Monrose aujourd’hui les avances,<note place="bottom">Aramont
                écrit une fausse lettre à Monrose d’une prétendue amante et fait en sorte que le
                billet parvienne à Hortense. Piquée de jalousie, celle-ci se résout à avouer ses
                sentiments à Monrose.</note></l>
            <l met="12">Et cette pauvre enfant vendra ses diamants,<note place="bottom">Hortense
                fait parvenir ses diamants à Aramont pour que celui-ci les vende et vienne en aide à
                son amant.</note></l>
            <l met="12">Pour réparer le tort de vos égarements.</l>
            <l met="12">À quoi l’exposez-vous ? La vieille financière</l>
            <l met="12">En ferait-elle plus pour un beau mousquetaire ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-21">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ah ! Vous empoisonnez un trait si délicat ;</l>
            <l met="12">Et vous avilissez, qui plus est, mon état.</l>
            <l met="12">Pensez-vous que Monrose accepte d’une fille…</l>
            <l met="12">Ma générosité comme la sienne brille.</l>
            <l met="12">Et tout ceci n’est fait que pour mettre au grand jour…</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-22">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Où sont donc vos amis ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S10-23">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Mais, ils sont à la cour.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S10-24">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">J’en vois un ce me semble… il a la mine triste.</l>
            <l met="12">Je ne me trompe point c’est le prudent Ariste.</l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="11" xml:id="S11">
        <head>SCÈNE XI<listPerson type="configuration" xml:id="confS11">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="monrose"/>
            <person corresp="ariste"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Monrose, Ariste</stage>

        <sp who="#monrose" xml:id="S11-01">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Vous êtes à la cour mon unique soutien,</l>
            <l met="12" part="I">Qu’a-t-elle fait pour moi, Monsieur ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-02">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Je n’en sais rien.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S11-03">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Le plus beau caractère en vous se fait connaître,</l>
            <l met="12" part="I">Vous êtes le meilleur de mes amis.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-04">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Peut-être.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S11-05">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Je n’en saurais douter, mais obtiendrai-je, ou non ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-06">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Quoi ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S11-07">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="M">Le gouvernement de mon oncle.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-08">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Selon<note place="bottom"><hi rend="i">Selon</hi> : « On le met
                quelquefois absolument sans régime, pour dire, selon les occurrences, selon les
                différentes dispositions de choses, de personnes alors il marque quelque doute,
                quelque incertitude » (Acad.1694).</note>.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S11-09">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ah ! Daignez vous ouvrir en ami véritable,</l>
            <l met="12" part="I">Réussirai-je enfin ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-10">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Mais la chose est faisable.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S11-11">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Eh ! Quoi, vous me quittez à peine de retour ?</l>
            <l met="12" part="I">Où portez-vous vos pas, cher Ariste ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S11-12">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">À la cour.</l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="12" xml:id="S12">
        <head>SCÈNE XII<listPerson type="configuration" xml:id="confS12">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="monrose"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Monrose</stage>
        <sp who="#monrose" xml:id="S12-01">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ah ! Que dois-je penser de cette prompte fuite ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S12-02">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Vous développerez l’énigme pour la suite.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S12-03">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Je ne puis revenir de mon étonnement,</l>
            <l met="12">Cet homme là me trompe indubitablement.</l>
            <l met="12">C’est un perfide ami, plein de scélératesse.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S12-04">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Eh ! Ne voyez-vous pas que c’est un tour d’adresse ?</l>
            <l met="12">Malgré lui le public est obligé de voir</l>
            <l met="12">Qu’il vous cache ses soins pour les faire valoir</l>
            <l met="12" part="I">Mais Arimont s’avance.</l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="13" xml:id="S13">
        <head>SCÈNE XIII<listPerson type="configuration" xml:id="confS13">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="arimont"/>
            <person corresp="monrose"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>L’Amour, Arimont, Monrose</stage>

        <sp who="#arimont" xml:id="S13-01">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Ah ! mon ami Monrose,</l>
            <l met="12">Par ma foi, j’avre fait une fort bonne chose.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S13-02">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Je connais votre zèle et surtout votre esprit,</l>
            <l met="12" part="I">Voyons qu’avez-vous fait ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S13-03">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">D’abord je t’avre écrit</l>
            <l met="12">Et j’avais fait semblant qu’une dame fort grosse</l>
            <l met="12">T’y vouloir épouser en véritable noce</l>
            <l met="12">Et faire ton fortune à cause de l’ardeur</l>
            <l met="12">Que te fisache<note place="bottom">Ms. « fisache » : « visage », imitation
                fantaisiste d’un accent germanique. </note> a fait allumer dans son cœur.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S13-04">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Mais je n’ai point reçu cette lettre.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S13-05">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Ton maîtresse</l>
            <l met="12">Qui ly est fort curieuse, avre lu dans l’adresse</l>
            <l met="12">Puis après dans la lettre. Et j’avre mis dedans</l>
            <l met="12">Que toi ly ruiné par beaucoup d’accidents</l>
            <l met="12">Et que pour rendre bon la fortune mauvaise,</l>
            <l met="12">Elle veut t’épouser pour te mettre à ton aise.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S13-06">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">À quoi bon…</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S13-07">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Tout d’abord, dans son amour jaloux,</l>
            <l met="12">Hortense elle m’a dit de vendre ses bijoux,</l>
            <l met="12">Pour tirer toi d’affaire et payer tout ton dette,</l>
            <l met="12">Et que la dame grosse il fasse son retraite,</l>
            <l met="12" part="I">J’avre déjà chez moi ses diamants.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S13-08">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Ah ! dieux !</l>
            <l met="12" part="I">Rendez-les sur le champ !</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S13-09">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Les vendre vaut bien mieux.</l>
            <l met="12">Avec ton créancier, j’avra bien fait encore,</l>
            <l met="12">Et pour délivrer toi de tout sti pecore<note place="bottom"><hi rend="i"
                  >Pecore</hi> : terme féminin, « il s’emploie […] ordinairement au figuré, comme
                terme injurieux, pour signifier, une personne stupide. » (Acad. 1694).</note>,</l>
            <l met="12">J’ai répandu la<note place="bottom">Ms. « la », erreur sûrement assumée,
                dans la continuité de ce dialecte.</note> bruit que ton oncle en mourant</l>
            <l met="12">T’avait fait héritier d’héritage fort grand.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S13-10">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ils vont tous m’accabler, ce n’était pas la peine,</l>
            <l met="12">Un ami tel que vous est l’Ours de La Fontaine.<note place="bottom"
                >Référence à la fable « L’Ours et l’Amateur des jardins » (Jean de La Fontaine, <hi
                  rend="i">Fables</hi>, livre VIII, 10). Les deux personnages se lient d’amitié pour
                tromper leur solitude et s’aident l’un l’autre. C’est ainsi qu’en voulant éloigner
                une mouche du visage de son ami, l’Ours : <hi rend="i">« Vous empoigne un pavé, le
                  lance avec roideur, / Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche, / Et non
                  moins bon archer que mauvais raisonneur : / Roide mort étendu sur la place il le
                  couche. »</hi> La fable se termine sur la morale : <hi rend="i">« Rien n’est si
                  dangereux qu’un ignorant ami ; / Mieux vaudrait un sage ennemi. »</hi>.</note></l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="14" xml:id="S14">
        <head>SCÈNE XIV<listPerson type="configuration" xml:id="confS14">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="arimont"/>
            <person corresp="monrose"/>
            <person corresp="laquais"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>Les Ci-dessus, un laquais</stage>

        <sp who="#laquais" xml:id="S14-01">
          <speaker>Un laquais</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Dornale<note place="bottom">Dornane dans <hi rend="i">L’École des
                amis</hi>. La lettre est destinée à Aramont et lue à haute voix à Monrose dans la
                pièce. </note> vous écrit, il ne peut aujourd’hui</l>
            <l met="12" part="I">Venir ici, Monsieur.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S14-02">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Ah ! Passons nous de lui.</l>
            <l met="8"><hi rend="i">Ariste enfin, s’est fait connaître</hi><note place="bottom">Les
                vers en italique rendent compte de la présence du signe « = » devant ceux-ci dans le
                manuscrit pour indiquer qu’il s’agit de la lecture du billet.</note>,</l>
            <l met="12"><hi rend="i">Il a brigué</hi><note place="bottom"><hi rend="i"
                >Briguer</hi> : « tâcher d’obtenir quelque chose […] par le moyen de plusieurs
                personnes qu’on engage dans ses intérêts » (Acad. 1835).</note><hi rend="i"> pour
                lui votre gouvernement</hi>,</l>
            <l met="8">J’apprends en ce même moment,</l>
            <l met="8">Qu’on en vient d’honorer le traître,</l>
            <l met="12">Ah ! Quelle est ma surprise <hi rend="i">et qui plus est la cour</hi>,</l>
            <l met="12">Aux désirs de ce fourbe accorde votre Hortense.</l>
            <l met="8">Auriez-vous cru qu’en ce séjour,</l>
            <l met="10">On se mêlât d’une telle alliance ?</l>
            <l met="12">Je perds Hortense, ciel ! <hi rend="i">Item de tout le bien</hi></l>
            <l met="12">Dont votre oncle devait un compte à sa pupille</l>
            <l met="12">Et qui sous le scellé semblait dormir tranquille.</l>
            <l met="12">
              <hi rend="i">Vous a-t-on dit qu’on n’a trouvé rien</hi>
              <note place="bottom">Problème de mètre.</note>
            </l>
            <l met="12">Ah ! Comble de malheur ?<hi rend="i">Item on vous accuse</hi></l>
            <l met="8"><hi rend="i">D’avoir diverti ses</hi><note place="bottom">Ms. erreur du
                scripteur « ces ».</note><hi rend="i"> effets</hi><note place="bottom"><hi rend="i"
                  >Divertir les effets d’une succession</hi> : « se les approprier » (Acad.
                1694).</note>,</l>
            <l met="12">Quoi ! Peut-on m’imputer de semblables forfaits ?</l>
            <l met="8"><hi rend="i">Avec Arimont cette buse</hi><note place="bottom"><hi rend="i"
                  >Buse</hi> : « On dit qu’<hi rend="i">un homme est une buse</hi>, pour dire, que
                c’est un sot, un ignorant. » (Acad. 1694).</note>,</l>
            <l met="10">Mille fois plus qu’on ne le fut jamais.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S14-03">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <p>Dastider, donder stat<note place="bottom">Lecture incertaine.</note>.</p>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S14-04">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="6">Enfin, je vous conseille</l>
            <l met="10">De vous venger d’Ariste en ce moment.</l>
            <l met="12">On ne pardonne point une offense pareille.</l>
            <l met="12">Ce conseil est d’ami, pour votre régiment,</l>
            <l met="6">Que l’on dit que vous allez vendre.</l>
            <l met="10">Il me convient, je pourrais bien le prendre</l>
            <l met="8">Je n’ai point d’argent à prêter,</l>
            <l met="8">Je n’en ai point non plus pour rendre,</l>
            <l met="8">Mais j’en trouve pour acheter.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S14-05">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Ly être fort obligeant.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S14-06">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Il ne devait l’écrire,</l>
            <l met="12">Non plus que dans la pièce il ne devait le dire.</l>
            <l met="12">Je me sens agité des plus cruels transports,</l>
            <l met="12" part="I">Qu’éprouverait de plus un coquin ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S14-07">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Les remords.<note place="bottom">Détournement d’un dialogue entre
                Monrose et Hortense : <hi rend="i">« Monrose : Qu’est-ce qu’un scélérat a de plus à
                  souffrir ? / Hortense : Les remords »</hi> (Acte V, scène 4). Le reproche,
                justifié chez une amante, crée un effet comique lorsqu’il est proféré par un
                ami.</note></l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S14-08">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Les coquins n’en ont point. Une terre me reste,</l>
            <l met="12">Et c’est mon seul recours dans mon état funeste,</l>
            <l met="12">Courrons la vendre, ami, pour remplacer les biens</l>
            <l met="12" part="I">D’Hortense.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S14-09">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Toi m’a dit si je me ressouviens,</l>
            <l met="12">Que sti petite terre, il vaut fort peu de chose,</l>
            <l met="12">Et l’héritage il vaut beaucoup mon cher Monrose.</l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="15" xml:id="S15">
        <head>SCÈNE XV<listPerson type="configuration" xml:id="confS15">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="arimont"/>
            <person corresp="monrose"/>
            <person corresp="laquais"/>
            <person corresp="valet"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>Les précédents, un valet</stage>

        <sp who="#valet" xml:id="S15-01">
          <speaker>Le valet</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Il me faut un écu car le paquet est gros.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S15-02">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Que ces maudits facteurs viennent mal à propos.</l>
            <l met="12" part="I">Mes billets acquittés, par qui donc ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S15-03">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Que t’importe ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S15-04">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Serait-ce toi ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S15-05">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Moi, non, ou le diable m’emporte !</l>
            <l met="12" part="I">Ni Dornale, non plus.<note place="bottom">Ms. « Dorlane », erreur
                du scripteur. Au début de cette scène, il écrit « Dornale ». Nous avons choisi cette
                première graphie. </note></l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S15-06">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">C’est Hortense, je crois.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S15-07">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">N’avoir que son bijoux et ly être tous chez moi.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S15-08">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ariste à mes regards peut-il s’offrir sans honte ?</l>
          </lg>
        </sp>
      </div>

      <div type="scene" n="16" xml:id="S16">
        <head>SCÈNE XVI<listPerson type="configuration" xml:id="confS16">
            <person corresp="amour"/>
            <person corresp="arimont"/>
            <person corresp="monrose"/>
            <person corresp="laquais"/>
            <person corresp="valet"/>
            <person corresp="ariste"/>
          </listPerson>
        </head>
        <stage>Les précédents, Ariste</stage>

        <sp who="#ariste" xml:id="S16-01">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ne vous échauffez point, je viens vous rendre compte.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-02">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">On n’en demande point aux heureux.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-03">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Doucement.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-04">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Vous avez de mon oncle eu le gouvernement.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-05">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Oui.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-06">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Bien plus on accorde Hortense à votre flamme.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S16-07">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Je ly pardonnerais d’enlever ton femme,</l>
            <l met="12" part="I">Mais le gouvernement…</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-08">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Connaissez un ami.</l>
            <l met="12">Toujours dans ses devoirs par l’honneur affermi,</l>
            <l met="12">J’ai feint de vous tromper mais c’était une ruse,</l>
            <l met="12">Et je ne veux ici que son but pour excuse :</l>
            <l met="12">Quelques autres auraient sollicités ce don,</l>
            <l met="12" part="I">Je les ai prévenus et vous rends tout.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S16-09">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Ah, bon !</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-10">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Mais à propos de quoi demander mon amante ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-11">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">C’était pour rendre encore la chose plus touchante.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-12">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Et comment pouvez-vous à présent me céder,</l>
            <l met="12">La grâce qu’avec peines la cour vient d’accorder ?</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-13">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Ah ! Vous ne saviez pas quels ressorts sont les nôtres,</l>
            <l met="12">Et l’on a fait pour moi, ce qu’on refuse à d’autres.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-14">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Si je le méritais vous pouviez hautement</l>
            <l met="12">Solliciter pour moi le dit gouvernement,</l>
            <l met="12">Et je ne puis penser si je n’en suis pas digne,</l>
            <l met="12">Qu’on souffre qu’à Monrose un ami le résigne<note place="bottom"><hi
                  rend="i">Résigner</hi> : « se démettre d’un office, d’un bénéfice en faveur de
                quelqu’un » (Acad. 1694).</note>.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-15">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Vous vous trompez.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-16">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Allons, il y faut consentir,</l>
            <l met="12">Mais vous deviez mon cher, tout au moins m’avertir.</l>
            <l met="12">On doit non seulement d’éviter d’être un traître,</l>
            <l met="12">Mais il se faut encore garder de le paraître.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-17">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Oh ! Vous ne savez pas ménager les grands coups.<note place="bottom"><hi
                  rend="i">Frapper les grands coups dans une affaire</hi> : « employer les moyens
                sûrs et décisifs » (Acad. 1798).</note></l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-18">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Mes billets acquittés sont encore<note place="bottom">Ms. Le « e » final
                est noté dans le manuscrit pour la métrique.</note> de vous.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-19">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Hé ! hé !</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-20">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Songeons d’abord à rembourser Hortense.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-21">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Ses biens sont retrouvés.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-22">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="M">Encore.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S16-23">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Que d’abondance !</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-24">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Chez un homme public ils étaient en dépôt.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-25">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12">Hélas ! Vous auriez dû le dire un peu plus tôt,</l>
            <l met="12">Et puisque tous ses biens étaient chez un notaire,</l>
            <l met="12">De me rendre un fripon était-il nécessaire ?</l>
            <l met="12" part="I">Je ne vois pas la fin.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#ariste" xml:id="S16-26">
          <speaker>Ariste</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Allons tous à la cour.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#monrose" xml:id="S16-27">
          <speaker>Monrose</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="I">Payons nos créanciers.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#arimont" xml:id="S16-28">
          <speaker>Arimont</speaker>
          <lg type="song">
            <l met="12" part="F">Party<note place="bottom">Probablement l’équivalent de
                « Pardi ».</note> ly être un bon jour<note place="bottom">« Ly être » se prononce en
                une syllabe (synérèse). </note>.</l>
          </lg>
        </sp>
        <sp who="#amour" xml:id="S16-29">
          <speaker>L’Amour</speaker>
          <stage>Baîlle</stage>
          <p>Oh ! oh ! Je crois que je dormais. Vite, vite, au divertissement.</p>
        </sp>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>